BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

31.8.10

Orphélinat / Orfelinato


13) INT. JOUR. Midi très ensoleillé dans un intérieur espagnol baroque réligieux. Début XXe siècle. Meubles très très vieux. Plusieurs plans courts s’enchaînent : Une coupe avec du vin, une horloge particulièrement bruyante, un repas, puis le Père de Trennes qui s’apprête à manger le repas. Longs plans, beaucoup de jeux de lumière avec le soleil. Le dernier plan montre la même coupe avec des ondes à la surface du liquide. Bientôt, on voit que la coupe est en train de réagir à des secousses. On entend des bruits très en sourdine. Le Père de Trennes prend une longue respiration, après avoir eu l’air très étonné. Il se lève avec beaucoup de précaution, et ouvre la porte donnant sur un couloir archaïque (voir Casas Colgantes à Cuenca/Espagne). La caméra le suit en travelling. Il passe deux ou trois garçons qui le saluent « Buenos dias, Padre de Trenes ». D’ailleurs, tout le monde doit avoir un accent andalou. Le prêtre suit le bruit et essaye de s’en rapprocher. Il descend un étage par un escalier étroit en colimaçon. Il débarque à l’étage où le bruit se fait évident, et aboutit sur un deuxième couloir, où il ouvre la porte d’un dortoir. En ouvrant la porte, on voit quatre garçons d’une douzaine d’années, en habit d’enfant de chœur, se bataillant. Ils n’aperçoivent que tard le Père de Trennes qui se tient debout à l’entrée. Quand ils se rendent compte de sa présence, ils arrêtent sur le coup, figés. L’un d’eux, Alvarez, à cause de l’arrêt de la bataille, laisse échapper une pile d’assiettes par la fenêtre. Plusieurs plans « expressifs » des mains, du père de Trennes comme des garçons. Le père de Trennes se précipite à travers la chambre vers la fenêtre où il regarde en bas, voyant les assiettes éclater plusieurs centaines de mètres plus bas sur la falaise. Plan général de l’orphelinat sur la falaise, plan piqué vers la falaise. On entend alors, en off, le père de Trennes crier :

PÈRE : (off) Pero que habeis hecho? Pequeños demonios! Desgraciados!

INTÉRIEUR de la chambre.

PÈRE : No hay manera de dejaros solos cinco minutos sin que hayan consecuencias?

NIÑOS 1/2 : (pleurnichant) Padre Trenes, perdoneme por favor, pero es que….

PÈRE : No hay pero que valga! Silencio!

Un temps.

PÈRE : Alvarez, ven conmigo immediatamente! Los demas, quedaros aqui quietos y en silencio hasta que llegue el Padre Subares, y ojo…si tengo noticia de que habeis seguido peleando, os encierro en la capilla por la noche, esta claro?

Un temps.

PÈRE : (plus fort) Esta claro?

NIÑOS 2/3/4 : Si, Padre Trenes.

Le Père de Trennes prend Alvarez par l’oreille et le mène à travers le chemin inverse de celui qu’il vient de faire, à travers l’escalier et les couloirs, jusqu’à son bureau, où il mangeait. Travelling.

PÈRE : Cuantas veces te lo tengo dicho, Alvarez…que no quiero verte con Garcia ni con Henares…

NIÑO 1 : Ayyy! Padre…Ay!!...espere que le puedo explicar todo…ayyy!!

PÈRE : Cuantas veces te lo he dicho?....Uno se esfuerza a darte una educacion moral, a ver la luz de nuestro señor Jesucristo, y todo lo que sabes hacer son diablerias…

NIÑO 1 : Ayy! Por favor…

PÈRE : Esta vez ya se ha acabado mi paciencia, Alvarez.

En rentrant dans son bureau il assit le garçon par la force sur une chaise, et s’assoit devant.

PÈRE : No hay lugar para el demonio en la casa de Dios, Alvarez.

NIÑO 1 : Pero yo se lo juro que no es el demonio….

PÈRE : Cht! (1 temps, il se lève et marche vers sa fenêtre, on entend l’horloge clairement) Ya sabes que me he sacrificado muchas veces por ti, Alvarez, que siempre he querido ver en ti lo que los demas no veian. Te preferia porque eras de ascendencia modesta, como yo, y porque cuando eras mas pequeño me has dado muchas bellas sorpresas. Pero despues, por mas que haya intentado alejarlo, el demonio se ha emparado de ti.

Il regarde longtemps le garçon, qui a un visage d’ange, et qui ne comprend pas, le regardant de retour.

PÈRE : Ya no eres el mismo, Alvarez…

NIÑO 1 : (dubitatif, presque pour soi) …si, si…

PÈRE : No, Alvarez, hay que sacar al demonio de raiz, como un mal diente. (il fait un signe comme s’il déterrait une plante).

NIÑO 1 : (il se met à pleurer pour vrai) Ya no me quiere mas, Padre Trenes…?

Un temps.

PÈRE : Que has estado haciendo con Henares ultimamente? Sois amigos ahora?

NIÑO 1 : …no se, un poco

PÈRE : Un poco….que quieres decir con « un poco »?

NIÑO 1 : No se…

PÈRE : Y que habeis estado haciendo, tu y Henares?

NIÑO 1 : …nada, nada.

PÈRE : Nada?

NIÑO 1 : No, se lo juro, Padre Trenes, nada….

Le Père de Trennes s’approche d’Alvarez, et après un silence bref mais chargé, il le gifle. Il marche alors, gravement, mais un peu comme si rien n’y était, vers la fenêtre à nouveau, dos au garçon.

PÈRE : Prepara tus cosas, te voy a llevar al pueblo para buscarte un trabajo, nos vamos en media hora con el tractor. (1 temps, il se retourne vers le garçon, qui est visiblement affecté par la décision). Vamos!

Le plan reste sur le Père de Trennes, impassible, puis le bruit de la porte de son bureau se refermant.

14) Alvarez garde ses affaires dans une petite valise, plan vertical qui regarde du plafond, lent zoom out de l’intérieur ouvert de la vieille valise et des mains plaçant les vêtements. Le plan coule derrière lui décrivant un arc, retrouvant l’axe horizontal, et la hauteur de la tête, au moment où un autre des garçons qui étaient présents lors de la rixe apparaît au seuil de la porte.

NIÑO 1 : Pero vete, que si te encuentra aqui el Trenes!

NIÑO 2 : (avec une petite voix, il mange quelque chose et scrute Alvarez avec un peu trop d’intimité) No, si el Trenes ya nos ha dispensao.

NIÑO 1 : (1 temps, essayant d’ignorer l’autre) Vale…

NIÑO 2 : Te ha echao?

NIÑO 1 : (1 temps, un long regard – plan court – 1 temps, retour à la valise) Pssi…

NIÑO 2 : Joer….y que vas a hacer?

NIÑO 1 : (exaspéré) Me vas a dejar en paz, Estéban?

NIÑO 2 : (1 temps) Bueno…(il s’en va)…pues adios…

Plan court de Alvarez méditatif, plans courts de plusieurs objets qui doivent être ses trésors, et qu’il tient et regarde longtemps, pensif, avant de les ranger. Parmi les objets, il y a une figurine d’Alexandre le Grand, en habit de bataille, et aux gestes vraiment ennoblis : Alvarez la regarde longtemps, puis lui chuchote comme s’il s’agissait d’une incantation:

NIÑO 1 : Te invoco, ahora ya no me puedes abandonar…