BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

16.5.10

Pied de guère


Denis Gougeon, qui se croit polyvalent, parce qu’il a fait de la musique...de scène! Il n’est pas prêt pour une nouvelle race de titans. Il mange. À la fois il déplore le sous-financement chronique de la culture et il siège, disant prêcher par l’exemple, au CALQ.

« La planche de salut des créateurs réside aujourd'hui à l'étranger, notamment au Japon et en Europe : ainsi, la troupe de ballet de l'Opéra national de Bavière lui a donné carte blanche pour composer une œuvre orchestrale de deux heures en collaboration avec le chorégraphe Jean Grand-Maître, une offre fabuleuse, inimaginable depuis bien longtemps au Canada!
Il est convaincu que les jeunes qui ont les capacités voulues seront naturellement attirés par cette voie ».

- La Scena Musicale, vol. 5. No. 3, nov. 1999


Quelle voie? Celle de l’expatrié, qui renonce à ce qui lui est dû? Assume-t-il que le futur n’est pas au Québec? Nous croît-il incapables de mener l’entreprise à bout? Comment arriver à dissoudre l’impression que le problème est irrésoluble et qu’on est impuissants devant lui? Est-ce qu’il est si difficile de se rendre à l’évidence …?

«Toute mesure du Gouvernement qui tendrait à réduire le financement public de la culture au Québec sans aucune préparation préalable d’un éventuel basculement vers un financement davantage privé serait purement suicidaire. »

« Le CALQ repose sur une idée assez particulière : il s’agit de laisser à la communauté artistique le soin de définir elle-même une politique culturelle et surtout de gérer la répartition des fonds publics entre ses membres. L’évaluation des demandes se fait sur la base de l’avis d’un comité consultatif de pairs : autrement dit, les artistes se jugent entre eux et se répartissent ces fonds entre eux. Mais, l’approche n’est pas sans danger. Par exemple, il est difficile d’ignorer la possibilité de rivalités naturelles entre organismes musicaux ou les erreurs d’appréciation de toute sorte qui peuvent influencer les évaluations des demandes. »

-Michael Nafi, directeur de la Nouvele sinfonie, la Scena Musicale, Novembre 2004.


« Nous y avons réaffirmé que le pourcentage du budget CALQ accordé aux bourses et subventions aux artistes (13%) était anormalement bas, les coûts de production et de diffusion situés en aval de la création recueillant peut-être une trop grosse part du gâteau. La cinéaste Lea Pool le disait elle aussi récemment pour le cinéma : beaucoup pour les producteurs, trop peu pour les créateurs et leurs regroupements.»

- Jacques Allard. Mot du Président de l’Académie des Lettres du Québec, 2006.


*

Je pense à instaurer une personne morale, OSBL, avec un bras armé secret en cas d’apathie des constituants ou de défaillance des pressions démocratiques. Il s’agirait d’une police des arts : je me demande s’il a moyen d’instaurer une république artistique, un lieu non-physique, et le faire reconnaître par quelques forces internationales.

Mêler l’OSBL aux chemises brunes. Jouer à Robin des Bois avec les fonds publics, détourner d’autres vers les arts, s’approprier les médias. Séquestrer la SRC en direct, se rapproprier l’espace peuplé par eux, virtuel ou réel. Déraciner l’art mauvais, l’art gavé de subventions depuis vingt ans par favoritisme du CAC. Commander le jingle du télé-journal à tous les compositeurs canadiens, le renouveler constamment, rendre un défi cette nouveauté routinière. Rendre la création utile. Arrêter la dictature de la soi-disant réalité sur le possible. Enlever les menottes à l’imagination, ranger la peur de la honte sociale, de la perte d’emploi ou de liberté physique, identifier art et idéal, lutter pour l’art et les artistes.

Refuser le copyright. Boycotter le son et le spectacle. Piquets devant les théâtres et les salles. Ne plus se produire, ne plus produire, ne plus être des machines subordonnées à la manufacture de marchandise. L’art n’est pas une propriété. Des guildes d’artistes bénéficient seulement les putes, ceux qui n’en ont pas besoin, aux musiques génératrices d’argent, souvent proches du dénominateur commun.

Créer une hystérie collective positive. De la même façon que les média tournent en négative toute nouvelle relative à la libération des humains de ces chaînes qui les assujettissent, trouver un point de déclenchement majeur qui servirait comme effet domino positif. Quelle action définitive ou autre entraînerait une réaction en chaîne?

Se protéger des fiefs d’Ottawa et de Washington, Londres et Paris. On est trop concentrés à bâtir notre propre culture, désolé. Les vôtres sont trop invasives et de surcroît nous abrutissent, nous avachissent, nous rendent consommateurs, malheureux, malhabiles, malchanceux. Désolé, on doit se cloîtrer, il y a, pour première fois dans l’histoire, trop d’information, beaucoup plus que ce que les gens peuvent digérer. On doit se réclamer l’ambassade de la médiation, remplacer la politique par la création. Seulement bâtir, engloutir les autres structures. C’est un plan de domination, de dictature artistique. On a été les derniers aplatis, les derniers nègres, les derniers juifs, les derniers gay-bashés, et les premiers à oublier leur propre condition de novateurs, de soldats de l’âme, d’annihilateurs des totalitarismes arides, basés sur la dessiccation de leurs peuples, leurs langues, leurs légendes, leurs songes, leurs inconscients collectifs. J’ai bien peur qu’on n’assiste au viol sordide et total du concept universel de culture, non pas dans ses spécificités mais autant dans l’ensemble de ses ramifications que dans l’essence commune de sa définition. Aujourd’hui la blague « L’art est mort » fait penser à la réplique de Franco à Madrid : « Hemos pasado ». L’art est étouffé. On ne lui substitue rien. On éradique. On extirpe. On rend en extinction.

*

Le cas du Québec est malheureux : il n’a jamais vraiment, pour une ou autre raison, réussi à émanciper sa culture totalement. Le Québec frétille depuis 1839 dans cet état de torpeur et d’adolescence nubile, nébuleuse (le brouillard), si l’on excepte la période entre le discours de De Gaulle et sa galvanisation de l’énergie felquiste, et le rapatriement de la Constitution sans la consultation du Québec. Quinze ans d’espoir dissolu.

Pourquoi ici? Tous dorment! On n’est pas dans la paix! On est dans la non-violence, dans le point de tension, quelques achats avant le couvre-feu! On aimerait bien que le snooze dure et dure. Qui portera la première violence? Qui sera le Caïnite, le bon samaritain? Quand est-ce que l’alcool, la télé, l'ostie de hockey et les drogues bidouillées arrêteront de nous obséder? Quand est-ce que la pleine puissance de nos avoirs et des savoirs nous sera à peine dévoilée?

Pourquoi est-ce une majorité de travailleurs contrits, bien salariés et blasés, et leurs syndicats anachroniques qui ne font que défendre les secteurs de production qui entretiennent la bourgeoisie dans la pointe de leur pyramide néo-féodale, qui nous dictent le statu quo? Immobilité, stabilité dans la presque-misère, répression de la différence, encouragement de l’ignorance et de l’indiscernabilité de la masse : pourquoi les gens ont permis que ça marche contre eux?

Occuper et dissoudre les guildes et occuper les médias nationaux dans le but de rendre effectifs leurs mandats de diffusion nationale. Mettre en place des normes plus strictes de régulation du contenu des ondes en faveur d’une programmation artistique à contenu culturel édifiant, exaltant, inspirant et élevé sans être dogmatique. Détourner tous les fonds de la défense nationale vers la culture. Faire que le quotidien de la plupart des gens soit empli de toutes sortes de manifestations artistiques, organiser la société autour de ces manifestations et des échanges possibles.

Enrayer la croyance populaire que l’art est une forme de divertissement. Quand il est réduit à cette seule faculté il devra être considéré comme peu de chose. Notre société et son temps ne peuvent pas se permettre trop de diversions.

L’artiste a toujours la propriété intellectuelle, mais elle doit être redéfinie. Elle ne doit pas servir pour rémunérer personne. Personne ne devrait payer pour avoir accès à ou utiliser de l’art. La propriété intellectuelle devrait signifier la reconnaissance de son auteur par une prime d’état assurant les biens matériels de base du créateur sans que jamais l’argent ne soit rentré dans l’équation. Toute contribution à la culture est donc rémunérée par le troc. De surcroît, toute nouvelle création doit être mise de l’avant par l’état, qui assumera les coûts de sa création. Cette mise de l’avant sera automatique et ne devra pas comporter aucun concours, jury, ou évaluation autre que pour déterminer le nécessaire à sa création. En autres mots, tu crées : l’état expose, l’état rend utile. Pour cela il faudrait formuler un statut de créateur, sorte de contrat avec l’état : tu produis, donc tu ne te feras pas déranger par des problèmes financiers ni logistiques, on est là pour s’occuper de ça. Tu ne nous dois rien, car tu produis, et il ne te manque rien. Tous les emplois artistiques sont donc protégés, promus, offerts en formation, par l’état.

Attendez, attendez, je vais trop vite. Je n’ai pas tout expliqué...