BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

30.10.10

Panaches et mélèzes


Je me fais pousser le panache. Tout à coup je suis discret et réservé. Je suis comme une table. Je fais tabula rasa. Je rase et fais raser, je fais jaser.

Je me fais saisir la dernière des feuilles rosées dans l’isthme. La licorne du littoral s’emmitoufle de lactées riches. Ça ne me fait même plus mal, d’être vu d’en haut, derrière les mélézins.

J’éprouve de la difficulté ensuite à passer dans les portes. Je ressens, à chaque essai, une pression monumentale aux tempes, comme un commandement. La douleur me repousse, et je pénètre rarement dans les lieux pour ces raisons.

L’automne je rumine sous les mélèzes, j’attends les odeurs humaines, j’entends le métal explosif qui se recroqueville entre leurs mains prêt à bondir, déchiquetant mon pelage. Je ne fais rien, je suis stupéfait de béance.

Aiguillé et exact : j’étais là.

Je me fais promener le panache sur une houde de jeep, mes poils collés et secs de sang. On dit que sur ma pupille reste encore le spectre des mélèzes, le dernier rempart de ma vision avant l’étau.

Ça ne me fait même plus mal, et je ne vois pas mes frères, qui circulent en sens contraire.