BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

14.9.10

Bombardements de la raison


Un homme doit traverser
vers un phare insondable
sculpter la plaine liquide
de son sang muet
multiples petits hommes
en mouvements sectaires
par les larmes que cette fraternité a pondues
ont fait somme de mer
ce sont des vagues
qui s’avancent
massant la surface
en miroitements impitoyables
et qui trouvent ça progressivement
dommage
de s’étamper les tempes contre une roche
en saltimbanque obtus
culbutant la brise sans salive
sur le fil de la fragmentation
irrémédiable en occipital
tandis que la mer bourdonne
son élévation vespérale
faisant ressentir déjà sa grossesse
dans la paix qui lui gruge
des affections amniotiques
les eaux qui s’enflamment vers le sable
car il gît là
de profonds minéraux
fascinant, irascible démon fluide
que les astres se disputent ta proximité
eux qui bataillent à lumière!
dans tes eaux moulantes
je sens crever mes hauts
je saute dans ton typhon-murmure
d’autres s’embrassent sur la cime du monde
suffisent pour eux les jeux d’une autre époque
or les rideaux noircis de l’absolutisme
se font tirer
la théogonie s’écroule

Tracas d’autrefois, exalté
surpris par la voracité inexplicable
d’un fragment recraché par la marée
aux bombardements de la raison
soupirant le chantier grave des huées
grises allées, cheminées
un moto perpetuo de laideur et de brique
le ciment fêlé grimpe
crépitant les fenêtres voisines
pendant que l’orage espionne nos bruits intimes
que l’on sait taire au réveil
un claquettement tintinnarrant
qui nous tient à bout de souffle
où l’animal se réveille
par la crainte du feu
où j'ai commis des poèmes insensés
à cheval entre la drogue et l’orgueil
offrandes de fesses
convoitise de la lucidité paternelle
jamais je dis jadis
l’audace c’est de jurer à l’envers
en défaisant les promesses
comme des bottes maganées au trottoir au sel
gravelle, eau de magnésium ou de javel
d’un seul dessein
les aller-retours les plus loufoques du coin

On ressuscite
on régurgite l’eau
l’on est blême
les noix de nos biceps nous ont abandonnés
nos corps s’habituaient à la mort
barbares, nos cellules comprirent la fin
et une messe blanche s’étalait en nous
déferlante de repos
sur la plage
les aboiements humains
les vagues fouettant le sol mou
l’énergie irradiée par un corps qui voulait vivre
m’ont fait retourner
il paraît que je boitais sonorement
que mes orbites étaient une carcasse ouverte
par où l’on voyait mes fluides au décès
et des acariens microscopiques s’accumuler
où l’oscillation d’un xylophone distinct
enivré de kinésies
m’occupait la tête
à leur table glauque
croûte au siègle en main gauche
je confessais ma mort
devant leur asphyxie fulminante
je leur confirmais qu’ils m’avaient réveillé
d’un profond destin
que j’étais un explorateur
noble, naïf, sans fond ni sens
que j’aimais les odeurs d’humain
que j’étais scrupuleux
humain moi aussi
mais d’une maternité incendiaire
et qu’après le temps d’aridité
les deux mille ans de point d’orgue
l’on a su qu’on devait traverser
trier la lumière du regard
sculpter la plaine liquide
de notre sang muet

(mars 2002)