BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

11.12.10

Guide pour les migrations inconsolables


Les pires pays: les plus sensibles. Ils s'attardent davantage à l'observation passive qu'à l'enclenchement de mécaniques et d'engrenages évolutifs. Ce sont des cultures de réception, des cuves où se logent les liquides et les humeurs.

Les meilleurs pays:
d'abord le soleil n'y est pas en grève saisonnière, puisqu'on lui voue un culte aussi guttural que la mélanine. Le reste c'est de l'histoire, les bananes ou la mort. D'autres encore ont entrepris d'abolir l'armée et le froid, et de pardonner les bombardements.

Les plus petits pays: il y en a des ridicules, d'autres sont à Rome. Des projets de colonisation des Mille-Îles, aux autres essais d'indépendance manquant cruellement de crédibilité - on voit quelques issues convexes. Généralement, ces pays n'émettent pas de passeport ni d'onde courte, ni n'ont d'aéroport international. Lego™ a mieux compris le concept de micro-nation que tous les rois de Redonda.

Les pays les plus fiers: la fierté n'est pas un problème en soi, ce sont ses conséquences qui achèvent la partie de jouissance. On s'y donne à un sport pervers et séduisant: le nationalisme light, dûment friqué et législativement honorable. On tient à rappeler que la démocratie, à ses origines, ne permettait pas aux femmes ni aux esclaves de voter. Dommage.

Les pays les plus vulnérables: on ne s'y tient pas trop longtemps. Généralement ils sont, ont été, ou seront prochainement, envahis par l'armée des États-Unis. On y décèle notamment des traces de rumeurs nucléaires, des ouï-dires à destruction massive, des convictions hideuses et un excès gênant de déguisement en piètre état. On ne trouve guère de Gucci™ à Kandahar, pour l'instant. La chasse au garçon est, néanmoins, particulièrement prisée des occidentaux, et le garçon afghan représente une riche denrée, peut-être encore plus lucrative que l'opium.

Les pays les plus modernes: ils ne chantent plus d'opéra à l'ancienne. Ils garnissent l'exactitude de divertissements et d'études interactifs; la peur s'y est dissipée quelque peu, et c'est bon (je trippe sur les cassures dans le texte, les déchirements de style, les mises-en-abîme à saveur de débutant ou d'amateur, comme ça, et sur le baroque dieu merci, deux fois jamais pareil, trompe l'œil), et c'est bon.

Les pays les plus corrompus: le Québec. C'est pas de moi, mais de MacLean's.

Les pays les plus laids: contiennent des trouvailles génétiques et des mutations bénéfiques de l'ADN. On y retrouve plus de poètes, d'alcooliques, de toxicomanes, chômeurs et d'adeptes de migraine que dans n'importe quel autre territoire. Il faudrait voir un lien entre l'observation passive de la laideur par une fenêtre et l'observation active de la beauté dans soi.

Les pays les plus beaux: ils sont saisissants comme une pute de luxe. Ils sont tous à louer ou à vendre; nous n'aurons pas leur amour. Leurs littorales s'écartillent pour accommoder le tourisme entre ses niches. Grillades, danse, bobos exotiques - tout y est. Il faut croire que ce beau paysage (et l'augmentation du pouvoir d'acquisition de la classe moyenne) est en effet le responsable de toute la laideur intérieure inavouée par les habitants de ces parages.

Les pays les plus endettés:
on se fout de leur gueule comme le ferait un dysfonctionnaire derrière le plexiglas, s'adressant aux citoyens sans respect. Le FMI, c'est aussi tous ces petits cons qui veulent à tout prix porter la mode sur eux, qui passent leur vie sur facebook thru iphone à raconter des banalités, à polluer l'espace de white noise électromagnétique. Malheureusement, Nuremberg n'aura pas de deuxième partie - trop difficile. Rappelons que Pablo Escobar avait offert au gouvernement colombien, fin années 80, de régler intégrale et définitivement la dette extérieure du pays, en échange d'un accord de non-extradition du parrain vers les États-Unis. Ils ont refusé l'offre et continuent de payer dans tous les sens possibles du terme.

Les pays les plus en paix: ceux qui basent leur budget sur le bien-être nécessaire, et non pas sur le bien-être apparent et facile; ceux qui se servent du sens ancien du mot diplomatie. Discrets, bien dans leurs racines, ces pays émergent si lentement que les géants ne les aperçoivent jamais, dans leur cours laps de temps historique entre leurs apogées et leurs chutes. Mais ça ne peut pas tarder: tous ces pays en apparence inoffensifs, auront à temps les rênes en main. Et cette fois, ce sera sans Versailles ni Nuremberg.

La colonisation de l'Antarctique:
sous un dôme chimique qui retiendra l'ozone, le dernier rempart de la colonisation humaine sur terre aura lieu ici, avant les astres. Des nouvelles Rome, Londres, Prague, Detroit, Tokyo, Vancouver, Calcutta, Moscou du Sud... d'énormes citadelles dans un climat modéré, protégé par le dôme. Et ailleurs, les bannis tenteront de survivre les excès d'une terre rendue inhospitalière, et combattront les éléments, forgeant les légendes futures.