BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

28.5.10

Le trafic du Duende

Qui détient le duende quand? Voici l’objet du roman : le trafic du duende, comment a-t-il évolué dans l’histoire, la connue, l’oubliée au sein de la connue, de l’inconnue. La taxonomie biblique de la passation du duende. Une bibliothèque de et pour l’inspiration éphémère pour le perfectionnement de sa définition toujours évanescente.



C’est le même sort subi par le jeune Andreas Berlinger, Hanovrien de dix-sept ans. Au moment de la prise de la ville son cours de ballet était rendu au centre, la première ribambelle de bombes est tombée pendant l’adage, issu tout droit du temps lent de la neuvième de Dvořák. La plupart des élèves et, à la fin même la professeure pris la fuite par le grand couloir, hurlant aux saints de la sauver. Andreas et le pianiste polonais finirent ensemble l’adage, suivi de deux temps de révérence (mettant à l’évidence l’absence de la professeure), tandis que sur le trottoir près des bâtisses croulantes, des gens brûlaient d’être aspergés au phosphore. La fente du plafond s’était évidemment ramifiée et approfondie, et de nouvelles fissures se manifestaient sur le grand miroir, et le pianiste, qui avait la tête remplie de Curaçao Bleu de contrebande, dit à Andreas :
« Viens, on n’a plus rien à perdre », et fermait le piano avant de lui tendre la main doucement, et l’adolescent d’acquiescer sans un râle. Ils sortirent hâtivement, traînant chaussons, partitions, linge, et des articles oubliées, qu’ils revendraient sans doute. Dans le portique, un baiser, rien de trop. Ils sentaient la lourdeur prochaine du corps nouveau enfoncée dans leur propre pas, et instinctivement ils marchaient sur la même cadence, comme ils l’avaient fait quelques secondes auparavant dans leurs arts respectifs. Mais comme pour couper à court ce roman Harlequin, tout à l’entrée de la bâtisse, de celle qui avait jadis été la bâtisse de la si prestigieuse école de ballet maintenant à moitié en ruines, une balle sans doute perdue, ou dont la trajectoire avait été déviée par un dieu jaloux, vint frapper mortellement la tempe d’Andreas. Le bard a été laissé à lui seul une vingtaine d’années chantant sa détresse pour le grand plaisir morbide du dieu, mais sans doute aurait-il été éclipsé autrement par le génie de l’homme plus jeune, et son art ne se serait pas développé.



Lune noire : nos peurs se dissèquent. Nous sommes le XX/XX/20XX. Il a plu hier, la lune est neuve et elle nous manque. On a dressé un étendard féroce sur les coupoles au zinc bleu de la ville. Les plans de volume et de dimension ont été notablement altérés, un voile de manigance tombe sur les rues. On a frayé un second spectre, à la lueur du premier. On l’a découvert de nuit. Un autre enfant est mort sous le silence, et la pression de ses vaisseaux, l’ossature déjantée, dégarnie, en sont témoins. Quand c’est rendu que tu regardes dans le microscope, et tu vois les omega-3 en train de se piquer au crack, tu le sais que Monsanto faut que ça disparaisse.



Ce sont de braves virus qui nous encerclent, ils rentrent par des portes insoupçonnées de notre corps constamment exposé aux intempéries et aux corps des autres. Je pense que les citoyens du métro font partie intégrante de ma première étape littéraire, ou du moins qu’ils se soient frayés, un peu comme les virus, un chemin forcé jusqu’à altérer mon imaginaire. Je les trouve un peu furtifs ces virus, et je ne pense pas que je doive trop m’en protéger, mais il est clair que je ne lécherais pas certains endroits de la ville. Ce qui est définitivement à éviter c’est le vaccin : métaux lourds, cas de mort immédiate, contrats pharmaceutiques louches, vaccinations à deux vitesses avec deux médicaments différents, paranoïa médiatique; le chemin est pavé d’irrégularités. J’imagine la prochaine souche : la grippe du chevreuil. Les villes seraient envahies par des troupeaux de chevreuils et bisons, qui feraient comme des vampires avec les gens, les chats et les chiens, les rats et les ratons-laveur. Mais dans le nord, une race de chevreuils sauvages, bien adaptée au froid et à l’éparse végétation, survit indemne, et semble posséder une ruse génétique pour déjouer le virus. Ce sont les indiens qui le savent en premier, mais ils se demandent s’il est sage d’empêcher le cours de la nature, et se préparent à observer les bras croisés l’annihilation de l’homme blanc sur leurs terres d’origine, comme une sorte de vengeance. Trop cool.

Tres Layes (con tornadas varias)


1. LAY DE LAS ÁGUILAS:
Ya águilas habrán rodeado con su altura
las torres escarpadas del recio monte
las sucias cumbres que se vislumbran con dificultad
empapadas de un azul severo que deslumbra
los matorrales se amontonan en la arena en las faldas
de la llanura se ve el pico perfilado de la audacia
y ya no nos hace gracia a ninguno esta montaña
donde uno se descalabra con un hilo de baba
colgando de la carne de pulpo tierno contra rocas
averiadas de los minerales perennes
que surcan en ellas con cristales dolorosos
amasando a cada uno de sus gramos un beso del sol
con sarpullido en la piel de las nubes descascaradas
con quien se vierte el agua en la tormenta
se desparraman los rayos de vértigos acumulados
hipos eléctricos y eructos de trueno
cuando el dios digiere a las piedras húmedas
y que sus manos facticias se abasten de arena
en los techos aldeanos se oye crujir la viga
se tapan los cacharros y se atan los perros
se cubren las ventanas con palos y martillos
se vive en el pánico de una solución etérea
aun en el pico como en la ladera vida se encuentra
se vive como se pueda bajo piedras como sea

TORNADA EMO:

A ciegas de un caballo vi rodar paisajes y néctar
frutos de todos los salvajes y de sus cuerpos sin vida
fui como un maltrecho a quien se le ofrece ser testigo
y se le perdona su herida


2. LAY DE LA ESTUFA:
Borrando voy con una cuchilla de afeitar pielecillas
allí donde no haga daño
donde tengas tus tetas estaré, boñiga en mano
con las bicicletas del ayuntamiento rodaré feliz
cara al viento, espalda al sol poniente
y a los fachas ardiendo
mientras no me de la mala espina del saberme fatal
que no me sepa al final el principio de las cosas
y que se me hagan hermosas
las cántigas de todos los ΒάRβαRοS de Europa
como si estuviese aprisionado en la estufa de Sylvia Plath
aquella en que se dijo amén
frotándose forzosamente los senos con un extremo del grill
hasta dejarles una marca de sangre hambrienta
seguramente
como la silueta del Monasterio de San Lorenzo
de El Escorial visto del aire

TORNADA NAIF:
Cual Sagrado Corazón
con el cuerpo en un tazón
yo vigilo a los demás
y te llamo para atrás


3. LAY DEL CIRCO:
Infestado de malabares un circo se cae
sus puertas derretidas por el calor de los saltos
su arena amontonada en un castillo en un extremo
sus cuerdas cortadas en puntos clave
sus gradas dispersadas y desordenadas
sin números de asiento
y por culpa del desgarro de un payaso
de sus palabras de desaliento entre bastidores
de sus agravios hacia el elenco
de sus despropósitos
en la inminencia absoluta de la función
y por culpa de una Polichinela
impresionante y de gran vanidad personal
que le había partido en cinco cinco días antes
que le había negado el atardecer propicio
que le había callado halagos torcido caricias
que por ir de puntillas no le vio el talante
y del mismo púlpito se viene abajo
se cae el circo con profunda cicatriz
y se desgarra el payaso y se fuga la damisela
con portazo tremendo hasta se marcha
el dueño del telón uno de estos ricos de comarca
y se embarca a América rumbo a una misa
desconocida pero con igual fervencia
y allí monta otra función

TORNADA OPTIMISTA:

Mozo y moza se vieron otra vez en un tranvía
ella iba de avestruz aunque sin el ave acuestas
y aquel día era el mozo el que conducía
(y como ella había tenido desdenes con hombres mayores
y que había leído traducciones de Cavafis
en general para reponerse de esos accidentes emocionales
habiendo comprendido un poco mejor las intenciones
del antiguo payaso
allí mismo le recito unos versos que había memorizado
iniciando el movimiento electromagnético)
y entre dos calles el travieso le regaló un beso

Conférence


M: Je vous demanderais juste de vous écarter parce qu’êt’ là de même, c’est ridicule…
H : Ce document, ce n’est pas autant le solde d’une lourde incompétence administrative, ce l’est aussi pour l’ensemble de la population…je veux dire, ce sont des chiffres complètement exorbitants et on nous fait à croire en tant que citoyens que la situation des lock-out est absolument légale, et qu’on permet que ça s’éternise depuis des mois, quand au fait ce l’est pas du tout...et j’….
(les journalistes posent plein de questions à la fois)
H : …bon, écoutez…écoutez! Ce n’est pas autant de la faute au Premier Ministre qu’au Gouverneur Général et c’est pourquoi je demande la démission de tous les cadres par intérim et je demanderais au greffier d’annoncer l’état d’indépendance immédiate….
(encore un chœur de questions qui se piétinent, et dont on n’entend que des bribes)
H : …écoutez, il n’y à rien de définitif, et je sais de grief qu’on risque d’avoir des problèmes plus larges avec la communauté internationale, mais il faut garder la tête haute parce qu’on a surtout de la dignité impeccable dans cette affaire, ce sont eux qui doivent avoir le sommeil lourd, alors je fais l’annonce là mais ça veut rien dire en soi, d’autres ratifieront l’annonce et ce sera alors à voir mais je demande euh… j’ai demandé tout à l’heure à l’intérieur dans l’hémicycle au greffier de suspendre délibération, de suspendre les faux cadres, qui sont là à la place des autres, et de déclarer l’indépendance, moi je peux pas le faire, ça c’est au bout complètement de mes pouvoirs ce que je fais là, c’est in extremis…alors… (il fait signe à M)
M : C’est le tour aux questions, mais soyez brefs svp le ministre doit partir sous peu, oui…un tel (par son nom)…
1 : Est-ce qu’on peut dire que c’est une indépendance de facto, monsieur le procureur général?
H : Écoutez, je n’ai aucune autorité légale ni force de frappe militaire pour déclarer l’indépendance, mais je vous annonce seulement que le processus est enclenché et que tout le long de la ligne, les éléments nécessaires sont placés et travaillent déjà ensemble, je vous dirai que ce n’est pas un fait mais au moment où on se parle c’est déjà inévitable.
2 : Merci, monsieur le procureur général : vous avez parlé de la possibilité d’au moins quelques incidents diplomatiques. Qu’envisagez vous et qu’est-ce qui a été fait pour l’éviter?
H : Hébien…
2 : …excusez, je n’avais pas fini…quels sont d’près vous les risques d’une guerre?
H : Oui…euh alors…je…mon cabinet et moi avons couvert suffisamment les exigences diplomatiques nécessaires, et nous avons conféré avec quelques diplomates et experts étrangers notamment, afin de mieux comprendre les enjeux. Je pense qu’en tout cas la réalisation de l’indépendance ne fera pas l’unanimité mais que toute friction peut ensuite être réglée très aisément de façon diplomatique, sans avoir recours à aucune forme de violence, telle est notre conviction et notre volonté, et soyez rassurés qu’on veille à éviter ce type de conflit très spécifiquement et nous croyons, comme beaucoup de représentants à l’ONU, que le dialogue et la diplomatie sont toujours les moyens les plus efficaces pour la dissipation de conflits.
M : Une dernière….
3 : Merci, monsieur le procureur, avez-vous consulté avec tous les groupes politiques dans l’éventualité de l’indépendance, quelles seraient vos mesures internes, comment voudriez-vous constituer un nouveau gouvernement, auriez-vous recours à l’opinion populaire?
(grondements, peur de dictature généralisée, sensation de « il est encore temps »)
H : Messieurs dames, ce ne sont pas des mesures que je l’autorité de prendre en c…
3 : …oui mais quand vous l’aurez…
H : (très…interrompu)...heu, excusez?
3 : Vous dites que l’indépendance est inévitable, donc quand vous aurez l’autorité inévitablement, que se passera-t-il?
H : Ah oui je vois je comprends maintenant votre question (feignant la bonhomie, petit rire malaisé mais maîtrisé) voyez-vous, ce ne sont pas des décisions que nous pouvons prendre donc nos priorités se situent ailleurs, éventuellement quand le temps sera venu de se pencher sur les questions de l’organisation interne, de la structure etcétéra, nous les ferons avec les personnes pertinentes en temps et lieux, mais pour l’instant l’important est de pouvoir assurer la résistance à long terme de l’entité indépendante, et que le processus puisse être mené à bien, et pour ça nous devons nous mettre au travail sans plus tarder. Sur ce merci beaucoup pour votre attention, messieurs dames. Bonsoir.
(Une autre pluie de questions et d’interjections fuse de toute part, mais H est escorté déjà hors du lieu).

23.5.10

Ataque de magia


Y que me dé un ataque de magia
como visto bueno en edad tardía
y que lo llamen una hemiplejia
del regocijo y de la alegría

*

Parada:
todos los buses atraviesan tarde
y en ciertas noches
solo en el sentido contrario
al que tomamos

*

No es irremediable el olfato
como un pan no ha de morir
pero suben de hondo los desvanecimientos
sociales
de la joven Historia
bajo los abanicazos
de las damas de zanahoria y de
piropos de gangrena
con plumas de facturas aladas
abrochadas hacia arriba
vertiginosas hacia el coito
pero son ya varios tubos
que se van vertiendo

*
Tocata tus labios
Kinshasa del valor de kirguiz duro
resbala respeta maúlla a lechuzas
por las axilas
protruye sudor emana cuenca
del lamer estribos
sonata tus voces externas
internas y onales
que sin fonían
vieron ángelus y volvieron
aun así
con un cansancio en la barriga
pero por no indagar
por no pensar con calabazas
pensar estropear ya no es
Noé si supo por lo del cupo
yo no
me entero de nada
y quepo
y nocturno tus entrañas
entre ranas
aceras y aceras por probar
aun

*

Pièce Radiophonique Inconcluse (2003)

Dramatis Personæ
OPPENHEIMER
FASSBINDER
CHARLOTTE DE CORDAY
NOSTRADAMUS
JOSH HARTNETT
ALMA MAHLER



SCÈNE I

Fassbinder :
Elle n’en à rien à brûler, la nuit. Rien qu’elle n’ait pas brûlé de sa propre gueule…mais de son propre gré, de son propre jeu, de son propre aveu, elle les aura tous brûlés, pour qu’après l’aurore leur ait épongé le front. Parce qu’elle te manque de ton propre sommeil, parce que tu ne vois que le jour et la cécité de son soleil.

Nostradamus : Aucun dialogue n’est possible avec toi en ce moment. Les hystéries qui nous rapprochent du jour nous menottent aussi.

Charlotte :
(elle fait soudainement irruption) Avez-vous vu Marat?

Oppenheimer : Ha! Ha! Ou le Marquis de Sade tant qu’à ça!

Nostradamus : Tu dors. Tu ne vois plus la nuit.

Fassbinder :
Tu te détournes à l’aveuglette, les tirs te frôlent, les as-tu jamais vus?

Nostradamus :
(riant) Oui…oui…

Charlotte :
Hé…vous l’avez vu Marat?

Fassbinder : Ces instants m’ont toujours semblé se dévier de la trajectoire du temps, ralentir puis accélérer…

Nostradamus :
(agréant, en même temps) …puis accélérer…

Fassbinder :
…en même temps.

Nostradamus :
J’avais pondu autrefois le concept de l’existence d’un « angle » temporel, un angle auquel nous plongeons en tout moment, dans le temps, et qui est, bien sûr, variable.

Oppenheimer :
C’est une belle hypothèse, docteur.

Fassbinder :
J’approuve. C’est une joyeuse impression que j’ai éprouvé…

Charlotte : (interrompant) Hé…hé-ô…vous l’avez t’y vu ou non, là?

Oppenheimer : Mademoiselle, vous êtes franchement fatigante, vous faites irruption dans le cours de l’histoire…

Charlotte :
Mais je vous assure que c’est tout à fait mon but, mon cher monsieur!

Fassbinder :
Enfin, taisez-vous, bon sang!

Charlotte :
Non!

Oppenheimer :
Mademoiselle, on vous exhorte de vous taire!

Charlotte : Je n’ai pas du tout l’intention de ce faire!

Nostradamus : Laissez-moi faire, M. Oppenheimer, M. Fassbinder…Charlotte) Votre nom, mademoiselle, puis-je le savoir?

Charlotte : Charlotte de Corday, et vous, vous êtes?

Nostradamus : Michel de Nostradame. Et maintenant, Charlotte, regardez attentivement ce pendule…(effets d’ « hypnose », cloche, harpe, etc.)…c’est ça…suivez-le…ne le quittez pas des yeux…c’est ça…c’est ça…maintenant vous vous sentez plus lourde et engourdie…

Oppenheimer : Mais…ça marche!

Nostradamus :
…de plus en plus fatiguée, plus fatiguée…plus fatiguée…et vous tombez dans un sommeil très profond…très profond…(2 temps)…voilà.

Oppenheimer : Je suis franchement impressionné, ébahi par votre exploit, M. de Nostradame; scientifique que je suis, mon scepticisme m’empêche très souvent de croire à la possibilité de telles prouesses.

Nostradamus : Mais je vous en prie, M. Oppenheimer, vous avez sûrement réussi des exploits bien plus substantiels….comment dire?

Fassbinder :
(entre les dents) Des exploits et des explosions…

Charlotte : Vous êtes Jacobins?

Fassbinder : Mais elle se tait jamais? Même hypnotisée? Tu m’gosses…

Nostradamus : Mais que voulez-vous, ignoble esprit?

Oppenheimer : Métamucil! (substituer le nom d’un laxatif bien connu sur le marché)

Fassbinder : C’est quoi ça?

Oppenheimer :
‘A m’fait ben chier!

Charlotte :
Je cherche Marat pour venger les Girondins.

Nostradamus : Marat? De quel époque tu surgis, esprit? Je t’invoque, Ô!

Charlotte : Le dix-huitième…

Oppenheimer :
(rires énergiques) C’est pour ça!
Fassbinder :

Fassbinder : Gang d’illuminés! Vivent les siècles obscurantistes!

Oppenheimer :
Gang d’idéalistes éperdus! Le peuple ne veut pas être éduqué!

Nostradamus : Siècle d’encyclopédies, de têtes détachées!

(Bruit tonitruant, Charlotte crie.)

Oppenheimer : Qu’est-ce que c’était que ça!?

Fassbinder : Ah…ça? Non...c’est juste un autre sapin Québécois qui vient de tomber.

Nostradamus : Ah…Nouvelle-France?

Fassbinder : Non. Québec. Comme dans Bolduc.

Oppenheimer : Comme dans Conrad Black.

Nostradamus :
Je ne vous suis plus…

Charlotte :
Je vais vous poignarder dans l’oreille, vous…!

Nostradamus :
Qui ça, moi?

Charlotte : Naah, pas toé…l’autre, le coké là…à barbe…

Oppenheimer : Mademoiselle, vous parlez de Rainer Werner Fassbinder, veuillez lui devoir un peu de respect!

Fassbinder : Ça ne me dérange pas, je suis un bas fond moi aussi, un rat dans une cage de miroirs.

Charlotte : M’a’t’poignarder dans l’oreille, choisis laquelle!

Fassbinder : (ironique) J’ai tellement la trouille, tu sais…

Nostradamus :
Mais vous ne cherchiez pas Marat, vous? Pourquoi vous voulez tuer Fassbinder?

Oppenheimer : Oui puis vous n’étiez pas hypnotisée?

Charlotte : (coupante) Ç’a pas l’air…

Oppenheimer : J’aurais dû m’en douter de ces pratiques non-orthodoxes…

Fassbinder : Pourtant tantôt elle avait l’air sonné. Qu’est-ce que vous me voulez?

Charlotte :
Je dois venger les Girondins et assassiner Marat, et vous, monsieur, vous essayez de m’en empêcher!

Fassbinder : Moé? De qui vous parlez? Et c’est qui Marat?!

Oppenheimer :
(encyclopédique et froid) Jean-Paul Marat (1743-1793), homme politique français. Médecin, il se lance en journalisme en 1789, puis devient député de Paris à la Convention, obtient le vote qui tue Louis XVI, et fait chuter le groupe des Girondins, puis il se fait assassiner par une admiratrice des Girondins…

Nostradamus : Alors, Mademoiselle, Marat est déjà mort.

Fassbinder :
Vous n’aurez point besoin de le re-tuer.

Charlotte : Salauds!!

Oppenheimer : Mais elle pense sûrement qu’elle ne l’as pas encore tué…

Charlotte :
(hystérique) Non!! Nooon!!!

(Chahut, cris de « arrêtez, mademoiselle! », Charlotte subjugue les trois.)




SCÈNE II

Josh : Je deviens alcoolique par choix (je hais l’alcool). C’est à la mode de s’oublier, de s’édulcorer. J’ai envie de voir un avion s’écraser…

(Bruit de collision d’avion)

Josh :
Ah…tiens!

Alma :
(soupirant) Comme vous êtes beau, Josh!

Josh :
Problèmes esthétiques? Aliénation du désir? Allô je suis un célluloïde…

Alma : Ah mais ce n’est pas grave, vous faites rougir quand-même…

Josh : Vous êtes pas engagée?

Alma :
Engagée?….naah…

Josh : Alors votre bague?

Alma : Je suis veuve.

Josh : Excusez…

Alma :
Il n’y a pas de quoi.

(Bruit de collision)


Alma : Oh mon Dieu! Quelle horreur!

Josh : Quoi? Ah…c’est le deuxième aujourd’hui. C’est ce qui donne ce lugubre teint nucléaire au ciel.

Alma : Mais! Comment pouvez-vous rester si impassible!? Des centaines de personnes viennent de périr devant nos yeux!

Josh : Pantoute…

Alma : Mais si! L’oiseau de métal, là-bas, vous ne l’avez pas vu? Ni entendu?…Mon Dieu, mais pauvres gens…

Josh : Mais je vous dis que non, madame, personne n’est mort! Ce sont des tests de collision aérienne faits avec des clones, pour calculer comment AMÉLIORER, rendre PLUS ÉFFICACE et PLUS RENTABLE l’aviation civile.

Alma :
Je regrette mais je ne vous suis plus…

Josh :
En tout cas, madame, inquiétez vous pas. Rien de mal ne vous arrivera…

Alma :
Ah, Josh! Comme vous dites ces mots, quel délire guttural, ces rondeurs, ces attaques précises qu’exerce votre langue afin d’articuler des niaiseries comme ça.

Josh :
Mais vous me flattez, madame. Merci.

Alma :
De rien, Josh. Tu mérites beaucoup car tu es beau.

Josh : Je suis beau et RENTABLE.

Alma :
Vous êtes en spécial?

Josh :
Comment?

Alma :
Vous vous sentez spécial?

Josh : Euh…oui, des fois je fais des voyages astrales au-delà de l’écran, j’ai l’impression d’en sortir.

Alma : Ah, que c’est mignon, pourtant vous êtes bel et bien toujours là-dedans.

Josh : euh…oui…

Alma : C’est ce que je me disais…

(Bruit de collision)

Josh : En v’la un autre! Y’sont ben partis. (1 temps) Puis, vous êtes une veuve célèbre?

Alma :
Mon mari fut Gustav Mahler, le grand compositeur!

Josh :
Ah…jamais entendu parler….

Alma : Quoi!? Vous n’avez jamais entendu parler de Mahler?

Josh : Non.

Alma : C’est inouï! Je n’aurais jamais imaginé une telle inculture de la part d’un si bel homme.

Josh :
À quoi ça ressemble?

Alma : C’est la plus belle musique du monde! C’est des symphonies gargantuesques pour combattre la mort.

Josh : C’est quoi ce mot là?

Alma : Gargantuesque?

Josh :
Non… « amort »?

Alma :
Amor? Je n’ai pas dit…

Josh :
(interrompant) Ça voulait pas dire « amour » en espagnol?

Alma : Non! Enfin oui…mais j’ai dit LA….MORT.

Josh : C’est quoi ça?

Alma :
Quoi!?

(Bruit de collision suivi de silence.)

Alma :
Enfin vous êtes immortel?

Josh :
Je comprends encore pas votre mot « weird »…

Alma :
Votre vie achèvera-t-elle un jour?

Josh :
Madame : ma seule condition c’est d’être beau. Je ne sais pas si ça va finir un jour, ou même si ça a commencé un jour. De toute façon, un bon lifting…

Alma : Ah oui ça a commencé un jour, longtemps après que mon mari soit mort.

Josh : Vous me posez des questions étranges, quand même.

Alma : Ces questions n’ont jamais frôlé votre esprit le moindrement?

Josh :
Ce sont des choses qui m’échappent. Je dois avouer que je n’y ai jamais pensé.

Alma : Et le ciel qu’il a ici, et que vous me décriviez tout à l’heure, ce ciel nucléaire, lourd, orange dollarama, lui là, a-t-il eu un début?

Josh :
Peut-êt’ ben, tsé…

Alma : Je vous assure, Josh, que tout commence, il ne faut rien manquer!

Josh :
(gaillard) Je commence à manquer de souffle…

(Il l’embrasse fugacement.)

Alma : Vous manquez de pertinence, mais ça c’est une toute autre chose. Puis lâchez l’alcool. Votre haleine est rude, Josh, vous maîtrisez votre hygiène buccale difficilement?

Josh : Ah…c’t’une passe, c’t’une passe, à rien…excusez, madame Mailer.

Alma :
C’est Mahler! MAH – LER!

Josh: OK, d’accord, c’est VOTRE ler. Mais c’est quoi un « ler » au juste?

Alma :
(l’actrice - ou acteur - doit sortir totalement de son personnage pour cette réplique) Un ler? Un ler c’est l’un de ces cossins là, tsé veux dire le truc, genre de patente à gosse de machin, avec des (gesticulations et bruits de bouche absurdes) là puis là, tsé veux dire?

(Bruit de collision.)


Josh : Oh, tiens, un autre!

(...)

18.5.10

Domadores ciegos


Tras la cúspide
Con todo el respeto de la piedra
Traigo ahora agua muerta
Y a horas mis riñones de asco
Y de ensueño
Que buscan su prisión de algas secas
Y de cieno

No oír más las medias lunas
Ensangrentadas de su propio giro
Sino en la cuna limpia
Recibir el golpe astuto de los cielos
Sin parpadear siquiera
Como un sobre cerrado

Abrir entonces la posada de pasión
Pero no antes

*

Ya me estoy cansando yo de esta oscuridad hebrea
De esta brea extraordinaria que nos ensortija
La clausula queda activa al saber de ti el monte
Al dar a luz el varadero de los reyes

El hipo que irrumpe donde se albergan los gritos
En la pírrica bruma tumefacta
Por el perfil que ahonda en las coronas
Que se espolia en las últimas condenas de los cerros

En los últimos callos de los senderos
Con la dulzura que se impone en el vértigo aquel
Proseando sin viva cal ni luna certera
Pareciendo solo el paso aligado a la espada

Como el recorrido de los granujas y caballeros
La crisis ahúma y ya nadie puede ser atril
Ya nadie puede ser valle ni permiso fingido
Sino que las calles brotan de su lumbre acongojada

*

porque domaste los días…

tras la luna de abril, demasiadas coincidencias
el motor de las veletas eternas
se ha desencajado
de una vez por todas
van volviendo cosas
la vida es una forma-sonata interrumpida
la forma-sonata es una utopía de lo que
debería de ser la vida
todo el tiempo desfila en tiovivo
ya solo queda la muerte
y los mil enredos de lo que
ya conocemos
(vida ciega)
a que luego
con el árbol torcido
de la patria
se nos van quedando dormidos
los centinelas
yo nunca piso; siempre aprieto
el vergel no se pisa

*

16.5.10

Pied de guère


Denis Gougeon, qui se croit polyvalent, parce qu’il a fait de la musique...de scène! Il n’est pas prêt pour une nouvelle race de titans. Il mange. À la fois il déplore le sous-financement chronique de la culture et il siège, disant prêcher par l’exemple, au CALQ.

« La planche de salut des créateurs réside aujourd'hui à l'étranger, notamment au Japon et en Europe : ainsi, la troupe de ballet de l'Opéra national de Bavière lui a donné carte blanche pour composer une œuvre orchestrale de deux heures en collaboration avec le chorégraphe Jean Grand-Maître, une offre fabuleuse, inimaginable depuis bien longtemps au Canada!
Il est convaincu que les jeunes qui ont les capacités voulues seront naturellement attirés par cette voie ».

- La Scena Musicale, vol. 5. No. 3, nov. 1999


Quelle voie? Celle de l’expatrié, qui renonce à ce qui lui est dû? Assume-t-il que le futur n’est pas au Québec? Nous croît-il incapables de mener l’entreprise à bout? Comment arriver à dissoudre l’impression que le problème est irrésoluble et qu’on est impuissants devant lui? Est-ce qu’il est si difficile de se rendre à l’évidence …?

«Toute mesure du Gouvernement qui tendrait à réduire le financement public de la culture au Québec sans aucune préparation préalable d’un éventuel basculement vers un financement davantage privé serait purement suicidaire. »

« Le CALQ repose sur une idée assez particulière : il s’agit de laisser à la communauté artistique le soin de définir elle-même une politique culturelle et surtout de gérer la répartition des fonds publics entre ses membres. L’évaluation des demandes se fait sur la base de l’avis d’un comité consultatif de pairs : autrement dit, les artistes se jugent entre eux et se répartissent ces fonds entre eux. Mais, l’approche n’est pas sans danger. Par exemple, il est difficile d’ignorer la possibilité de rivalités naturelles entre organismes musicaux ou les erreurs d’appréciation de toute sorte qui peuvent influencer les évaluations des demandes. »

-Michael Nafi, directeur de la Nouvele sinfonie, la Scena Musicale, Novembre 2004.


« Nous y avons réaffirmé que le pourcentage du budget CALQ accordé aux bourses et subventions aux artistes (13%) était anormalement bas, les coûts de production et de diffusion situés en aval de la création recueillant peut-être une trop grosse part du gâteau. La cinéaste Lea Pool le disait elle aussi récemment pour le cinéma : beaucoup pour les producteurs, trop peu pour les créateurs et leurs regroupements.»

- Jacques Allard. Mot du Président de l’Académie des Lettres du Québec, 2006.


*

Je pense à instaurer une personne morale, OSBL, avec un bras armé secret en cas d’apathie des constituants ou de défaillance des pressions démocratiques. Il s’agirait d’une police des arts : je me demande s’il a moyen d’instaurer une république artistique, un lieu non-physique, et le faire reconnaître par quelques forces internationales.

Mêler l’OSBL aux chemises brunes. Jouer à Robin des Bois avec les fonds publics, détourner d’autres vers les arts, s’approprier les médias. Séquestrer la SRC en direct, se rapproprier l’espace peuplé par eux, virtuel ou réel. Déraciner l’art mauvais, l’art gavé de subventions depuis vingt ans par favoritisme du CAC. Commander le jingle du télé-journal à tous les compositeurs canadiens, le renouveler constamment, rendre un défi cette nouveauté routinière. Rendre la création utile. Arrêter la dictature de la soi-disant réalité sur le possible. Enlever les menottes à l’imagination, ranger la peur de la honte sociale, de la perte d’emploi ou de liberté physique, identifier art et idéal, lutter pour l’art et les artistes.

Refuser le copyright. Boycotter le son et le spectacle. Piquets devant les théâtres et les salles. Ne plus se produire, ne plus produire, ne plus être des machines subordonnées à la manufacture de marchandise. L’art n’est pas une propriété. Des guildes d’artistes bénéficient seulement les putes, ceux qui n’en ont pas besoin, aux musiques génératrices d’argent, souvent proches du dénominateur commun.

Créer une hystérie collective positive. De la même façon que les média tournent en négative toute nouvelle relative à la libération des humains de ces chaînes qui les assujettissent, trouver un point de déclenchement majeur qui servirait comme effet domino positif. Quelle action définitive ou autre entraînerait une réaction en chaîne?

Se protéger des fiefs d’Ottawa et de Washington, Londres et Paris. On est trop concentrés à bâtir notre propre culture, désolé. Les vôtres sont trop invasives et de surcroît nous abrutissent, nous avachissent, nous rendent consommateurs, malheureux, malhabiles, malchanceux. Désolé, on doit se cloîtrer, il y a, pour première fois dans l’histoire, trop d’information, beaucoup plus que ce que les gens peuvent digérer. On doit se réclamer l’ambassade de la médiation, remplacer la politique par la création. Seulement bâtir, engloutir les autres structures. C’est un plan de domination, de dictature artistique. On a été les derniers aplatis, les derniers nègres, les derniers juifs, les derniers gay-bashés, et les premiers à oublier leur propre condition de novateurs, de soldats de l’âme, d’annihilateurs des totalitarismes arides, basés sur la dessiccation de leurs peuples, leurs langues, leurs légendes, leurs songes, leurs inconscients collectifs. J’ai bien peur qu’on n’assiste au viol sordide et total du concept universel de culture, non pas dans ses spécificités mais autant dans l’ensemble de ses ramifications que dans l’essence commune de sa définition. Aujourd’hui la blague « L’art est mort » fait penser à la réplique de Franco à Madrid : « Hemos pasado ». L’art est étouffé. On ne lui substitue rien. On éradique. On extirpe. On rend en extinction.

*

Le cas du Québec est malheureux : il n’a jamais vraiment, pour une ou autre raison, réussi à émanciper sa culture totalement. Le Québec frétille depuis 1839 dans cet état de torpeur et d’adolescence nubile, nébuleuse (le brouillard), si l’on excepte la période entre le discours de De Gaulle et sa galvanisation de l’énergie felquiste, et le rapatriement de la Constitution sans la consultation du Québec. Quinze ans d’espoir dissolu.

Pourquoi ici? Tous dorment! On n’est pas dans la paix! On est dans la non-violence, dans le point de tension, quelques achats avant le couvre-feu! On aimerait bien que le snooze dure et dure. Qui portera la première violence? Qui sera le Caïnite, le bon samaritain? Quand est-ce que l’alcool, la télé, l'ostie de hockey et les drogues bidouillées arrêteront de nous obséder? Quand est-ce que la pleine puissance de nos avoirs et des savoirs nous sera à peine dévoilée?

Pourquoi est-ce une majorité de travailleurs contrits, bien salariés et blasés, et leurs syndicats anachroniques qui ne font que défendre les secteurs de production qui entretiennent la bourgeoisie dans la pointe de leur pyramide néo-féodale, qui nous dictent le statu quo? Immobilité, stabilité dans la presque-misère, répression de la différence, encouragement de l’ignorance et de l’indiscernabilité de la masse : pourquoi les gens ont permis que ça marche contre eux?

Occuper et dissoudre les guildes et occuper les médias nationaux dans le but de rendre effectifs leurs mandats de diffusion nationale. Mettre en place des normes plus strictes de régulation du contenu des ondes en faveur d’une programmation artistique à contenu culturel édifiant, exaltant, inspirant et élevé sans être dogmatique. Détourner tous les fonds de la défense nationale vers la culture. Faire que le quotidien de la plupart des gens soit empli de toutes sortes de manifestations artistiques, organiser la société autour de ces manifestations et des échanges possibles.

Enrayer la croyance populaire que l’art est une forme de divertissement. Quand il est réduit à cette seule faculté il devra être considéré comme peu de chose. Notre société et son temps ne peuvent pas se permettre trop de diversions.

L’artiste a toujours la propriété intellectuelle, mais elle doit être redéfinie. Elle ne doit pas servir pour rémunérer personne. Personne ne devrait payer pour avoir accès à ou utiliser de l’art. La propriété intellectuelle devrait signifier la reconnaissance de son auteur par une prime d’état assurant les biens matériels de base du créateur sans que jamais l’argent ne soit rentré dans l’équation. Toute contribution à la culture est donc rémunérée par le troc. De surcroît, toute nouvelle création doit être mise de l’avant par l’état, qui assumera les coûts de sa création. Cette mise de l’avant sera automatique et ne devra pas comporter aucun concours, jury, ou évaluation autre que pour déterminer le nécessaire à sa création. En autres mots, tu crées : l’état expose, l’état rend utile. Pour cela il faudrait formuler un statut de créateur, sorte de contrat avec l’état : tu produis, donc tu ne te feras pas déranger par des problèmes financiers ni logistiques, on est là pour s’occuper de ça. Tu ne nous dois rien, car tu produis, et il ne te manque rien. Tous les emplois artistiques sont donc protégés, promus, offerts en formation, par l’état.

Attendez, attendez, je vais trop vite. Je n’ai pas tout expliqué...

14.5.10

Pérez Prado y su madre


Cortos y potentes como un cañón de viento
ciñéndose al muslo activo y en penumbra
descargan el implacable perihelio

Como un cojín de piedras al apoyar la nuca
un simple estudio de tonalidades
al alcance de la periferia durmiente

Si esperas demasiado el chorro amaina
la desgracia acecha a puertas de los hombres
y sus mujeres plañen en sardanas de hiel

Si te quejas del helicóptero mediático
alborotando a los pajarracos en los suburbios
espera a ver los ensayos de la aviación militar

*

Impartir hambre enseña los dientes
cuece habas

Fruta podrida no mueve molino
ni mola

Parir llanto es bueno para la especie
de idiotas

Ya ni van al museo de esqueletos
ni les compran ropa

Y viven en Richter del corazón
encima de una falla mayor

Colindando con aguas menores
con patios traseros ardiendo

Y comen plástico recalentado
y no arden ya más

Porque el plástico no sube de precio
que usted paga

Podrir habas en aguas pasadas
de madre

Parir hambre enseña los dientes
del esqueleto

*

Y si por desgracia se van arrullando las palomas
bajo Cadillacs ya sin vuelo definido
y con desgarros en las plumas y heridas de sal blanda

Que no se olvide nadie
del Lada eterno que acoge a perros infectos
y les devuelve el pelo y la piel

Así nace un lenguaje – por la lengua armada de los pueblos
por los labios abiertos
por los ojos que buscan a los ojos

*

Un Bariloche en la espalda
un Veracruz en el vientre
por columna, Sierra y Andes
y mandíbula de Apalaches

Nariz neoyorquina en platino
y paladar del picante
del gabacho acá en la frente
al portugués en el seno

Y por el ismo de lleno
van pasando las corrientes
ni El Niño ni la de Humboldt
sino aquellas de sus gentes

*

Noche de esclavos sin estrellas donde se dicen sollozos
guardar en el fuego el propósito de tantas nuevas vidas
pillar de pilar en pilar el malestar más profundo
y hacerlo miel de oídos, de ojos y manos ávidas
y darle magia de pueblos en intercambios gozosos

*

Que sepas que aquí también barren
y escupen soles
se escuchan rolas de bandidos
desafinándose al alejarse

Que se tuercen cuentas se ponchan
llantas se crían cuervos
se estudian lenguas que no se hablan
se vierte crudo

Que se marchitan hábitos se auscultan
médicos se van de Drácula
se arrestan negros en la calle
se duerme desnudo

Que también se llora en bastidores
se cree que las matanzas son aciertos
se comen cerdos como hermanos
se ven lagartos

Que cuando han terminado de comer
lo tiran todo al suelo con desprecio
aunque por mundo este mundo es necio
lo has de saber

*

Con Pérez Prado fue un horno
las íbamos manoseando con cariño
un poco puestos de Johnny Walker o algo así
y el Pérez Prado seguía dándole
y chica pum chicha pan mambo
así toda la noche
y venga y hala whisky
y toma y traga y bebe
buscando el contacto
temerario como el que nada sabe
robando nalgas con el tacto
dos o tres bofetadas recibidas cabizbajos
y otra vez al ataque
dos whiskys más
varios toqueteos intransigentes
pero vaya orquesta
chicos yo os lo digo ya amigos
francamente con la noche lubrificante

*

13.5.10

Caídas / Falls / Chutes


Caídas una tras otra
tambaleándose van por aceras corredizas
asustando a los monstruos
cayéndose siempre y volviéndose a erguir
como una brigada del arroz cotidiano
salubres del hálito de las llamaradas
incendio azul
donde ya no cabe el aire

Tumbadas por todos los suelos
en pactos difíciles
en gravedades inusitadas que se van
mostrando el culo por las calles
matados de pensar
derribando piñatas
que se yerguen y aúllan al mar
a la sal que soluble se detiene

Golpes de manos abiertas
de broma pesada que se va alzando
en la borrachera
novatos con palos ardiendo
que van cayendo y tambaleando
por las aceras móviles
asustando a los monstruos
cayéndose siempre y volviéndose a erguir

*

All stupors received
laces tied up and well taut
my toes find a room in a boot
nations born
storms and silly bravery
permutating blindness
our hand-lines sold
by enemies
pen against the air
full arm calculating
a tremor is a meter
the wind counts too
suspicions cannot be set astray
appeasement floats down

If every human being
could no longer believe in certainty
then doubt would rise
and life would flourish
in unexpected places
it is an audible aura
and it has spikes
and it is no longer necessary
to grasp it by ear
or to fold it in the memory
beauty must happen mortally
where it will create an ugly tension
and its appeasement we shall call
truth
outliving the anger
for humanhood is a religion
hence blames cannot
be coiled upon the arrows that we throw

Is there room for a few?
I have many
far between but all anew
some have learnt
in shallow caves
where the water
was still pure of scent
and ripples echoed like a horse
incubating harmonics
in the secret curves of galleries

Others pursue death
their scent is stronger
their struggle is cursed with sanity
but invigorates death’s appeal
her growth minutely witnessed
mirrored in all our cravings
conceived as a mobile phrase
that carries forth the accident
to the fatal target
further away: grief
a narrow ceiling for fitting heads
these thistles are waiting for something
they act like a balm, unfolding
it sounds like a desert
whoever balances shall fall
subtler winds shall lift in season
when this anxious age will ramify
crude and stubborn
perpetually reading over the last line
when it shall yield a current
bluntly overhear you
interfere
with a gaze that has no remorse
caress the early clarity
when the night lifts off her canopy
the servant of day bows
and the trees watch dancing larghetto

*


¿Y con cuántos salarios se come un plato de carne?
¿Y con cuántos temblores se asienta la tierra?
¿Y con cuántos pavores se asusta el miedo?
¿Y con cuántos silencios se compra el único murmullo
que esperamos, atónitos?

Sigan, pasen, vuelen, corran a ver

¿Y en cuántas Américas entra América?
¿Y cuántas de ellas son posibles sin que se amargue el siglo?
¿Y de cuántos cientos de pesos son las propinas aquí?
¿Y en cuántos llanos va cayendo el sol como en todos lados
sin que se cuente ni ahora ni nunca el plato más vacío?

Sigan, pasen, vuelen, corran a ver
que no queden con cabeza ni bolsillos

¿Y a cuántos más vais a matar, hijos de puta?
¿Y a cuántos más vais a engullir, puercos sin sangre?
¿Y a cuántos más van a dejar atrás los últimos rizomas
que les quitaban el hambre y la soledad?

Sigan, pasen, vuelen, corran a ver
que no queden con cabeza ni bolsillos
que no se queden sin cuchillos ni cuchilladas

*



On ne peut abuser assez des crépuscules –
vers où leurs cloches aboieront-elles le lent manteau du soir?
Égrener leurs décibels en l’attente du « non » résonnant
j’ai bisé la cloche et ses vibrations m’enracinent dans le zinc saoul
mes dents entonnent par sympathie
et l’incrédulité si jamais je dis si jamais je prononce mot
il faut vivre silencieusement l’étreinte impossible
de peur du manteau qui avance étoilé

*

España : 4328 pesetas
mira la palma de mi mano
¿te parece la misma de siempre?
tengo el hígado verde
tengo el labio destrozado
si mi labio superior fuese de trapo
no habría de lavarme los dientes
tan frecuentemente
si mi labio inferior fuese de tela
me olería a nicotina permanentemente
es la rosa de los días
vive el filo
recubre la navaja de tu propio pis

La ciudad amanece con insomnio
y mal aliento
si tienes reproches de jodes
vives un invierno frío y barato
y te jodes como nos hemos jodido
todos los de la calle 42
con mucha razón además
porque puedes ir a pagar una multa
de aparcamiento pero nadie te hará
ni puñetero caso y te desesperarás
y entonces sí que te has convertido
en un loco

Hay abajo un hombre desalentado
que no deja de tocar el timbre
se electrocutará bajo tanta lluvia
porque en su tubo de escape
no hay pararrayos
algo tan útil como inútil
pero cuando, tétrico
me sale moho en el paladar
es cuando descubro triste que
debo aprender a escuchar
el timbre de mis labios

La déresponsabilisation des masses


L'industrie tertiaire, le service, étant le pignon même sur lequel s'axe la survie structurelle du capitalisme, monopolise la presque totalité des actifs occupés (au moins dans les pays dits développés, mais aussi par sous-traitance dans les pays pauvres) et leur garantit un rôle social en échange. En créant des demandes pour des services toujours de plus en plus spécialisés, le pouvoir néolibéral a fini par hébéter la population dans une forme de dépendance institutionnalisée qui s'équivaut à une torpeur sociale.

Chaque service instauré représente la privation d'une liberté, connaissance ou expertise individuelle et le déplacement de cette responsabilité vers un autre individu ou groupe moyennant un échange validé par les deux. La symbolique de cet échange est la définition quasi utopique de l'argent, compromis de valeur commun dans un idéal réciproque et équitable. Ce nouvel individu ou groupe, qui est le service, n'est chargé que d'une responsabilité abstraite et transmutée: si bien la valeur de la responsabilité a été fixée au départ par son tenant original, celui-ci ne peut plus se faire valoir de sa responsabilité réelle, sa capacité même à résoudre ce type de problèmes s'en verra amoindrie et ultimement atrophiée, et le service ne saura représenter la responsabilité que comme quelqu'un d'étranger à elle.

En revanche, la responsabilisation des masses pourrait facilement entraîner une vague d'autonomie généralisée capable d'enrayer entièrement la demande pour la plupart des services, et aussi le rétablissement d'une santé sociale réussi par le rapatriement des responsabilités, de leurs natures intrinsèques et particulières, toujours différentes selon les circonstances. De tels courants de pensée ne sont pas sans rappeler une forme de régression vers la tribalité, or toute ressemblance ne doit être que passagère, considérant la leçon de notre passé cumulatif commun qu'il n'est pas souhaitable d'ignorer ni de contourner.

La cause directe de cette abdication des responsabilités et ultimement des droits est le déclin de la pédagogie comme valeur absolue du modèle social. La pédagogie est aujourd'hui moins un apprentissage du savoir accumulé dans le but d'avancement individuels et communs, qu'un conditionnement au statu quo inamovible; moins une déresponsabilisation utilitaire qu'un enseignement des responsabilités naturelles. Dans ce contexte, si la dévolution des responsabilités vers les masses est effectuée trop tôt, au moins avant que l'éducation ait eu l'occasion de faire à nouveau l'enseignement actif de l'initiative, le risque est une société à la fois sans services et sans qualifications pour assumer les tâches abandonnées.

Seulement quand ces tâches se verront à nouveau remplies par leurs détenteurs originaux, avec la connaissance et l'outillage nécessaires à leur exécution, pourra-t-on parler de modèles sociaux basés sur le partage équitable et l'autonomie. Autrement, la perte des droits civils est probablement à prévoir : la déresponsabilisation a mené du désintérêt au dégoût des masses pour leurs responsabilités et leur incapacité ou manque de volonté de questionner les préceptes de leur éducation. C'est le moment que tant de pouvoirs attendaient : les moutons se proclament fièrement et ne questionnent plus leurs menottes.

Aussi à craindre sera la difficulté additionnelle de récupérer ses responsabilités dans un contexte hostile à cette action. On sera alors dissuadé de poser tout acte autonome: dès la pensée manifestée sous toutes ses formes jusqu'au fait de construire sa maison de ses mains ou de cultiver sa propre nourriture. Déjà certains protocoles alimentaires, établis par de multinationales omniprésentes et toutes-puissantes, prétendent instaurer des prohibitions au niveau de l'agriculture domestique, fondamentale et millénaire. L'abandon de certaines pratiques agricoles pourrait alors aussi sonner le glas pour quelques espèces, végétales comme animales, et provoquer une dégradation de la santé humaine moyenne.

9.5.10

Casihaikus colimotes


Cuanta piedra inmóvil y cuanta tierra
que mueve montañas

*

Se asearon los sobacos y sobre el mamey
han puesto rosas secas

*

Y sí, me traje unos huaraches
y una camisa blanca como uno imagina
el invierno

*

La única nieve lejana es
la que trae la lava ardiendo

*

Mil países en uno
un solo sistema de pasiones

*

Golondrinas negras, colibríes,
manufacturas blancas.

*

El tren no es de nadie
y su llanto sabe a más de noche

*

Cuidado con alacranes
con cascabeles y manantiales

*

Delicados con filtro
y que no se lastime ninguno

*

Ciénaga de almas
cruce luminoso de aves y rocas

Langage naturel / Lenguaje natural


ils ne connaissent que la direction du poids l'amour n'est pas assez aucun sentiment tous les problèmes de mauvaises herbes sont une belle chose pas le droit de tenter d'interférer avec nos rêves en fait la recherche en langage naturel la vie est éternelle dès notre position au moins beaucoup de gens se souviennent encore de la terre du respect des vieux arbres pour fêter ça je sais c'est une tragédie tous les personnages vivent la souche de vie après en outre les progrès selon les propriétés catalytiques nous espérons qu'ils trouvent la liberté d'expression est une exigence fondamentale que les gens paient d’une attaque magique vous ne pouvez pas les regretter ces mots les causes profondes des conflits les actions ou procédures l'ambiance et l'intrigue fraude l'infection est inconnue et les conflits ne le sont pas les pauvres doivent être arrêtés aimer le peuple à tous le sourire innocent imprimer la vue voyage du comportement eh bien une blessure grave il devrait y avoir plus beau anesthésie la moitié de la valeur le fonctionnement n'est pas la démocratie il n'est pas réaliste il est vrai ce temps est compréhensible je vous mets au défi pour prévenir les conflits la nature de nos craintes en général la lumière est utilisée à des fins commerciales et vous avez le droit de faire valoir le rôle des rebelles les enfants payent dans les mains du prix tragique tous les actes de violence mis à part une chute forces et faiblesses s'appliquent au cerveau

que sólo conocen la dirección del peso del amor, no hay sensación bastante todos los problemas de malezas son una cosa hermosa no tiene derecho a tratar de interferir con nuestros sueños es la búsqueda en lenguaje natural es la vida eterna de nuestra posición por lo menos mucha gente todavía recuerda la tierra de respeto a los árboles viejos para celebrar que ya sé que es una tragedia a todos los personajes viven la vida después de la tensión de los progresos en las propiedades catalíticas esperamos que ellos son la libertad de expresión es un requisito fundamental que la gente paga un ataque de magia no puede arrepentirse de esas palabras las causas profundas de los conflictos acción o procedimiento de la atmósfera y la infección por el fraude intriga se desconoce y los conflictos no son los pobres debe ser detenido a toda la gente amante de la mirada inocente sonrisa de impresión hábitos de los viajeros así una lesión seria no debe ser la anestesia más bella mitad del valor de la operación no se la democracia no es realista es cierto que el tiempo es comprensible te desafío a la naturaleza prevenir los conflictos de nuestros miedos por lo general la luz se utiliza para fines comerciales y usted tiene el derecho de hacer valer el papel de rebelde los niños pagan en manos del precio trágico de todos los actos de violencia, aparte de una caída de las fortalezas y debilidades se aplican al cerebro

La Victime électrique / La Víctima eléctrica


nous allons voir une seule âme et la joie de la révolution sans avoir à donner un aperçu de son nom la lumière du Christ est de comprendre l'énergie du corps d’observer les mots et les phrases pour comprendre la formation de la demande alimentaire le bruit de la circulation et le développement urbain au cours de la confusion de la vie la respiration le bruit et les problèmes de désordre c'est la faim et le stress et d’aider à l’abstrait mais à gauche vous trouverez le temps d'être avec lui parce qu'il ne fait rien personne ne pourrait appeler d’un trait rapide car il y a fuite de l'espace confortable et plus récemment le rôle d'un sentiment stable de réel changement ce qui a supprimé toutes les barrières physiques par conséquent et pour éviter l'hôpital être disponible dans la pauvreté dans le mépris de l'échec dans les propriétés le signal peut être atteint à tout moment le vent large bleu ou le comportement en société la distance entre les animaux les loups et la présence du poil sans limitation et toutes les couches de l'or en fait toujours vivantes la perte de la peur et la solitude sont souvent responsables autour de la capacité de l'hiver la violence et la productivité le sang frais dans le développement des personnes à l'école seuls aux États-Unis et au Canada une nouvelle vague de jeunes Burroughs Québec vous devez éviter le risque de la victime électrique à l'hôpital des politiques de recrutement les patients qui veulent comprendre le système fondent sur une réforme globale pour empêcher les gens les radicaux doivent apprendre aussi bien que la concurrence et l'efficience la productivité et l'efficacité le vent se forment tous les jours enfin nous pouvons nous unir nombre d'enfants qui sont à réduire les blessures et beaucoup de jeunes esprits et des poches de bruit qui disparaissent chez les adultes mais ce paradis est normalement accepté

vamos a ver una sola alma y la alegría de la revolución sin tener que dar una visión general de su nombre a la luz de Cristo es comprender la energía del cuerpo para observar las palabras y frases para comprender la formación de la demanda de alimentos el ruido del tráfico y el desarrollo urbano durante la confusión de la vida para respirar problemas de ruido y desorden es el hambre y el estrés y ayudar a lo abstracto si no a la izquierda podrá encontrar tiempo para estar con él porque él no hace nada nadie podría llamar a un escape rápido porque no hay espacio cómodo y más recientemente el papel de un sentido estable de cambio real que ha eliminado todas las barreras físicas por lo tanto y para evitar el hospital para estar disponible en la pobreza en el desprecio por el fracaso en las propiedades de la señal se puede llegar en cualquier momento el viento que soplaba el comportamiento social de color azul o la distancia entre los animales y la presencia de lobos cabello sin limitación y todas las capas del oro sigue viviendo la pérdida del miedo y la soledad son a menudo responsables alrededor de la capacidad de la violencia de invierno y la productividad sangre fresca en el desarrollo de las personas con única escuela en los Estados Unidos y Canadá una nueva ola de jóvenes de Quebec Burroughs se evita el riesgo de la víctima eléctrica a las políticas del hospital para la contratación de los pacientes que quieren entender el sistema basado en una reforma integral para impedir que el pueblo Los radicales tienen que aprender así como la competencia y la eficiencia en la productividad y la eficiencia de la forma del viento todos los días por fin podemos unir a número de niños que van a reducir las lesiones y miles de mentes jóvenes y los bolsillos de ruido que desaparecen en los adultos pero que el paraíso es normalmente aceptado

Motus Terra


Ya se me van cayendo encima los tejados
me amenaza la indolencia de los arquitectos y de los urbanistas
que ya se me van desplomando encima las cornisas
y con estas llueven ladrillos
de todas partes y sin tregua se destripan las fachadas
y sus componentes y sus construcciones
se esparcen con nubes de cemento y hieren y escaman pieles
y se engullen el asfalto a escombros
por los caídos

¿Y a quién se le ocurre desmenuzar las casas
cuando son casas de lata
y palmo a palmo de intemperie?

Todo lo que va quedando incrustado y persiste
como un bulto
impacta en la frágil nieve que con absurdo rubor se ha roto
irrumpe cosa hábil
nada fácil de nadar como han quedado a flote
las vigas y columnas desherradas
del techo que sacuden
y con varios azoteos inminentes se rompen hacia abajo
y estallan con un beso de sal
ingreso fatal o ileso


*


C’est devenu un festival de baromètres
Tout était mensurable
Le délire superbe durait plusieurs heures
La mouvance était aux engins désuets
Ou inutiles

À chaque sirène gonflante un carrousel
Un pipeau malade
On t’a pris pour sourd-muet
Incapable d’articuler l’incohérence
Du festoiement palatable
Et fâché tu as bidouillé seul
Et les fêlures que tu te fais seul t’ont
Marqué de travers

Un teint opaque et décoloré
Atténuait ta satisfaction
Trahissait la contumace
Tu t’es pris de frayeur et siège
Tout marchait

*


Balbuceos de tierra: iniciar
la loca huida.

Carreras, bisontes y tigres
de lotería.

Las raíces rojas se embuten
en un nudo caliente.

Aquel que no quiera morirse:
morirá siempre.


*


Sainte-mime que déclarent les œillères
Sans que les délicats blasphèmes
Du plasma qu’y suppure
S’émerveillent du fainéant cri de l’aisé

Au vague tissage de la revendication
Introductions avides et pesanteur
Crottes de nez et consommation sauvage
Aucun tirelire

Sainte que je crie
Sainte que je moque et je barbouille ici
Par la barbe je te plisse
Je t’anticipe de l’oreille


*


En un taconeado se desparraman las estanterías
las pildoritas se esparcen por el suelo
y da un miedo prehispánico que ninguno ha visto venir
entonces se grita
entonces el cuerpo solicita mas aire
el alboroto padre se arma y se sube al escaparate
y se muestra exagerando las pestañas
y se exhibe el ombligo de caos
con la metralleta presta a altura del pecho
y el mundo que se apoltronaba arde ahora
es ya muchedumbre
y se rocían con ella las calles en dos compases
de ese taconeado


*

Certain de celui qui t’a criblé
Un frein de courbe
Un endroit direct et angle mort qui tue
Tu t’es agenouillé sur la courbe
À Ès-Berbères
Tu as bisé un asphalte comme un trou
À Treblinka
Tu as bouffé l’amalgame de la somme
L’asphalte énorme que tu bouffes
Le nouvel hôpital de tes auréoles
C’est celui qui t’a criblé
Détruis ta trajectoire et rédigée à
Nouveau lys
Lis le charabia que t’endures
Les poutines à quatre heures du matin
L’inadaptabilité au présent
Et ses ramifications empiriques
Tu les gobes
Goéland de La Belle Province
Suspect aux quatre ailes du pays
Un certain angle de frein
Tu t’es bisé sur l’asphalte
Tu le sais
Tu te serais détoné à La Baie
Ou à Haïfa
Mais pas ici
Les gens ne savent même plus mûrir
Ils meurent mal
On ne peut pas les biser
Comme à Treblinka

8.5.10

Inquilinos sucios


Inquilinos sucios
engrasan las paredes
agrietándose
pronto sin voltear la lengua
en crisis
estupefacción de los neones
se deslizan puercoespines
en los sentidos

Cáscaras de la risa
de anoche
en la alfombra corrediza
doble cerrojo
cuando las veredas son de
pelo muerto
y las mentiras se las cuenta
a uno el periódico

Postres de hielo
deshacerse del saber no es
mucho hilo
ni en cenadurías se pierde
el hambre
pronto sin voltear el viento
al patio
se cayó el aire

*


Solo se quiere oír un canto trueno
un ruido oriundo del inicio
caligrafía del desastre.

El hambre
sobre patas hirviendo
no sueña con el cariño de brisas acumuladas en el vasto cúmulo

de tus oquedades,
ni precisa de tus voces alzadas de alacranes ardiendo
de tu pómulo alterado de trivialidades.

Acá en la boca de las flores se oyen morir las semillas
se amontonan las mieles sagradas
en el jardín de zumbidos y en la puerta de hez y de astillas.

Y de luces congeladas

*


Inquilinos sucios
que se van desgañitando de escupir su asco
gente que te deja un escupitajo
de paso en tu vida y no más
como regalo de regadera
caras de hueso sin patria ni aliento
con cheques de mierda
del gobierno

Que te miran como si fueses
mejor que ellos
con asco desgañitándose como palomos
con frases y rosarios de nalgas
apartamentos de media vida y capas y copas
de nicotina
paredes del hambre y de la furia
sin necesidad

Gentes desplomadas
quejándose y quejándose con más asco
lavando con asco
las greñas apestando a medio coyote
guisado farsas
con impresionantes hábitos del
coraje del cohete
de otros

*

De la nécessité d'une théorisation nouvelle


Les aboutissements sociaux de la gauche comme de la droite ont laissé invalides nombre de leurs principes fondateurs, pour laisser place à une théologie économique et légale prédominante. Aujourd'hui les politiciens de la plupart des pays sont effectivement issus presque exclusivement de milieux économiques et légaux, tant à gauche comme à droite, et leur influence sur la politique a été décisive au moment d'en extraire l'idéologie. Il semblerait donc que ces modèles anciens soient épuisés, et qu'aucune de leur variantes ou hybrides n'ait réussi à freiner les vrais ennemis qui se dressent aujourd'hui: les extrémismes économiques, les extrémismes religieux et leur commune annihilation systématique de la culture humaine à travers un système complexe et calculé de loisirs et de compartimentations.

La stagnation de la politique n'est plus un secret: depuis l'anarchisme il y a un siècle et demi, on n'a pas assisté à la naissance d'un seul nouveau mouvement de pensée politique indépendante, inclassable comme déclinaison d'une idéologie existante, ni autrement que comme lui-même. Aussi la classe moyenne a grandi jusqu'à devenir le bouclier d'une nouvelle religion matérialiste et monétaire, qui a neutralisé la plupart des inclinaisons politiques pertinentes, et plongé l'humanité dans une asymétrie meurtrière des biens. Dans la foulée de ce qui arrive à être perçu comme une machinerie nécessaire et inépuisable, la diversité de tout ce qui est étranger à la machinerie elle-même est en train de disparaître de façon irréversible; et progressivement ce sont ces mêmes convertis qui vont y contribuer de leur plein gré en croyant faire un bien.

Quand il est question d'une machine dont il faut assurer le roulement perpétuel, les responsabilités personnelles disparaissent exceptant, bien sur, celles envers la machine. Or dans une démocratie tout droit acquis découle d'une responsabilité remplie, chaque voix en est une seulement dès qu'elle choisit de participer. Le non-sens est de constater la disparition de la diversité de pensée et le surgissement d'une apathie du choix comme conséquences directes d'une mise en œuvre démocratique: on aurait plutôt prédit les résultats contraires. Le fait est que tout modèle politique stagne de lui-même, mais la dégradation accélérée assez récente des mouvements politiques n'est attribuable qu'à l'avènement d'une nouvelle (ou ancienne) sphère de pouvoir invisible et détachée par le haut de la politique.

Fondamentalement, toute stratégie de domination mondiale doit commencer avec la mise de côté de scrupules et la création d'une mythologie de propagation qui substitue ou plie et au besoin déracine les disciplines existantes. La mythologie matérielle de l'argent a cet avantage sur la religion que ses attributs et conséquences sont tangibles et bien réels, et n'ont pas besoin de la médiation d'un élément artificiel comme la foi pour être constatés. La mythologie religieuse a justement ça: une bonne pincée du mystère et de l'aventure nécessaire pour nourrir un imaginaire humain sans toutefois stimuler sa créativité ni sa dissension; dans les mythologies matérielles ce rôle est tenu par les loisirs, les nouvelles technologies et l'art populaire. Les deux sont des extrémismes semblables ayant instauré leurs régimes disciplinaires exclusifs, leur machinerie particulière et universelle. De plus, ces deux machines se font la guerre: les formes universelles d'assujettissement et de coercition peuvent changer de visage, mais jamais de nature.

Si la politique, croulant sous le poids d'une effrayante numérocratie, continue à consentir son propre démantèlement, l'humanité pourrait se voir vite dépourvue des ressources requises pour faire front au plus grand péril d'une mondialisation à sens unique, et des conséquences d'une monopolisation croissante des biens et des appareils législatifs. Si la politique continue de se polariser sur le spectre artificiel et caduc de gauches et droites, non seulement elle s'éloignera de sa représentation et perdra davantage de crédibilité, mais elle sera trop fracturée et faible pour combattre un ennemi commun qui - lui - ne représente que ses propres intérêts démesurés et n'est ni connu ni plébiscité.

C'est pourquoi il est impératif de munir l'espace politique de nouvelles réflexions basées sur des considérations contemporaines qui étaient imprévisibles à l'heure des dernières coagulations de théorie politique. Sans doute des éléments de doctrines existantes pourront se retrouver parmi ces théorisations, car les ignorer serait appeler à la maladresse et l'erreur politique n'est pas trop souvent légère de dénouement. Mais ce qui semble s'imposer le plus est la réorientation des intellectuels, des experts, des critiques et des artistes vers la formation d'une pensée politique concrète, et leur remplacement des technocrates actuellement au pouvoir, qui gèrent plutôt les nations comme de vastes entreprises financières. Or la machinerie s'est déjà occupé de déprogrammer bon nombre de cerveaux utiles non seulement pour stopper leur initiative intellectuelle, mais aussi la motivation de participation démocratique active qui aurait pu amener d'autres gens au pouvoir.

7.5.10

Prototipos varios


Los hay que se enjugan los anhelos
con agua de rosas
y después se tuercen los rizos
en la marea

Los hay de fresa y barquillo
de lo que sea
con trocitos de muerte
y larvas hermosas

Los hay que retienen hadas
en sus dominios
y que les doblan los huesos
de las rodillas

Los hay que gustan de sentarse
en sillas
como lo hacían antes
de niños

Los hay que nunca se vierten
en el recodo
que solo practican
el accidente

Los hay que juegan siempre
al demente
a verle al dragón el vientre
sin verlo del todo

Los hay que ya no son del mundo
con raíces
que se desmoronaron
hace siglos

Los hay que tienen picos regios
como mirlos
y nunca se contemplan
las narices

L'Émancipation de l'amateurisme


L'envergure des sciences exactes, et la complexification unidirectionnelle de leurs propos, amène vers la fin du XXe siècle une réaction contre la technocratie et contre le sérieux: c'est l'avènement de l'amateurisme. En apparence inoffensive, cette prolifération du hobby n'avait au départ d'autres conséquences que l'apparition d'une nouvelle fenêtre d'accessibilité vers maintes zones de la connaissance humaine devenues trop difficiles à percer. Il était désormais possible de se divertir là où d'autres œuvraient à grandes peines; on pouvait séparer les aspects désagréables ou encombrants d'une discipline (pourtant intégrales à sa définition et à son essence) et éliminer le facteur risque de beaucoup d'entre elles. Restait enfin une version fade et réduite de la discipline originale, toutefois capable de transmettre une certaine joie reliée à sa pratique, mais incomparable à la vraie.

La technologie digitale et la révolution des satellites et du transport ont entraîné une déferlante de ressources pour amateurs de tous avatars: c'est à ce stade qu'on peut parler d'émancipation. Or la qualité grandissante de ces ressources a transformé en peu de temps le rôle social du hobby, pour lui octroyer souvent une crédibilité plus large que celle accordée à la discipline établie. Dans certains domaines, particulièrement ceux où la notion de risque est inexistante ou bien négligeable, il est maintenant plus difficile pour les professionnels de s'employer que pour les amateurs avertis et munis des nouvelles technologies. Ainsi l'Art est définitivement le domaine le plus profané où se meuvent le plus grand nombre d'amateurs, devenus effectivement des imposteurs supplantant la labeur des professionnels.

Le problème de créer de l'art véritable aujourd'hui est l'imposture, et le monopole des ressources et véhicules de création par les imposteurs. La nécessité de définir ou de valider un art véritable s'est imposée par l'émancipation sociale et psychoaffective des imbéciles. C'est que le pouvoir d'acquisition n'est pas allé de pair avec une disponibilité grandissante de l'éducation et de la culture. Le meilleur ami des imbéciles a été le courant électrique: il a démocratisé les erreurs et galvanisé les mentalités étroites en leur donnant une voix. On a mis à leur portée l'œuvre possible, sous une touche programmée, pour que cessent leurs voix intérieures qui leur rappelaient leur médiocrité rampante. L'effort d'une pertinence n'est plus requis au milieu d'une pollution démocratique qu'on nomme art sans hésiter.

Suit le drame de la dévalorisation des professionnels, en grande partie responsables du couronnement de cet amateurisme, et qui devraient rester les véritables arbitres de leurs domaines, mais qui récidivent par contre avec leur geste d'autruche, complexifiant davantage leurs déboires vers un élitisme aride et encombrant. Ainsi non seulement donnent-ils raison à la mouvance des usurpateurs de leur métier, mais ils ankylosent par leur hermétisme malsain leur métier même, compromettant le futur de celui-ci. Aussi la prise de position des professionnels par rapport à cette fleuraison d'autodidactes unidimensionnels laisse souvent à désirer, étant plus souvent qu'autre insuffisante, timide ou absente, bien qu'on reconnaisse généralement le problème en privé, loin du compromis social. Au nom de la démocratie même qui éclipse leur voix et nivelle par le bas leur discipline, ils se taisent.

Non seulement a-t-on disloqué les disciplines, mais la capacité critique de la masse s'est vue happée par le même biais, la laissant incapable de reconnaître le vrai et le faux. De plus, un protocole incroyable est mis en place autour de l'amateurisme qui protège justement les aspects les plus néfastes de son émancipation: la démocratie passive. L'expertise n'est plus un atout: tout expert peut discréditer un amateur et faire l'unanimité du milieu professionnel, mais lorsque le contraire se produit, c'est avec l'amateur que la masse s'identifie, et c'est la masse qui silence l'expert par le nombre; ce n'est plus l'expert qui guide la masse par la sagesse et l'expérience.

L'aspect le plus dérangeant de cette usurpation est que les amateurs les plus performants se donnent à fond dans leur profanation socialement acceptable: ils mettent dans leur activité ou création de pacotille jusqu'à la dernière larme de leurs sensibilités appauvries. De les critiquer devient une attaque émotionnelle au premier niveau à leurs yeux, et ils se défendent avec tout le poids du déraillement. La transformation est souvent complète: l'amateur est devenu professionnel, et pousse l'expert au chômage. Il est vrai, l'amateur a pour son activité toute la passion qui manque à l'expert, lui institutionnalisé, bureaucratisé, menotté, et aussi demande-t-il moins en échange pour évoluer. C'est pourquoi, si la tendance continue de bon train, une fin à l'Art est de prévoir bientôt, ou du moins une prorogation importante vers un futur éloigné.

L'amateurisme a aussi entraîné son lot de professionnels manqués, qui pullulent dans les institutions satellitaires à certaines disciplines, notamment aux universités et aux centres d'enseignement professionnel, et qui administrent lesdites disciplines en guise de monopole. Au moins ces amateurs n'usurpent pas la matière directement, mais ils infestent le milieu de leurs turpitudes maladroites et ultimement causeront l'asphyxie du milieu et sa probable démise. En revanche, s'annoncerait possiblement alors une vraie renaissance pour la plupart de ces disciplines puisque - sorties des institutions - elles pourraient se régénérer à l'extérieur en retournant au principes naturels de l'enseignement: apprentis et maîtres, artisanat. Rééduquerait-on alors mieux l'intuition, apprendrait-on le naturel, pour abolir les tabous de l'enseignement contemporain? Faudrait-il alors souhaiter le pire pour avoir mieux?