BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

13.9.10

℞ : bleu bullshit (passacaglia)


Aimer un garçon qui est bon fermier; il a appris la terre. Le soir, quand vers trois heures du matin la luminosité du ciel nocturne frappe l’oeil dormant, et que je ne peux pas m’empêcher de regarder les étoiles (on dirait du Giono), il se blottit tout naturellement, il se presse en sommeil contre mon corps. L’odeur de son cou, derrière son oreille et vers l’artère, est celle de la peau saine qu’a fraîchement sué et où le vent a séché une fine couche d’arôme douillet, coulé entre les draps. Il aurait ces cheveux excessivement lisses et gras, de ceux qui tombent coûte que coûte, comme des cheveux de jeune gitan ; et son teint il l’aura emprunté à la lune le temps que je l’aime. Il fredonnera les airs que j’aurai écrits pour lui. Je saurai le dessiner dans le noir tellement mes mains l’auront suivi. J’ose espérer qu’un garçon d’une souplesse naturellement évidente puisse croiser mon chemin et bien vouloir l’interpeller.

Aimer un garçon qui n’ait pas peur de sentir la fiente de vache à plein nez, qui aurait horreur de l’échappement des autos. Son visage s’enrichit à chaque garçon inatteignable que je vois marcher dans la rue. Quelques uns me foutent carrément dans l’arythmie cardiaque. Aujourd’hui, un m’a suivi du regard le temps qu’on se croise. Hier, il y en a eu deux dans cette catégorie, deux à couper le souffle. L’un descendait de l’autobus en même temps que je marchais sur le trottoir : il m’a regardé avec un sourire, mais il n’était pas pour moi, ni le sourire ni le garçon. Il était haut comme un épi, long et fait en ivoire, et avec des yeux énormes et pleins de liquide et de flammèches.

Aimer un garçon avec des grands yeux qui scrutent tout, qui prennent tout, qui boivent. Un garçon fermier qui a la fierté naturelle dans le pli de la jambe comme dans l’authenticité, on m’entend baiser dans le foin. Les aboiements réveillent le père qui, désorienté, cherche l’interrupteur de la lumière. On court, court. On sait que comme un maniaque, il va allumer tous les flambeaux du village, tous les hommes vont fouiller le territoire pour chercher son fils que je tiens entre mes bras. À moi ce rêve où les adolescents n’ont pas de parents, où ils sont entretenus par ceux qui les aiment vraiment.

Je me sens crouler – j’y mets du zèle. Je n’aurai rien à payer en 36 mois, et comme c’est commode, ça me permet d’étendre stupidement mes illusions avant de passer à la faucheuse.

Aimer un garçon d’hôtel de riche, club de golf, machin, galère, je ne l’aurais pas fait pour le pognon. Quelle joie que le seul qui n’est pas un fils à papa. Il aurait de longues jambes et un petit cul qui remonte. Comme il ferait plaisir à n’importe qui! Ce garçon est bon, il est charmant de le voir si serviable, de l’imaginer dire quelque chose de déplacé à ce moment précis. D’y répondre, lorsqu’il fermerait sensiblement votre portière avec cette petite cantilène bien élevée,

quelque chose de lascif et de cochon.

Marées et érections sur la côte Valencienne, compte de beaux gars sur Paris-Pigalle lors de la coupe du monde, nuitées d’aguardiente sur le sable mouillé à Cartagena, avec les éphèbes que je n’osais pas toucher, parce que je n’osais pas croire que leur beauté était possible, El Escorial confus, court mais confus, où j’avais osais parler de l’amour qui me brûlait les lèvres. J’agissais comme une nana déconcertante, goûtant pour la première fois à ce qui serait la bohème, mais encore son côté bénéfique, candide et impudique. Je ne savais pas qu’en restant fidèle à cette bohème, j’allais subir de si graves amputations. Est-ce que le premier amour est toujours brisé? La fonction d’apprendre pour recommencer à zéro et se tromper toujours au même point me paraît stupide. Allons-y pour la photo, venez donc. Vous voyez bien que toute forme d’Alzheimer me rendrait un service inestimable.