BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

18.11.10

Fluvial-Nocturne


je ne vois pas que le carnage me survive
question d’affront
avez-vous mesuré la qualité de vos déjections?
récemment les miennes déclinent
je ne suis plus aussi bon acteur
on voit ma recette et mon squelette
je n’aspire plus qu’au repos
les os enfin tranquilles
je bifurque des courants de ravitaillement
et des piranhas rouges me pourchassent
jusqu’aux deltas froids
et puisent dans ma chair
de grandes bouchées de pus et de prurits
sacrifiées à labeur de monstre
par le parti pris des fleuves
ce sont des poissons édentés
qui me défendent



la douleur est une épine palpable
quand elle chatouille chez les autres
le museau hoche pour vouloir saluer
acquiescé, femmes sans passion
l’aridité du ventre et de la pupille
nerveuse
qui a failli se refermer d’un millième
quand cruelles leur écume grimpe
il faut les voir
moi, castré de douleur, n’ai de défense
que l’extrême hypocrisie et la psychopathie
ou la ruse à retardement
que j’estime pétard mouillé
là, ma truie, quand tu sauteras
tu verras le nœud autour de ta cheville
tu seras en laisse pour ton propre bien
j’ai tout préparé, tout calculé
j’ai bien passé le fer sur ma chemise ce matin
ce jour déjà j’avance fantomatique, sans expression
la dame de Keats à mes côtés paraît mulâtre
tu devines avec ton intuition célèbre
l’aura fatidique de calme qui s’assoit sur moi
quand mes yeux antidérapants se posent sur toi
tu trembles, mais qui me juge



avoir le goût de suer
de germer la pluie dans les pores
de se refréner les oreilles dans les bruits
sentir l’incivilité des canins
l’olfactive au vol
promener l’âme plus vite que mach
sentir grouiller un remuement de foule
dans les cellules
ne pas cacher qu’on est faits d’eau
la boire
la suer après
pour filtrer le corps par les océans
pour digérer la terre
et ceux qui l’ont digérée avant nous
les molécules sont émues de notre cycle
les arbres l’ont cherché sous le désert
l’eau était morte dans les glaciers
ici on l’absorbe
toutes nos ressources proviennent de la fonte
tous les géants tentent
de la contenir entre leurs doigts
mais elle coule!
toutes ses formes sinueuses, liquides
ont engendré par le vagin
des peuples hirsutes, sauvages
vêtus de peau
et après progressivement livides
vulnérables sans pelage de beauté
mais progressivement aussi plus cruels
par autodéfense et délassement

dans le bois
tous les animaux
nous égorgeraient les tripes