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FRANCISCO LEQUERICA

19.6.10

Carnet de rêves II


6/7 JUILLET 2008

En bas à gauche de mon lit il y a encore un bout de doigt luisant puis je ne reconnais pas ma chambre, elle doit être rendue médiévale. La chaleur est suffocante, je cherche à reconnaître la fenêtre horizontalement, mais soit ma tête est irrémédiablement tournée, soit je ne suis pas au bon endroit, et je dois chercher un autre réveil. Si mon cri est réel, il me réveillera. Comme d’habitude, il ne décolle pas, il reste dans ma gueule comme si mon appendice vocale avait été sous-développé, comme si j’avais demandé de lui un labeur trop distant de ses possibilités. On se retrouve peut-être dans des grottes ancestrales, où les substances sont lumineuses comme le krypton sacré, et là on se livre à la recherche du capitaine perdu. Je ne sais plus c’est qui ce personnage : on ne le trouve pas, c’est su. Mais partout il existe une terreur incroyable de celui qui vit 5000 ans, un Styx qu’on ne peut pas endurer : là où les autres créatures se meuvent trop vite car elles n’ont pas de véritables viscères pour les alourdir. Ici le désavantage est le nôtre. Je reconnais, dans l’entre-rêve, la cuisine de l’appart de mon enfance en temps réel, délabrée et obscure. L’équivalent aurait été de se retrouver tout à coup dans le bureau qu’on a fréquenté à tous les jours pendant la journée, mais le soir : tout est pareil, mais tout est transformé, permuté à la dérive des symboles. On ne s’attendait pas à être soudain ici. On ne connaissait pas cet angle aux affaires banales du quotidien, que maintenant elles se voient projetées dans une intemporalité prime, dans un désastre annoncé. Plus jamais pourra-t-on les voir comme avant.