BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

16.8.10

Antonomase


À savoir comment je vais pouvoir émanciper un pays qui se croit province…

L’exil garroché partout après mes sommeils; de paroisse en paroisse chercher le dieu pour le maudire, pour l’exécrer devant tous ses amants à la soutane pliée. Vertu du ridicule, par les maladresses qu’on m’a connues. J’ai au moins la certitude que personne ne sait ce que je vis. Et pour première fois, j’accède à la joie de taire mon supplice.

À présent, près de la falaise cachée, m’emmitoufler devient religion, m’isoler devient cantique, m’oublier devient foi. Deux ou trois chansons qui reculent lorsqu’on les entend, deux ou trois supplices d’oreille, pieds saignants des ébats des milles. Si vous n’êtes pas toute mon amitié, toute ma passion réunie, si dans mes scintillements vous n’avez réussi à voir que des intermittences, alors je me glisserai par les interstices et je deviendrai irréconciliable. Alors je serai dur à repérer, je serai un ganglion silencieux, jamais plus je n’éprouverai la maladie.

Si les chantiers que j’ai ouverts restent déserts, restent vides de vous, alors je saurai que la défaite a meilleur goût que la victoire, mais je ne serai pas de ceux qui s’engouffrent dans le noir, pas de ceux qui sombrent dans les glaces, mais je serai tombeau de pyramide, imperceptible jusqu’au dernier phonème de mes adieux. Ne gobez pas les mystères, soyez castors et nagez, laissant une trainée sur la surface pour qu’on sache bien où placer les Conibear. Vous êtes traqués : célébrez.

C’est surtout pour moi l’exil du quotidien des autres – je remarque que mon quotidien est inexistant. Je dois éliminer les autres de l’équation pour un temps, assimiler mon destin lié à ce pays, faire la paix avec le pays. Or c’est l’exil, en dedans de l’exil. C’est ne plus être une identité mais un pastel gras barbouillé sur le globe. Être jaloux des attachés, des familles, des amoureux, de tous ceux qui sont à eux le monde, de vous tous. C’est vraiment différencier moi des autres, dissocier, à jamais être. Unique, ce n’est pas assez, puisqu’on est aussi unique dans le désastre.

Charpenter des axiomes, ça ne sert à rien. Pepsi, pain blanc ou pain brun, aucune lecture, aucun légume, ça prend un char, ça prend un gars de char. Ça prend un cœur barré et un tas de mensonges. Survivre sans identité, être acteur et ingérer la leur, presser le jus de moi dans leur passoir. Ça prend une identité.

Parasite blanc, fouillant dans les os de nègre, les crânes s’empilent et il faut faire malabar. Il faut cesser de truquer l’ennui, de cacher qu’on n’a que dalle à dire, fâquaule à faire, que ce serait déjà mieux si on s’arrêtait pour ben longtemps.