BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

19.9.10

Toute la science gicle


Lorsqu’il n’y a plus rien à dire, les gens s’empressent de commencer des échanges bienveillants, anodins, réglés par la peur. Aussi, j’ai prêté mille fois des affaires qui ne me sont pas revenues. On pourrait me recommander de ne plus rien prêter, mais cela serait un compromis. Aujourd’hui, dès que ça se tait, je m’empresse d’inculper. Moi aussi je suis coupable, et je veux goûter à la lame de la guillotine. Je ne dérive pas, il n’y a juste pas de référence dans votre langage.

Je me fais trop facilement traiter de fasciste. Simplement, aucun mot du lexique politique (ou humain, si vous étiez capables de tuer la politique en vous) ne saurait vous être utile pour ma description idéologique. Seulement ce mot n’existe pas encore et je vous mets au défi de le trouver. Mais si vous le voulez, je serai, pour vous, un fasciste : puisque aucune autre référence n’existe dans l’histoire ni dans votre immédiateté pour définir quelqu’un qui a les idées formées (et non pas des anubis hirsutes), c'est-à-dire qui ne suit pas le troupeau, et qui se plaît à communiquer ces idées – alors voilà. On m’a déjà traité de tout, ça m’est égal, et je n’ai pas de temps à perdre pour expliquer à des connards que je ne suis pas un fasciste (que le fascisme, c’est dépassé, qu’il y a de pires loups aujourd’hui que ceux-là).

Déjà il n’y a plus grand monde qui essaye de communiquer avec moi. Je suis soulagé que toutes ces pleureuses aient cessé de rappeler chez moi constamment, pour être surs de ne pas devoir porter mon suicide sur la conscience. Ça me fatiguait de me sentir la victime chérie, le battu héroïque, et c’était bel et bien là le comité pour le revival du larron crucifié à gauche de Jésus Christ (parce que la droite, c’est quoi la droite?), à qui j’avais affaire. Ce n’étaient que des opportunistes et ça me plaît que ce téléphone soit calme des jours durant. Secrètement, je garde le compte des jours de la semaine. C’est peut-être, à part ma douche, ma seule discipline.

Je me souviens de Darragh, un garçon profondément désadapté, mi-iranien et mi-britannique, avec qui je suis allé à l’école. Au début, il me harcelait. Mais on finit par être amis : enfant, je devais tout régler. Une fois il m’a montré sa bite, j’ai dû croire que c’était mal – aujourd’hui je pense qu’il devait être homosexuel. J’aimerais aujourd’hui qu’on me présente ce terrible marmousin, en offrande, car je commence à considérer que j’en mérite bien une. Au fond, Allah, ça me tiendrait occupé. C’est ce que j’ai le plus aimé du sexe : ne plus devoir écrire. Tout pouvoir dire autrement. Maintenant je suis coupé et je chie des mots qui ne sont même pas à moi. Je les reconnais chez les autres, à chaque fois qu’on se parle. Et pourtant je ne les comprends plus, même si je les reconnais, et que souvent, je dois les utiliser.

Le mal et le bien, ça fait longtemps que j’ai oublié ça. Oublier ça libère. De la loi, des croyances réelles. Je ne suis jamais allé au bout (il y en a qui me contrediront probablement) car je ne suis qu’un vulgarisateur. La science, la science, la science. À chaque fois que vous vous masturbez, toute la science gicle. Et c’est sur l’industrie pharmaceutique que ça pleut le plus torrentiellement. Écoutez, le jour où mes selles me sembleront bien sentir, je les mangerai. À Angoulême il y a un château, j’y ai été. Vous voyez, vous vous dites m’avoir perdu (du chinois, double Dutch), mais les mots y sont toujours, les mots, vous les reconnaissez. Peut-être comprenez-vous mieux maintenant?