BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

11.12.10

L'Art-dieu (larmoyant)



Comment purifier le spectacle?

Je pleure aujourd'hui, en espérant qu'on puisse rire un jour de mes larmes; l'art peut tellement devenir plus que nous semblons à bout de force, et que nous nous contentons de si peu. Il a quelque chose dans la nature du spectacle, au-delà de Debord, qui est obscène et dérangeant.

L'art ça ne devrait pas être l'art de plaire.

Je nous estime mauvais exploiteurs, je crois que nous n'avons pas encore appris le feu. C'est possiblement une étroitesse d'esprit ou une intolérance de ma part - et que je tenterai d'expliquer dans ces lignes - qui me mène à renier beaucoup d'initiatives contemporaines.

Prenons le Cirque du Soleil, le hip-hop commercial, le cinéma hollywoodien - leurs combats, leurs formats, leur pillage à l'allure idiosyncratique et leur culte du paraître. Technique et apparence: comme un miracle payant que la science peut toujours révéler. L'univers conceptuel est très riche depuis que Freud et la télé sont acceptés comme des barèmes de fonctionnement social, ou du moins comme explication acceptable d'un dysfonctionnement.

Mais le mysticisme, l'érotisme, la révolte...sont absents.

Je pleure parce que nos jeunes sont si loin non seulement d'acquérir la maîtrise et la compréhension cumulative de leurs domaines d'art, mais même d'approcher ces domaines au départ. On abandonne.

Je pleure parce que je dois constamment ajouter des notes en bas de page lors de mes simples conversations. Il n'y a pas moyen de socialiser ni de s'exercer sans devoir se réduire à une espèce de dénominateur commun. Autrement, on devient dur à suivre parce que personne n'a les références ni les compétences de base pour effectuer le cumul logique de leurs connaissances. Ni concentration ni mémoire, ni valeurs ni motivation pour en trouver des nouvelles.

Je pleure que nous soyons si loin d'accomplir l'art utile, interconnecté et évolutif dans ses références, comme un wiki réel, comme un jeu-vidéo réel, un carrefour, une plateforme et un tremplin, l'art-dieu, le respect enfin de sa pratique et de l'apprentissage de sa perception. Ne pas attaquer dieu, mais ses administrateurs, ses percepteurs, ses tentacules apocryphes.

Oui, un aboutissement. Wagner et Bayreuth à échelle du monde, avec tous les arts, toutes les visions, toutes les cultures, non pas fondues ensemble et édulcorées, mais complémentaires dans leur authenticité. La terre et tout ce qu'il s'y trouve comme le plus grand art.