BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

17.8.10

Le Cerf et le feu (fausse fablette)


Des déflagrations avaient tordu le soir, lui brisant l’échine en lune noire : mauvais présage, un cerf déambulait derrière eux. Pas même un bruit sourd ne sortait de ses pattes. Au tout début, ils l’avaient aperçu comme une apparition, se déplaçant à une vitesse étonnante, glissant condamnée entre les lieux. En pays arctique, les bruits changeaient; ils n’avaient pas de fond. Il était impossible de déterminer la distance. Un des hommes se sépara du groupe, afin d’encercler le cerf, étant donné qu’il les démoralisait à l’extrême, et de surcroît comme la calamité qui s’annonçait ne les avait pas encore frappés. Mais le cerf se volatilisait trop habilement.

Fuyant des mines, qu’ils avaient tenté de reprendre, le groupe faisait des haltes pour observer aux jumelles, loin derrière eux. En effet, un nuage très épais surplombait la ville, et le feu s’y reflétait comme un four énorme dans du papier d’aluminium. Le vent amenait les cris de ceux et de celles qu’y demeuraient attrapés, et les hommes gardaient impuissants le silence, se passant les jumelles successivement. Et voilà que le cerf réapparaissait et moquait la patience de ces hommes, et mettait durement à l’épreuve leurs superstitions au pire des moments, au plus faible de leurs existences.

Ils ont déterminé un endroit pour passer la nuit; ils y ont fait un feu, relativement bien caché du vent et de leurs ennemis. Ils se sont assis autour du feu, et le silence a persisté. Aucun d’eux n’osait rappeler aux autres le malheur qu’ils vivaient ensemble – tel était le respect qui régnait entre eux. Mais le plus jeune, celui dont les émotions n’avaient pas encore de callosités, qui n’avait encore aimé qu’une seule fille sans la connaître vraiment, le plus jeune a craqué : il s’est mis à pleurer. Son grand frère était là, et il a bien voulu le consoler, mais sans succès.

Même le plus aîné désespérait alors : le cerf les suivrait partout, sans l’ombre d’un doute, mais il ne pouvait toucher à cet animal sans être certain que ce n’était pas une incarnation. Il s’est résigné alors, la tête entre les mains, et s’est complu de penser au fait que – bien qu’étant mauvais augure – ils ne seraient jamais attaqués par lui. Tant qu’il y était, la calamité ne s’abattrait pas sur eux, ce serait encore tôt.

C’est alors que l’animal est surgi de nulle part et s’est jeté dans le feu, s’immolant.