BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

26.8.10

Bouillon de chien


Invalider quinze minutes avant tous les comptes en banque, tous les avoirs virtuels. Combattre la virulence de la nausée interminable, le vomi qui déborde parce qu’on a grandi avec des capuccinos sur la table, avec du sucre et du poivre et un tatou en henné. Bouillir la tête du chien pour manger du bouillon pendant deux mois, famélique de vitamines, à l’instar du dernier gras. Pour qui ces pirouettes féroces si ce n’est pas que le peuple est las de cette marche sur un tapis roulant. Pour qui ces sauts dans les intempéries si la paresse se détache du vote, de l’écoute et de la marche publiques, si l’agacement du civisme est étourdi de paillasse et de paillettes. Devises du passé flagrant qui nous amoindrissent devant les lignes de l’ennemi futur. Or la fessée se distribue, et qui la goûte permet en lui la bile accroître, prendre place et siéger fort. Un jour le plomb a mangé le plomb, la pierre la pierre, et toujours un pendant opposé s’est opposé. Mais c’était tout de même un autre festin de merde, de sable de vin et de pain sec.

Est-il d’usure plus évidente que celle de ceux qui ne comprennent pas, et qui cependant s’efforcent d’avoir, de tenir en main, sous la main, dans la main, toutes les sécurités possibles, tous les climats à prévoir, pour chasser les spectres des malfamés et des démunis chroniques qui gisent au plus profond de leurs êtres?

Nous travaillons vers un nouveau chant qui sache planer véritablement. Un plan pour récupérer ce qui est nôtre, et d’avoir la justice sans recours à la loi. Parce que la loi c’est l’amalgame de peur et d’assujettissement à parfaire par l’exactitude scientifique et l’observation compulsive de façades conscientes. Il ne faut pas se fatiguer là où la pluie est fabriquée, nectar des dieux enterrés dans le subconscient des baleines et des alligators, ou dans les racines des arbres du désert, au milieu des hysopes et d’un pot-pourri de flore inexplicable. Savoir être le lézard tournant sous les pierres et dansant en roulis.

Nous ne désirons plus plaire mais plutôt engloutir de beauté et de nouveaux mimétismes, inonder de nouvelles références les vieux textes et les marches-avant oubliées, pour laisser enfin de côté cette stagnation, cette transversalité automnale et définitive, ce mirage ulcéreux de ce qu’est en construction par autrui, là où l’intervention est impossible. La possibilité d’égarement n’est là que pour nous faire regarder la boussole. La tempe transie de sueur folle, le fond des pantalons trempé de boue et de phéromones mûres, il faut sortir la machette pour décapiter la jungle. On happe l’air en jappant pour que les fractales s’abreuvent de toute la richesse harmonique qui a été absente du monde comme le cadavre a été absent de la vie.

Faites-le savoir dans la rue que vous en avez ras le bol de vous emmerder, exigez qu’on vous redonne votre imaginaire sauvage. Faites passer le mot que vous ne voulez plus de ça, que personne ne veut plus de ça, que les assiettes vont bientôt revoler. L’ombudsman doit s’ennuyer aussi d’entendre des pleurnichards, et se meurt d’envie d’entendre une vraie protestation, autre chose qu’un amas festif qui clôture la circulation pendant vingt minutes. L’ennui est tel déjà que, version après version, on en vient à ne plus connaître les classiques du temps de notre éducation. Peu à peu, l’envie de comprendre disparaît ; le mal s’installe. Exceller dans l’ennui, c’est effacer ses traces, s’enliser sans phares là où les pléiades ne brillent plus. Un cèdre ne connaît pas l’ennui, pourtant de ses cycles on bâillerait. Mais on peut s’appuyer sur sa colonne vertébrale toute en écorce hébergeant sa vie et ses insectes ; on peut toujours se mouvoir de son tronc vers le haut avec la brise, et se sentir émaner près de ses rumeurs.