BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

31.8.10

Dans tous les pays froids (le dos public)


Animaux solitaires, bienvenue – découvrez le surprenant! Tsunamis, ici! Épées et angles morts, venez! Caïn! Aucune autorisation au sucre, couteaux venez! Visitez mon style et la précision de saveur. Je vais passer. Détectez la fraude des vomissements, de la nuque. C’est le résultat de difficiles émotions et de terres, et aucun flou de mouvement liquide clair ne me change. Tout d'abord, j'ai été également survivant de la banalité, et c’est pourquoi j’explique l'histoire des armes et des jambes.

Je témoigne sur la base des principes de l'esprit de la grande falaise. J'étais fatigué, malgré les faiblesses et l’ancre du temps, celui que nous voulions gagner. Voilà un exemple clair de la vérité, de l'avenir et d'avoir toujours accès au rôle horizontal du temps : parfois, secrètement, l’on éprouve une attention digne de tragédie. Avec l'insomnie fluide en soi c’est insuffisant – aucun domaine de la lumière, seule la phrase en toute bonne foi.

Je m'assois tuant le rêve, cette vie est encore en moi. Je suis toujours dans le dos public, qui contient beaucoup plus d'erreurs, de certificats-cadeaux, de résultats; qui est bien plus préoccupé de courage, de café et aigreurs d'estomac. Je suis toujours à temps pour une étincelle du côté gauche.

Rappelez-vous ceci aux cours de l'école : près des roches, des oiseaux et des corbeaux, isolé, je vis encore près de sa vie, à la maison avec des terres et des rires, sur la véranda de quelqu'un. Je reste simplement dans un autre pays, où je vis dans la nuit noire, le rythme lent, les opinions de l'autorité. Je vais bien, aucune conversion n'est possible. Il s'agit du risque, comme prévu.

Si ce n'est pas moi, l'ambassade est là, je crois, entre les sexes, l'histoire de la communication, de la mode et tout le chemin. Dans ce cas (et je peux vous dire combien je déteste les animaux) l'équipe sera annoncée. Si vous désirez plus d'espace et aussi son visage, vous devrez nager à même les dons, or c’est en étant très forte et confiante que cette crise a rapidement enterré mille tortures. C'est ça, la fin d'une dent et de la compréhension dans votre bouche et dans votre langue.

Le nettoyage quotidien de la matière première idéale est une prophétie de catastrophe. L'incertitude de la douleur est petite, à la fin des cinq itinéraires de la vision du monde, nommée d'après le poids des pierres. La passion est une erreur, perte du moteur de rotation. La vérité c’est le choc de l'escargot, dans tous les pays froids. Nous pensons que la faiblesse de la qualité de communication à grande vitesse améliore le mouvement ouvert.

Sommeil magnétique atteint en cas de catastrophe: la paix d'esprit, puisque en début de diagnostic et de traitement d'un grand nombre, elle ne sera pas petite. En raison du risque de tous les grands journaux du sommeil imprévisible, faux sentiment de sécurité à l'est : la glace, la chaleur, selon la police. Permanente lévitation magnétique. Messages, toutefois, à la corruption : je n'ai aucun intérêt et certains risques, et passe en revue tous les imberbes au jeune cœur.

Ce soir : pluie, la friction dynamique, le vent, quelque chose de mystérieux, une communication cohérente. Graver nos propres pierres tombales et ne pas sentir que le poids a commencé, disparu dans de l'huile. Atteindre le désespoir tranquille des efforts, où je ne vois aucune possibilité de sauvegarder la colère. À la fin, faut donc louer tous les troupeaux de corbeaux, toute l’expérience.

Autres musiques (auto-translate)


Le Québec aurait à ignorer le monde normal et la musique contemporaine. Il s'agit d'une installation typique, tout comme d'autres pays ayant une expérience du capital social. Les autorités fédérales et locales agissent pour répondre aux principaux acteurs et promouvoir la compréhension du développement culturel de l'homme et des chiffres. Pour toute personne qui est triste, nous prévoyons que l'armée a commencé des opportunités sociales et économiques au sein de l'entreprise. Cependant, la déception a été publiée.

Université de barrières, à tous les niveaux. L’économie dépend de la santé humaine, elle n’est pas faite pour nous nuire. Qui plus est, presque partout dans le monde, il existe une pénurie grave de méthodes pour assurer la prévention et l'art pariétal. Au Québec, un véritable artiste allaite les tentatives pour revenir au silence unique. Le risque de futures routes et des écoles, le café, l'automne, donneront changement. De retour au travail pour comprendre les avantages de l'art et la connaissance.

Toutefois, l'art de la levée de contrôle de la compagnie et d'autres sont bonnes, ou tout au moins. Inutile article – sans musique, je suis un triste exemple de marché moderne (il s'agit d'une nouvelle idée pour vous aider). En avril, ce sera la culture d’un pays de vibration, mais n'oubliez pas que je me suis entraîné, créant ainsi une ombre au travail après la retraite. Nous sommes importants pour notre survie. Art public intelligent, fait de bonheur.

Si vous croyez que c'est juste, que ce n’est pas rapide, alors pourriez-vous créer les conditions sociales d'un témoin? Sinon, la mesure n'est pas possible ou est inférieure à 42.



Dans la matinée, dure et humide, les magnolias commencent à tomber. Dès le début, le doigt coupé est montré au tableau. Certains oiseaux nichent dans le coin du plafond dans ma chambre, donc nous sommes réduits à leurs chansons. Les néons s’éteignent trois minutes après un battement de cœur. Baigné dans la lumière sous la table – un groupe important, balançant ses jambes, pris au piège dans le coin. Premier tour surprenant, audience, toute personne peut ouvrir ces grains, pour voir comment le groupe n'est pas un magasin permanent. Ça prend de pires violences dans les portes fermées, puis tout le pays pour éviter le cancer. Pour ne laisser aucun doute le retour en classe devrait être évité.

L'homme à prendre la tête de ce bruit, à couper la porte, a déclaré le calme dès la toiture provisoire sur les barricades. Ils ont travaillé le silence prochain, lui et sa longue expérience de la mort. Avec ces paroles, en quatre heures, il a voté en faveur de chaque respiration. Mais il a été chef de groupe. À atteindre: il voulait partir. Il ne peut pas aller dans les groupes de personnes et séparer les uns des autres, sans paroles dures. Il n'est pas assez fort pour mettre leur vie en fonction de fuir. La foulée de créer rapidement le soleil est tombée.

Alors, allez, mais après quatre crêtes. Moins de trafic, mais pas moins. Moins de nuits à dormir rapidement, tout pour ne pas pouvoir déposer un cauchemar. D'abord et avant tout, il n'y a pas plus que les quatre démons majeurs. Le cartilage reste pauvre, la fidélité a ses bras.

Oh, il y a eu deux guerres au cours du creusement ancien, une intoxication par la promotion de leurs plans visant à faire toute la folie. Personne ne l'avait, même la police a découvert que je peux comprendre. L'histoire est un document vivant; pas encore remis de l'assassiner. Il y a très peu de temps ciblés et la réticence à long terme de croire que c'était terrible. La ville est compliquée par la vue, l'absence presque complète de la nécessité pour les piétons ennemis.

Si vous continuez à suivre les signes, ou à en laisser, comme tous les autres miracles, apprenez que le silence de sa vie est un mauvais match. Quel sera son juge? En outre, il continue à boire. Et si l'amour était dans le début de la deuxième bouteille? C'est la scène de sa mort pour éviter de nouvelles études, mais il y a peu de temps pour décrire le dernier homme. En tant que démocratie, nous ne serons pas respectés. Non, les oiseaux, à quelques centaines de mètres de l'endroit de l'explosion, les fluctuations dans le corps, font briser le fusil à air. Ouvrez les barricades. Avec le silence dans les couloirs.

Accouchage (théâtre maladroit)


Qu’est-ce que tu veux?

Je veux toi : j’ai assez niaisé, assez joué à l’impassible, à l’inépuisable, à l’imbattable. Ça tue, ça. J’ai compris quelles portes de mon destin prennent de la valeur à être ouvertes. J’ai compris que je n’avais vraiment pas envie de te perdre. C’est important pour moi que l’amour ne soit plus un bien à consommer.


Écoute, it’s ok, tu peux pleurer, tu peux être lourd ou déprimé, tu peux être poursuivi par l’état, je vais te suivre dans l’amour, c’est à ça que ça sert.

J’espère juste que tu n’as pas peur de moi.

Non, j’ai plutôt peur de moi. Et si je devais tomber amoureux d’un autre que toi?

Est-ce un jeu? Pour toi? Dis-moi que tu n’as pas peur.

J’ai peur.

Mais je suis là, je m’en irai pas sous aucun prétexte, c’est décidé.

Je me suis habitué d’être toujours à deux pas de la catastrophe…c’est dingue.

Et si les rôles s’inversaient? Et si tu découvrais en toi une décision du futur? Et si tu créais des équations connexes aux autres poutres de ta vie?

J’ai décuplé de force depuis toi, mais cette force est dans moi. Tu la nourris mais je ne te la vole point. Elle sort de moi et tu m’en rends conscient. Je dois maintenant te donner aussi ce que tu as besoin.

J’ai besoin d’un réconfort constant. C’est trop dur pour moi, tout ce que je n’ai pas pu décider. Je deviens lourd pour la gaieté des autres, je la dérange constamment malgré moi. Y en a qui pensent que j’aime ça, me nourrir de colère et de broyage noir.


Je te réconforterai maladroitement, à travers ma peur pubère, à travers mes cascades de doutes et de foutre. J’ai besoin d’un pardon constant pour mes insouciances. Je serai, je le jure.

Je suivrai.

Orphélinat / Orfelinato


13) INT. JOUR. Midi très ensoleillé dans un intérieur espagnol baroque réligieux. Début XXe siècle. Meubles très très vieux. Plusieurs plans courts s’enchaînent : Une coupe avec du vin, une horloge particulièrement bruyante, un repas, puis le Père de Trennes qui s’apprête à manger le repas. Longs plans, beaucoup de jeux de lumière avec le soleil. Le dernier plan montre la même coupe avec des ondes à la surface du liquide. Bientôt, on voit que la coupe est en train de réagir à des secousses. On entend des bruits très en sourdine. Le Père de Trennes prend une longue respiration, après avoir eu l’air très étonné. Il se lève avec beaucoup de précaution, et ouvre la porte donnant sur un couloir archaïque (voir Casas Colgantes à Cuenca/Espagne). La caméra le suit en travelling. Il passe deux ou trois garçons qui le saluent « Buenos dias, Padre de Trenes ». D’ailleurs, tout le monde doit avoir un accent andalou. Le prêtre suit le bruit et essaye de s’en rapprocher. Il descend un étage par un escalier étroit en colimaçon. Il débarque à l’étage où le bruit se fait évident, et aboutit sur un deuxième couloir, où il ouvre la porte d’un dortoir. En ouvrant la porte, on voit quatre garçons d’une douzaine d’années, en habit d’enfant de chœur, se bataillant. Ils n’aperçoivent que tard le Père de Trennes qui se tient debout à l’entrée. Quand ils se rendent compte de sa présence, ils arrêtent sur le coup, figés. L’un d’eux, Alvarez, à cause de l’arrêt de la bataille, laisse échapper une pile d’assiettes par la fenêtre. Plusieurs plans « expressifs » des mains, du père de Trennes comme des garçons. Le père de Trennes se précipite à travers la chambre vers la fenêtre où il regarde en bas, voyant les assiettes éclater plusieurs centaines de mètres plus bas sur la falaise. Plan général de l’orphelinat sur la falaise, plan piqué vers la falaise. On entend alors, en off, le père de Trennes crier :

PÈRE : (off) Pero que habeis hecho? Pequeños demonios! Desgraciados!

INTÉRIEUR de la chambre.

PÈRE : No hay manera de dejaros solos cinco minutos sin que hayan consecuencias?

NIÑOS 1/2 : (pleurnichant) Padre Trenes, perdoneme por favor, pero es que….

PÈRE : No hay pero que valga! Silencio!

Un temps.

PÈRE : Alvarez, ven conmigo immediatamente! Los demas, quedaros aqui quietos y en silencio hasta que llegue el Padre Subares, y ojo…si tengo noticia de que habeis seguido peleando, os encierro en la capilla por la noche, esta claro?

Un temps.

PÈRE : (plus fort) Esta claro?

NIÑOS 2/3/4 : Si, Padre Trenes.

Le Père de Trennes prend Alvarez par l’oreille et le mène à travers le chemin inverse de celui qu’il vient de faire, à travers l’escalier et les couloirs, jusqu’à son bureau, où il mangeait. Travelling.

PÈRE : Cuantas veces te lo tengo dicho, Alvarez…que no quiero verte con Garcia ni con Henares…

NIÑO 1 : Ayyy! Padre…Ay!!...espere que le puedo explicar todo…ayyy!!

PÈRE : Cuantas veces te lo he dicho?....Uno se esfuerza a darte una educacion moral, a ver la luz de nuestro señor Jesucristo, y todo lo que sabes hacer son diablerias…

NIÑO 1 : Ayy! Por favor…

PÈRE : Esta vez ya se ha acabado mi paciencia, Alvarez.

En rentrant dans son bureau il assit le garçon par la force sur une chaise, et s’assoit devant.

PÈRE : No hay lugar para el demonio en la casa de Dios, Alvarez.

NIÑO 1 : Pero yo se lo juro que no es el demonio….

PÈRE : Cht! (1 temps, il se lève et marche vers sa fenêtre, on entend l’horloge clairement) Ya sabes que me he sacrificado muchas veces por ti, Alvarez, que siempre he querido ver en ti lo que los demas no veian. Te preferia porque eras de ascendencia modesta, como yo, y porque cuando eras mas pequeño me has dado muchas bellas sorpresas. Pero despues, por mas que haya intentado alejarlo, el demonio se ha emparado de ti.

Il regarde longtemps le garçon, qui a un visage d’ange, et qui ne comprend pas, le regardant de retour.

PÈRE : Ya no eres el mismo, Alvarez…

NIÑO 1 : (dubitatif, presque pour soi) …si, si…

PÈRE : No, Alvarez, hay que sacar al demonio de raiz, como un mal diente. (il fait un signe comme s’il déterrait une plante).

NIÑO 1 : (il se met à pleurer pour vrai) Ya no me quiere mas, Padre Trenes…?

Un temps.

PÈRE : Que has estado haciendo con Henares ultimamente? Sois amigos ahora?

NIÑO 1 : …no se, un poco

PÈRE : Un poco….que quieres decir con « un poco »?

NIÑO 1 : No se…

PÈRE : Y que habeis estado haciendo, tu y Henares?

NIÑO 1 : …nada, nada.

PÈRE : Nada?

NIÑO 1 : No, se lo juro, Padre Trenes, nada….

Le Père de Trennes s’approche d’Alvarez, et après un silence bref mais chargé, il le gifle. Il marche alors, gravement, mais un peu comme si rien n’y était, vers la fenêtre à nouveau, dos au garçon.

PÈRE : Prepara tus cosas, te voy a llevar al pueblo para buscarte un trabajo, nos vamos en media hora con el tractor. (1 temps, il se retourne vers le garçon, qui est visiblement affecté par la décision). Vamos!

Le plan reste sur le Père de Trennes, impassible, puis le bruit de la porte de son bureau se refermant.

14) Alvarez garde ses affaires dans une petite valise, plan vertical qui regarde du plafond, lent zoom out de l’intérieur ouvert de la vieille valise et des mains plaçant les vêtements. Le plan coule derrière lui décrivant un arc, retrouvant l’axe horizontal, et la hauteur de la tête, au moment où un autre des garçons qui étaient présents lors de la rixe apparaît au seuil de la porte.

NIÑO 1 : Pero vete, que si te encuentra aqui el Trenes!

NIÑO 2 : (avec une petite voix, il mange quelque chose et scrute Alvarez avec un peu trop d’intimité) No, si el Trenes ya nos ha dispensao.

NIÑO 1 : (1 temps, essayant d’ignorer l’autre) Vale…

NIÑO 2 : Te ha echao?

NIÑO 1 : (1 temps, un long regard – plan court – 1 temps, retour à la valise) Pssi…

NIÑO 2 : Joer….y que vas a hacer?

NIÑO 1 : (exaspéré) Me vas a dejar en paz, Estéban?

NIÑO 2 : (1 temps) Bueno…(il s’en va)…pues adios…

Plan court de Alvarez méditatif, plans courts de plusieurs objets qui doivent être ses trésors, et qu’il tient et regarde longtemps, pensif, avant de les ranger. Parmi les objets, il y a une figurine d’Alexandre le Grand, en habit de bataille, et aux gestes vraiment ennoblis : Alvarez la regarde longtemps, puis lui chuchote comme s’il s’agissait d’une incantation:

NIÑO 1 : Te invoco, ahora ya no me puedes abandonar…

Inuit 397


1) INTÉRIEUR DE LA CARLINGUE D’UN CANADAIR CRJ-700. NUIT. FUTUR RÉLATIVEMENT PROCHE. LUMIÈRES ROUGEÂTRES DE CABINE. (17 secondes)
Divers plans très courts et rapides des indicateurs et des mains des pilotes sur les commandes.

CO-PILOTE : Inuit trois neuf sept contacte tour de Schefferville, est-ce que vous me recevez?

Plan long de la cabine avec le dos des deux pilotes, un peu d’en haut.

CO-PILOTE : Inuit trois neuf sept cont…

2) EXTÉRIEUR. JOUR. MIEZA, MACÉDOINE, À L’AN 341 A.C.
La caméra, fixe, surplombe de très haut un vaste domaine en Macédoine. Plan assez long (9 sec).
Surimpression du texte « GOTYÈ ».

3) EXTÉRIEUR. NUIT.
Le Canadair est filmé en vol, au-dessus des nuages.

4) EXTÉRIEUR. JOUR.
Fade-in à un plan plus court, d’à peu près cinq mètres de haut. (3 sec) Fade-in à un nouveau plan, encore à un angle prolongé, mais à la hauteur du premier étage d’une maison. En haut un peu à droite de l’écran, assis dans les jardin, on aperçoit Aristote et le jeune Alexandre le Grand, âgé de 15 ans, discutant à une table de marbre. On entend leurs voix lointaines, mais l’on ne distingue rien. (5 sec)

5) EXTÉRIEUR. NUIT.
Plan long de la cabine avec le dos des deux pilotes, un peu d’en haut. Plans de la carlingue dès l’extérieur, juxtaposés avec des plans courts du co-pilote.

CO-PILOTE : Inuit trois neuf sept contacte tour de Schefferville, est-ce que vous me recevez?

Regard entre les deux pilotes.

COMMANDANT : Je sais pas si c’est un squawk 76…

6) EXTÉRIEUR. JOUR. (environ 2 min)
Plan américain d’Alexandre et d’Aristote, ce dernier à gauche de l’écran, les deux se faisant face. Filmé un peu d’en bas. C’est une journée ensoleillée et l’endroit semble paradisiaque. Succession de plans courts, d’une grande charge érotique, au fil du dialogue, que le début du plan amorce à moitié.

ARISTOTE : Tu comprends?

ALEXANDRE : (1 temps) Oui (1 temps, il lève les yeux). Mais je ne peux plus être patient.

AR : (rit amicalement, avec tendresse) Oui, mon ami, or il le faut. (il lui prend les mains dans les siennes).

AL : Alors il faut faire un pacte

AR : Un pacte? Qu’est-ce que tu veux dire, un pacte?

AL : Il faut que nous nous mettions d’accord sur quelque chose qui ne pourra jamais être rompu

AR : Je ne te suis plus. Je ne suis pas d’accord avec la tenue de pactes.

AL : Est-ce que tu m’aimes, Aristote?

AR : (1 temps) Mais la question ne se pose pas!

AL : Donc si tout ce que tu m’as dit est vrai, si tout ce que tu m’as enseigné depuis des années est vrai, ça veut dire que l’amour va disparaître, qu’il y aura des monothéismes qui vont naître…

AR : Attends, attends, tu vas trop vite, et t’oublies de raisonner et de peser ce que tu dis. Bien sûr qu’il y existe, des menaces, mais on ne pourra jamais rien contre l’amour…

AL : Mais si, ce ne sera plus possible! Plus comme ça!

AR : Comme ça, non…plus comme toi puis moi, ça c’est sûr.

AL : Mais il ne faut pas que ça arrive. Quand je serai roi, je vais m’occuper de répandre le mythe d’Achille et des dieux, et je vais m’assurer que ça reste, je vais me battre pour avec toutes mes armées s’il le faut!

AR : Alexandre, calme-toi, tu ne pourras rien si tu te fais tuer. Et ce n’est pas demain qu’on va venir proscrire notre amour, non plus.

AL : Oui, maître…même mort je lutterai! Je serai un dieu! C’est pour ça qu’il faut fermer le pacte!

Aristote le regarde d’un œil scrutateur, pendant un temps assez long. Puis recommence d’un ton beaucoup plus sérieux et secret.

ARISTOTE : Si tu veux vraiment faire ça, Alexandre, il faut que tu saches que tu peux toujours échouer, et que si tu échoues ce serait catastrophique, et bien pire que si tu décides d’abandonner le jour de ta mort seulement.

ALEXANDRE : Je m’en fous! Ça vaut la peine…après tout on n’est pas les derniers à vivre ça!

AR : Alexandre…les dieux n’aiment pas qu’on joue des jeux de mortels avec eux.

AL : Des fois ça les amuse, et ça peut aussi les toucher profondément.

AR : Mieux vaux pas prendre de chance. Tu sais, de les fâcher serait une très mauvaise idée.

AL : Je vais le faire coûte que coûte, et sans ça je n’aurai pas de repos, où que je soie.

AR : Ta détermination m’est déjà légendaire, mon cher Alexandre, mais tu ne pourras rien contre la colère des dieux…

AL : La colère des dieux, ce n’est rien pour moi! (il crie presque)

7) INTÉRIEUR DE LA CARLINGUE DU CANADAIR 700. NUIT.
On aperçoit les deux pilotes dans leur avion, derrière eux la porte est ouverte, on entend du chahut, mais on distingue seulement Poitras s’avancer.

POITRAS : On est-tu au-dessus dans pas long?

COMMANDANT : Je vais vous le dire, inquiétez vous pas. À peu près une vingtaine de minutes. Puis entre-temps, calmez-moi un peu ça en arrière, s’il vous plaît…

POITRAS : D’accord, j’y vais.

Poitras se retire, où on l’entend dire « heille, les pilotes veulent un peu de silence là, s’il vous plaît » derrière le reste du dialogue.

CO-PILOTE : Puis c’est quoi toute l’affaire?

COMMANDANT : Je sais pas, je pense qu’il y a un jeu en arrière.

4 ou 5 secondes sans dialogue.

COMMANDANT : On devrait tourner bientôt. Peux-tu me donner le deux quatre décimal six, là?

CO-PILOTE : Deux quatre décimal six, mais attends, tu vas essayer une fréquence condamnée?

COMMANDANT : Ah, est décommandée celle-là aussi?

CO-PILOTE : …voyons (il regarde une liste)…ouais, depuis hier.

COMMANDANT : Christ, on essaye quoi? On n’a pas le choix.

CO-PILOTE : Fuck le TSA, on rentre dans leur espace pareil. On va passer CYR 620.

COMMANDANT : CYR 620. C’est ça.

CO-PILOTE : Oui, par…(il lit) Harrington Lake.

COMMANDANT : Bon, squawk à 76?

CO-PILOTE : 76, ok.

COMMANDANT : Pas le choix. Mais je pense que c’est pas nous-autres…

Ils commencent à tourner l’avion.

POITRAS : Heille, on tourne!

Poitras rentre un peu dans le seuil de la carlingue.

COMMANDANT : OK, on… on va essayer Kuujjuaq

CO-PILOTE : Inuit 397 pour tour de Kuujjuaq, bonsoir…

Il répète plusieurs fois le message, qui reste sans réponse.

CO-PILOTE : Voyons donc, toi, …onze huit décimal unité, c’est ça! Ils sont pas là!

COMMANDANT : Essaye encore l’ident su’l squawk, voir.

CO-PILOTE : Ok.

Il pitonne.

CO-PILOTE : Inuit 397 pour tour de Kuujjuaq, me recevez-vous?…

Grand silence.

COMMANDANT : Reset la VHF-1 puis change à 2.

Il pitonne encore.

CO-PILOTE : Inuit 397 pour Kuujjuaq, comment recevez-vous?

TOUR DE CONTRÔLE : Inuit 397 ici Kuujjuaq, ident reçu, gardez fréquence.

CO-PILOTE : Roger Inuit 397. Merci, toutes les fréquences sont mortes depuis notre départ.

CO-PILOTE : (au Commandant) Je lui demande un vector?

COMMANDANT : Pas pour lui, plus au nord.

CO-PILOTE : Inuit 397 sollicite information sur les aéroports ouverts plus au nord.

CONTRÔLEUR : (toujours avec du retard) Inuit 397 vous êtes tout seul dans l’espace aérien.

COMMANDANT : Quoi?

CO-PILOTE : Inuit 397, vous pouvez répéter, Kuujjuaq?

CONTRÔLEUR : Il n’y a personne d’autre dans l’espace aérien.

COMMANDANT : Ça n’a aucun sens, demande-lui un vector, alors.

CO-PILOTE : Inuit 397 sollicite vector direct pour la piste zero huit.

CONTRÔLEUR : 397 descendez à 170 et maintenez jusqu’à ELVA 3 milles .

CO-PILOTE : Roger 397.

CO-PILOTE : (au commandant) C’est dingue…

COMMANDANT : Oui, c’est bizarre que personne ne soit parti après nous. Mais au moins on a Kuujjuaq pour faire l’escale.

CONTRÔLEUR : vent 290°12 noeuds, visibilité 700 mètres, nuages : morcelés 20 pieds, compacts 3000 pieds

CO-PILOTE : Inuit 379, à 4500 pieds.

Plan extérieur de l’avion en train de disparaître derrière les nuages.

8) Cut à Alexandre et Aristote, encore dans le même jardin

ARISTOTE : (regardant vers les cieux) On ne changera jamais la colère des dieux, Alexandre. Les tempêtes seront toujours rudes, on n’apprendra jamais d’elles en voulant les maîtriser.

ALEXANDRE : Alors enseigne-le moi, ce qu’il y a à apprendre des éléments…je veux qu’ils soient de mon bord!

ARISTOTE : C’est toi qui devra se plier aux éléments, ils ne seront jamais de ton bord, mais t’as intérêt à te mettre du leur…ce sont les rudiments de la bonne navigation…

9) Dans la carlingue, une alarme s’engage et s’arrête presque immédiatement après.

CONTRÔLEUR : Inuit 397 tournez à gauche à 13 milles 371 degrés pour intercepter ELVA

CO-PILOTE : 13 milles 371 degrés pour Inuit 397

COMMANDANT : À 3800 pieds...

Ils entament un nouveau tour, vers la gauche. Le capitaine ferme la porte du cockpit.

COMMANDANT : (dans l’intercom de l’avion) OK, les amis, il faut se poser à Kuujjuaq, c’est le seul aéroport qui nous a répondu. On va atterrir dans deux minutes fait que attachez-vous, s’il vous plaît.

CO-PILOTE : ELVA devant nous…

CONTRÔLEUR : Inuit 397 sur ELVA, contactez tour à cent dix huit décimal quatre.

CO-PILOTE : Cent dix-huit décimal quatre pour le 397. Merci.

Ils changent de fréquence.

COMMANDANT : Gear.

CO-PILOTE : Trois verts.

COMMANDANT : Flaps trente.

CO-PILOTE : Trente.

COMMANDANT : Check.

CO-PILOTE : Complet.

COMMANDANT : Ok.

CO-PILOTE : Bonsoir, Kuujjuaq pour Inuit 397.

CONTRÔLEUR : Inuit 397, vous êtes autorisé à atterrir piste 08. Trois cent vingt degrés trente nœuds, base des nuages maintenant inférieure à vingt pieds. Kuujjuaq.

COMMANDANT : Sacrament…

On entend le son de la balise.

COMMANDANT : Voilà ça rentre.

GPWS (voix informatisée) : One thousand…

CO-PILOTE : Ok, l’approche est sélectée Lock and Glide?

COMMANDANT : Oui.

CO-PILOTE : Il s’en allait-tu à gauche, là?

COMMANDANT : Non, non, voilà, y a plus rien…

GPWS (voix informatisée) : Five hundred…

COMMANDANT : Flaps quarante-cinq.

CO-PILOTE : Quarante-cinq.

COMMANDANT : Et ça c’est quoi?

CO-PILOTE : C’est…cent mètres.

COMMANDANT : Cent mètres c’est bon.

Nouveau son de balise.

GPWS (voix informatisée) : Minimum…minimum…

COMMANDANT : Le badin, attention…

GPWS (voix informatisée) : One hundred…

CO-PILOTE : C’est un peu vite mais y a de la piste, là.

On voit les lumières apparaître, tardivement, devant l’avion, dans le brouillard épais.

10) EXTÉRIEUR. JOUR.

ARISTOTE : D’accord, je le fais, ce pacte…

11) CARLINGUE. NUIT.

ARISTOTE (off) : …mais pas pour les mêmes raisons que toi…

GPWS (voix informatisée) : fifty…thirty…

CO-PILOTE : Wake!

L’avion se met à chuter trop vite.

COMMANDANT : moteurs!…ferme spoilers…

Ils tirent les deux des commandes.

GPWS (voix informatisée) : twenty…ten…

L’avion touche à terre brusquement. Plans extérieurs courts. Il freine très rapidement. Signes d’effort dans la carlingue. Eventuellement, il se détient sur la piste, avant d’avancer vers le taxi. On suit alors l’avion d’en haut, bougeant avec lui, lentement.

12) La portière s’ouvre selon les moteurs s’éteignent, l’escalier commence à se déployer. Poitras sort sa tête de l’avion par la portière. Il fait un temps de chien. Le plan est en travelling vers l’avion par en dessous, jusqu’à en dessous de la porte.

POITRAS : (accablé) Ça a déjà commencé!

29.8.10

Algas antiguas


no hay bosque que acabe
solo banderas que se izan y su tela
reventándose al viento

con cada belleza escupida por el mar
se van esculpiendo las piedras
con cada azoteo de algas

en los acantilados calcarios
Vesuvio bruto y seco
desmoronándose de hielo y yerba

con cada era se diluyen las rocas
y al atardecer de los hombres
se volverán a formar desde los fondos

símbolos que nadie comprende
que nadie sabe hablar
cuya mención pasa desapercibida

símbolos de algas antiguas
de gases orgánicos y de fétidos carburos
levantándose de entre las siluetas

dioses de hélio sin sangre
seres de mitos y de combustión
creaturas sin alambre

no hay playa que dure
las piedras de ayer son arena
pilas y montículos dorados

con cada tracción fluvial y marítima
con cada succión del terreno en las aguas
un hito se desprende

polos y sismologías mágicas
fallas dilatadas de hambre
con toneladas de agua por encima

pesos y volúmenes preciados
calambres bajo el cielo
malabarismos y corrientes

no hay aliento que amaine
siempre aquel vocabulario
de las aguas y los fuegos

rueda rodando por el costado
sin fin y sin cabo
con la cola atrofiada

ojos que al instante se vislumbran
saliendo del bosque
aquel que nunca acaba

orientar las orejas con cada dulce
cavidad en el estómago
hacia los cráteres hechos de noche

27.8.10

L'ère des masques


Un avertissement tronqué s’infligeait sur les passants ; ils s’évanouissaient sourds, incapables de trouver le fil cohérent. Avec le recul, l’odeur de poudre aurait quelque peu assommé les masses, leur affolement s’étant soldé par un gâchis humanitaire. On connaît l’histoire : un coup de dès innommable avait ratissé toute la culture, il n’en restait que des cailloux informes. Leur cueillette s’est avéré être infructueuse, car leur forme était dure et ankylosée, et pour le goût des masses elle s’est révélée tout à fait indigeste. Chaque prestidigitateur de la culture avait jonglé avec le poids du mensonge : quand ce n’était plus du spectacle, c’était une survie malhonnête. Or l’ère des masques tirait à sa fin.

Ce n’était plus la pyramide, disgraciée dans son épicentre, qui allait régir les paradigmes et les calculs ; dorénavant, un foudroiement commun allait épicer les agissements quotidiens. A partir d’ici, ce serait la joie salvatrice qui poserait ses dogmes galants à l’entrée du panthéon. Tout geste, féroce ou insigne, serait reconnu comme une allégeance de la continuité, à la merci des énormes bribes du ciel déposées devant les pieds nus. De quoi remuer le sable avec les orteils en l’attente d’un paradis violent, qui impose ; mais à quoi bon quand l’ennui est roi.

Ce n’était plus l’auréole dorée du pouvoir qui allait être en mesure de nous enrayer : la fatigue avait usé aussi nos éthiques de pudeur et nos moments de recueillement, et ne restent de nos rêves que le verbe mouvant et incarné d’action, que des cocktails Molotov, que des crimes avouables. Personne n’aurait pu prévoir tellement de délire pour cette épopée sans vice, puis les cloches sonnent déjà pour les déambulations des racailles dans le centre-ville et leur gestuelle consanguine, leur pullulement malsain et asphyxiant. Les cloches perdurent pour celui qui rôtira leur viande, qui traira leur bile dans le dernier négoce pataud de la rue, qui enfin leur tatouera une forme permanente de semelle sur le visage.

C’était la ferblanterie des masses qui nous assommait au lendemain du soufre et du pain sec ; leur crête ridicule s’élevait par-dessus les dernières coupoles de la ville, couronnant l’épaisse blancheur du ciel de leur barbarie naïve. Il devenait évident que tant et aussi longtemps que les moins fatalistes n’apparaissent pendus aux lampadaires, une affiche manuscrite indiquant leur crime à la population et annonçant le châtiment, tant et aussi longtemps que la brise ne répande leur arôme charognard le tour de la ville, rien ne serait possible. Toutes les issues et les fenêtres demeureraient fermées car quelqu’un allait encore pouvoir continuer de se prélasser et de prolonger le cappuccino le plus mort-vivant du menu. Seulement une vipère, sans peur du ridicule, seulement un paria fatal avec le cœur plein d’un amour violent, pouvait alors nous délivrer de l’enlisement et de la grisaille. Sinon, on se serait vu obligé de leur servir le cappuccino pour la vie.

Le mensonge devenait alors punition d’un peuple, angoisse sordide sans la possibilité de l’exprimer. Sans le vouloir, et sans que personne ne le soupçonne, la première pierre était ainsi posée pour le bienfondé de la magie dansante, pour la verdure sonore et visuelle, pour l’enchantement fulgurant de l’avenir.

Spruce Goose pastel


Ils ont peut-être dix-sept ans, ils portent des shorts carrottés clairs, un bracelet fluo, des T-shirts pastel ; ils ont les cheveux dispendieusement crêpés, la joue lumineuse, le sourire baveux et la tête vide. Ils ne savent pas c’est qui Claude Vivier, Thomas Mann ni le baron Corvo. Ils écoutent tout ce qui est phat, tape-à-l’œil et vend bien. Ils ont un char, et un tatouage pour matcher les autocollants du char ; ils ont une blonde, et une boite de condoms dans la gantière. Ils ont des familles qui ne les rejettent pas, des amis disposés en miroir pour voler leurs blondes successives. Ils soupçonnent même pas qu’on les regarde.

Mais dans mon rêve ils se transfigurent – un rêve qu’ils ne feraient jamais.

Dessein du contraste : rien en commun. Ils sont à défaire, ils sont à refaire. Ma seule consolation est de savoir que ça ne durera pas, que ça ne peut que décrocher, comme un Spruce Goose de l’adolescence. Il est impossible de les nommer, créatures, du moins sans renverser l’égaiement. Le leur. Du moins j’aurai mastiqué la mienne, l’adolescence. Ça me fascine que des créatures puissent fonctionner avec si peu de connaissance, et que moi je sois rendu un Spruce Goose de l’âge tardive. Je les regarde qui s’éloignent de moi, mon aérodynamisme échoué.

Toute la transcendance de mon souffle se réduit à cette observation minutieuse, dans laquelle je reconnais une forme antique, déformée par profs, couturiers, armées et rappeurs. Dans l’histoire on m’a enseigné à assumer la maladie comme un besoin de guérison, on m’a rappelé que Montherlant et Peyrefitte, malades, se ruaient sur le Paris de Vichy à la chasse de ce garçon. Si la guerre se ruait sur ces jeunes coqs, du jour au lendemain, leurs T-shirts pastel se beurreraient de sang de brebis ignoble. Et peut-être que moi, j’aurais une chance.

À quoi bon peut servir une affirmation qui s’effrite d’avance ?

The incarcerated blind (1998)


Another angel has fallen. This time it was somewhere above the last empty metres of a frozen urban landscape, expectedly smoggy, unusually dark and politically correct. This city was also a battlefield, where the casualties of war still lingered along half-witted, half-noticed, while letting themselves drop into ergonomic metro seats or hang from precarious bus bars in their daily apparitions. This angel, this fallen angel in particular, never heard his piercing cry ring alarmingly in the ears of all those flag wavers and name droppers, as well as random taxi stoppers; this howl of pain and expression voyaged in time and space, affected slightly by the Doppler effect, towards its final objective, and in doing so managed to turn a couple of the million heads in town. That fatal thud he must have received with his eyes clenched in need, in an extraordinary overcoming of blackening fever and an overdosing of the hypothalamus. In those last fractions of a second the chemistry of the brain must have gone wild, with great haemorrhages of complex compounds which would have reacted with the cerebral electrical activity and made of the angel’s head a bomb on countdown. The damage was irreversible and evidently mortal, if not instantaneous : such stress must have surely fired off a vicious voragine of images, sounds, memories, thoughts and sensations of undeniable power. And then a nanosecond of silence and immobility, seeing the calm cloudy sky and not feeling anything, just waiting for death to pick him up. And then nothing.

Until out of the dead an inverted echo made disdainful appearance, trickling uniformly from the walls of this perfumed paradise; along the frightened vision of deformed beauty actors and actresses of light flanked the way, inane and soundless. Which flowers lay ahead, unaverted, undisturbed, waiting to bloom in the face of the foreigner? How many things could he actually whisper?

“Silence!” exuded the Prince authoritatively. “Only in this cruel, cols corner, forgotten by sun and man alike, have I coughed but blood and hard cartilage, and you still have cause to celebrate?» The livid body remembered the cluster of feelings that had choked it, thrown it into exile. Yet under this new, matterless shape, he could not feel how his lungs collapsed, blown into pieces not unlike rotten Emmenthal.
The Prince saw how he was falling apart in rays of transparent light and sang a song that buried itself deep in the burrows of the cosiest rabbits hibernating in the midst of a crazy snowstorm. And the song said that the Prince was blind and that he wished to see the face of his Princess, and that he longed to burn in hell because a furnace as big as the underworld would not suffice to warm up his prison of icicles, this negative-Kelvin, maximum-security cell that constituted his source of unwanted privacy.

“Thank you for the alibi and the sacrilege,” said the archbishop, while attempting to overcome his weak pulse in order to serve the defence lawyer a cup of tea.

“Quite an honour, your holiness, considering that all the dirty jobs were left for my people to accomplish”. Here he looked right straight in his client’s eye, adding, “Overall, it was quite a remarkable experience…»

“It flickered wildly, this confusion…,” remarked the supposed holy man, leaving the reasoning to his lawyer.

“Sure,” added the latter with a small involuntary upsurge of saliva which caused a laughable cacophony, and prompted the lawyer to clear his throat before continuing, “It was comparable to that fresh morning air of the countryside, in the middle of autumn and before the sun attempts exit”.

“You still know, Geghellman, that it was that spiny speech of yours to the jury that saved my lost cause once and for all, don’t you? Thank you ever so much,” murmured the archbishop as he handed the tea to his guest, adding in a more enriched, piercing tone, “Now drink this tea : it is made with Holy Water”.

Geghellman was a kind who frequented bullfights even though he was against the killing of animals and such beasts. He wore glasses small as shells and held by an unlikely little wire; he was bald and Aryan, as well as markedly sickly, with clerical (one would feel inclined to say spasmodic) air around him on this particular evening, as if Christ had just appeared before him.

The archbishop was sipping his tea proper, stroking the cup in random motion while staring at his dainty, over-ostentatious Dutch ring, when his attendant came in to observe. At about the same exact time, Geghellman (who had already finished his tea, walked out of the cathedral, and been erring the streets like a raincoated asphalt-addict for over thirty minutes) had worked out that he had to “PUSH” to get into the McDonald’s, and proceeded to exercise a good shove on the heavy metal door. His tendency to pull a door before pushing it could indicate an inferiority complex of paranoid dimensions. He continued, head down and eyeing people with horse eyes, toward the counter, where he waited in a short queue with a queer grimace, then purchased several donuts and a coffee in a nervous manner, almost whispering. He took his gabardine in pathetic twists and jerks in almost every possible direction, munched hastily and assuringly on a jam-oozing donut before leaving everything and heading through a turning door : the toilets.


“Fools!” elated the Prince. “What you have regurgitated it is assumed that will regurgitate through the throats of others too, but this enigma of the forest of the incarcerated blind is overcoming my dreams, and I am very pushed to get to the end of the matter”.

The archbishop was already fucking his attendant anxiously in his office when the 1979 video that been rewinding a stolen third copy of “The Godfather” since 1982 finished the duty it had been ordered to accomplish years earlier. And it did so with a loud, sharp metallic clack that was frame-marked in your mind forever. The counter read 1113.

In the toilet behind the paper there is a hole in the wall through which people can look and hence spy on the clientele of the supposed restaurant. Geghellman knew the spot: he came to these toilets for regular masturbatory sessions, frequently at fixed hours to observe particular, fixed clients towards whom he had strange, hallucinatory fixations that rendered him pallid, afraid, cold-sweated every night, in strong reminders of sadomasochistic morale. Now he was looking in particular at a boy of about 14 or 15, with his younger brother with whom he had caught up three months, four days earlier. He did not know his name, the tone of his voice, the profession of his father or the softness of his skin; albeit this, only the thought of any one of these details made his dormant appendix slowly take shape. Slowly. Sometimes he would torture himself sweetly somewhere to obtain ungainly pleasure, sometimes he liked to hear the alarm ring in his head that he approached collision, before letting go. He held his breath for minutes that weighed so much while someone was often leaking or even taking a dump in the neighbouring toilet.

The police and the ambulance were all at the foot of the building, the swarm of their uniforms and their vehicles prevailed over the crowded street. Just across, next to a small park, two confused FBI agents got out of their standard car with their plastic cups of coffee and drank all the way to the back door of the McDonald’s. They had 30 seconds to get in, but the door seemed to be jammed, so they ran in through the front door and headed to the back showing their badges in what seemed an eternity.

Geghellman panicked when the boy got up and disappeared from his field of vision, practically seconds away from a tempting ejaculation.
Guess who came into the toilets, Geghellman thought, reaching under to look : it was indeed the boy, he was all alone. He crept up from behind the boy during a tense minute, while the boy was taking a leak, then covered his mouth while holding him with a force that did not pertain to a man of his appearance, then pulled his trousers down only to stab him mercilessly and repeatedly with his organs, while stroking those, smaller, of the boy. For the lawyer, days elapsed while he came into the kid’s rectum, days of holding him clench-teethed against the urinals and the white tiles.

For the archbishop’s sperm, it must have taken a few months to follow the way up his assistant’s vagina and reach the egg, but it was in reality a much shorter time that had elapsed before the assistant, a Greek, red-haired peasant, was pregnant. She would bear a blind child upon a breezy night in September, and the baby would be taken from her two days after, and sent across the dark forest in a robust cart pulled by two horses led by two men with no mouth or ears, one in the front and one in the back. After days of rain and darkness, the cart would reach a concentration camp where thousands of blind people howl, among the flashlights, imprisoned behind kilometres of barbed wire. The scent of fear and fresh soil and ashes of carbonized bodies made the rain acid and turned the place into a toxic wasteland. The faces of the blind were corroded and deformed, only this baby being safe, and the ones that would come after him.

The archbishop did not know what had happened until after the nuclear explosion, when he found his face between church banks, imprisoned and sort of blind, too. He quivered around a bit and looked at the bleak rays of inflammatory sunlight that illuminated the virgin when she – the virgin, that is – took life, descended from her pedestal and took out the man’s eyes.

“Now…,” said she, “see!”.

Formulaire de maquis


le gouvernement n’a pas d’épaule pour nous
il fait juste poser des questions
demander des preuves
fouiller nos traces

le gouvernement n’a de temps pour nous
que si on lui fait du mal
que si on utilise notre imaginaire contre lui
que si on n'a pas de temps pour lui

combien de dégradation pour
un parlement de cellules
un sénat de leucocytes
une démocratie sanguine ?

combien d’oubli cette semaine ?

combien de gens ont pris le maquis
sans prévoir de retourner l’arme contre eux-mêmes
décidés à nuire aux nuisibles ?

êtes-vous sorti du pays sans qu’on le sache
entre 4 a.m. et l’heure du télé-journal ?

vous êtes-vous faufilé entre nos jambes ou
utilisé des objets aiguisés sans notre autorisation ?

avez-vous sorti les poubelles vous-même ?

avez-vous un conjoint ?
si oui, est-ce qu’il perd de l’espoir
depuis le 31 février 2006 ?
prouvez-le
et courez la chance
de gagner un certificat de patience
et une trousse de conditionnement !

passez aux aveux maintenant
et ne faites que trois ans de travaux forcés !

dégainez le couenne sur demande seulement !

sachez que si vous vous suicidez maintenant
vous serez paisible d’amande
vous serez paisible…

26.8.10

Bouillon de chien


Invalider quinze minutes avant tous les comptes en banque, tous les avoirs virtuels. Combattre la virulence de la nausée interminable, le vomi qui déborde parce qu’on a grandi avec des capuccinos sur la table, avec du sucre et du poivre et un tatou en henné. Bouillir la tête du chien pour manger du bouillon pendant deux mois, famélique de vitamines, à l’instar du dernier gras. Pour qui ces pirouettes féroces si ce n’est pas que le peuple est las de cette marche sur un tapis roulant. Pour qui ces sauts dans les intempéries si la paresse se détache du vote, de l’écoute et de la marche publiques, si l’agacement du civisme est étourdi de paillasse et de paillettes. Devises du passé flagrant qui nous amoindrissent devant les lignes de l’ennemi futur. Or la fessée se distribue, et qui la goûte permet en lui la bile accroître, prendre place et siéger fort. Un jour le plomb a mangé le plomb, la pierre la pierre, et toujours un pendant opposé s’est opposé. Mais c’était tout de même un autre festin de merde, de sable de vin et de pain sec.

Est-il d’usure plus évidente que celle de ceux qui ne comprennent pas, et qui cependant s’efforcent d’avoir, de tenir en main, sous la main, dans la main, toutes les sécurités possibles, tous les climats à prévoir, pour chasser les spectres des malfamés et des démunis chroniques qui gisent au plus profond de leurs êtres?

Nous travaillons vers un nouveau chant qui sache planer véritablement. Un plan pour récupérer ce qui est nôtre, et d’avoir la justice sans recours à la loi. Parce que la loi c’est l’amalgame de peur et d’assujettissement à parfaire par l’exactitude scientifique et l’observation compulsive de façades conscientes. Il ne faut pas se fatiguer là où la pluie est fabriquée, nectar des dieux enterrés dans le subconscient des baleines et des alligators, ou dans les racines des arbres du désert, au milieu des hysopes et d’un pot-pourri de flore inexplicable. Savoir être le lézard tournant sous les pierres et dansant en roulis.

Nous ne désirons plus plaire mais plutôt engloutir de beauté et de nouveaux mimétismes, inonder de nouvelles références les vieux textes et les marches-avant oubliées, pour laisser enfin de côté cette stagnation, cette transversalité automnale et définitive, ce mirage ulcéreux de ce qu’est en construction par autrui, là où l’intervention est impossible. La possibilité d’égarement n’est là que pour nous faire regarder la boussole. La tempe transie de sueur folle, le fond des pantalons trempé de boue et de phéromones mûres, il faut sortir la machette pour décapiter la jungle. On happe l’air en jappant pour que les fractales s’abreuvent de toute la richesse harmonique qui a été absente du monde comme le cadavre a été absent de la vie.

Faites-le savoir dans la rue que vous en avez ras le bol de vous emmerder, exigez qu’on vous redonne votre imaginaire sauvage. Faites passer le mot que vous ne voulez plus de ça, que personne ne veut plus de ça, que les assiettes vont bientôt revoler. L’ombudsman doit s’ennuyer aussi d’entendre des pleurnichards, et se meurt d’envie d’entendre une vraie protestation, autre chose qu’un amas festif qui clôture la circulation pendant vingt minutes. L’ennui est tel déjà que, version après version, on en vient à ne plus connaître les classiques du temps de notre éducation. Peu à peu, l’envie de comprendre disparaît ; le mal s’installe. Exceller dans l’ennui, c’est effacer ses traces, s’enliser sans phares là où les pléiades ne brillent plus. Un cèdre ne connaît pas l’ennui, pourtant de ses cycles on bâillerait. Mais on peut s’appuyer sur sa colonne vertébrale toute en écorce hébergeant sa vie et ses insectes ; on peut toujours se mouvoir de son tronc vers le haut avec la brise, et se sentir émaner près de ses rumeurs.

17.8.10

Le Cerf et le feu (fausse fablette)


Des déflagrations avaient tordu le soir, lui brisant l’échine en lune noire : mauvais présage, un cerf déambulait derrière eux. Pas même un bruit sourd ne sortait de ses pattes. Au tout début, ils l’avaient aperçu comme une apparition, se déplaçant à une vitesse étonnante, glissant condamnée entre les lieux. En pays arctique, les bruits changeaient; ils n’avaient pas de fond. Il était impossible de déterminer la distance. Un des hommes se sépara du groupe, afin d’encercler le cerf, étant donné qu’il les démoralisait à l’extrême, et de surcroît comme la calamité qui s’annonçait ne les avait pas encore frappés. Mais le cerf se volatilisait trop habilement.

Fuyant des mines, qu’ils avaient tenté de reprendre, le groupe faisait des haltes pour observer aux jumelles, loin derrière eux. En effet, un nuage très épais surplombait la ville, et le feu s’y reflétait comme un four énorme dans du papier d’aluminium. Le vent amenait les cris de ceux et de celles qu’y demeuraient attrapés, et les hommes gardaient impuissants le silence, se passant les jumelles successivement. Et voilà que le cerf réapparaissait et moquait la patience de ces hommes, et mettait durement à l’épreuve leurs superstitions au pire des moments, au plus faible de leurs existences.

Ils ont déterminé un endroit pour passer la nuit; ils y ont fait un feu, relativement bien caché du vent et de leurs ennemis. Ils se sont assis autour du feu, et le silence a persisté. Aucun d’eux n’osait rappeler aux autres le malheur qu’ils vivaient ensemble – tel était le respect qui régnait entre eux. Mais le plus jeune, celui dont les émotions n’avaient pas encore de callosités, qui n’avait encore aimé qu’une seule fille sans la connaître vraiment, le plus jeune a craqué : il s’est mis à pleurer. Son grand frère était là, et il a bien voulu le consoler, mais sans succès.

Même le plus aîné désespérait alors : le cerf les suivrait partout, sans l’ombre d’un doute, mais il ne pouvait toucher à cet animal sans être certain que ce n’était pas une incarnation. Il s’est résigné alors, la tête entre les mains, et s’est complu de penser au fait que – bien qu’étant mauvais augure – ils ne seraient jamais attaqués par lui. Tant qu’il y était, la calamité ne s’abattrait pas sur eux, ce serait encore tôt.

C’est alors que l’animal est surgi de nulle part et s’est jeté dans le feu, s’immolant.

℞ : pax gitana (manœuvre ontologique)


Postulat de philosophie immature : constat d’elle-même, castration.
Cette manœuvre ontologique n’est pas – je répète – n’est pas.
Aucun récidivisme ne sera toléré outre celui d’autrui.
Traçage de la voie principale : ce sera une recette sans entraves, juste.
D’abord, querelles, entre camarades, pour banalités, puis troubles politiques.
Ébauche majeur de conflit aérien. Sirènes. Populo amoindri, toujours vicié.
Ciels gris, déplorables. Rive, autre rive. Joue, autre joue, faites vos jeux.
Sectarisation de plusieurs castes de technocrates, concours de cravates.
Estimations, taxonomies; plusieurs pirates détenus par les autorités.
Taux d’échange, virgules et zéros, tolérances : un damier humain.
Colis suspects à Berri : familles heureuses, sécurité privée du secteur.
Orang outans et ouistitis, annulation du chèque précédent.
Solde antérieur : grivois, attention supplémentaire les fds.
Càc rdc càd pas sdb aux sdf : grèves.
Transits : 12, 4-7, Porte des Grésilliers, dîner ensuite, sur le grand boulevard.
Numéros malchanceux : Auschwitz, 11, 13, 154, autres kabbales.
Allergies connues : aucune, légère intolérance à la police.
Coups de grisou, poing, barre, marteau, main, génie, théâtre, pied aux couilles.
Casernes visitées, mains serrées, agenda acheter fromage, pas d’ordure.
Changement de visibilité : ayant menotté, bien frotter, suivre de pieuvre.
Ne pas raboter les câbles de l’auxiliaire 4, ne pas mélanger les analyses.
Sur vingt, merci : $14.92, bonne colonisation subséquente.
Pour toute autre démarche collatérale, l’accusé devra se référer à cette cour.
Veuillez excuser mon français, ainsi que mon neveu.
C’est que personne n’avait pris soin de lui jusqu’ici, barbe-à-papa en main.
C’est que nous ne sommes pas juifs, votre honneur, veuillez nous en excuser.
Mensonges : répétés, incessants, nécessaires, puis moins.
Personne ne bouge (que) : sans doute, une phrase faite serait de mise ici.
Insalubrité du secteur cafétéria : vieillissement du métal, ressources diminuées.
Goût d’exploitation : illimité, pur bénéfice des aînés.
Asymétrie de l’axe portance/traînée : encouragement du palonnier.
Taxe de criblage, de ciblage et de cinglage : ajoutée à la surtaxe (revenez!)
Parquet d’imposition quantifiable : au diable, qu’ils me lancent des gâteaux.
Traces de balle, fenêtre entr’ouverte, douleur du crâne en frappant le plafond.
Nausée : vomissement, blêmissement, fièvre, eucharistie et viatique.
Mort : survenue aux vivants, mais le contraire reste improuvable.
Menu : burgers et coulis aux poireaux, servis froids sur du pain pita absorbant.
Cheveux : expression douteuse, centaine de dollars, peine, perte subséquente.
Organiser soupers de con, falaises à visiter, gurus à suivre, fonder villes.
Surpasser l’arnaque, véhicules à l’aide, marées à l’aide, tout aidant.
Procédure d’aliénation : grandissement des narines, poils qu’y poussent.
Plan par paliers : dégradation de la flore et de la faune, avachissement.
Exercices pour éliminer la sensibilité de l’agonie d’autrui : TV, guerre sur une TV.
Poids net max : tic tac toe, hauteur désignée, assumant atmosphère >200 kPa.
Princes de la galanterie : plusieurs clubs et types d’auto, grenades à main.
Virtuelles : gonzesses, étoiles d’un jour, mannequins et littéraires ratés.
Sur l’antenne : on a fait cuire un poulet vapeur et des préjugés.
Sur demande : ample sélection de souhaits inavouables, de peurs gonflées.
Veuillez vous ranger sur la droite : svp, tds, vous ranger sur la droite.

Méthodes pour éduquer des gars de char et effondrer des cathédrales


Sensation de futilité devant l’œuvre finie, peur qu’elle soit perdue, abîmée, pour ne pas dire mal comprise. Et tout ce, à la longue, après l’échelle du corps, à échelle d’œuvre. Obsession sur la passation, ne pas vouloir mourir sans une certitude. Seul obstacle à la mort : le besoin d’acquérir cette certitude, mais jamais aux enchères. C’est trouver la méthode de perduration, sans écraser personne, sans compromettre l’œuvre.

La graphie est toujours insuffisante, et sa durabilité est constamment menacée par un disque dur défectueux, par un virus, par un feu, par un déménagement; c’est par la perte d’une seule feuille que s’effondrent des cathédrales. Tout se disperse ensuite; des papiers partout. Après, longtemps après, les reconstitutions, les biographies, les documentaires. On essaie de nous plonger dans la vie de… et surtout on échoue.

Autant on n’a eu que des bribes du passé, par les circonstances de la graphie et du pouvoir, autant de nos jours l’excès d’information noie les œuvres. Pour les historiens du futur, il peut s’avérer aussi difficile que de décoder des codex, quand ils devront nager entre twittages, courriels, profils myspace et blogs, afin de trouver le génie et sa généalogie. Et le drame de ce nouveau moyen âge n’en est pas qu’on en perde plus d’ici que du passé, mais bien que ce blasement est nouveau, ce je-m’en-fiche n’est né qu’hier.

Jadis, les hommes avaient devant eux la trouvaille du langage; maintenant qu’ils l’ont charcuté, que reste-t-il à désigner, qui va lire, et qui va vouloir écrire?

Jadis, un gars de char, même à dos d’âne, se serait plié devant ce même texte – du moins parce qu’il ne le comprenait pas, et qu’il était possible soit de l’éduquer, soit de lui faire peur avec le diable et le bûcher. Sans défendre des idiots chrétiens, l’auteur de ce texte veut attirer l’attention sur le fait que, aujourd’hui, un gars de char lui pèterait la yeule et que personne ne le défendrait, et que de plus il n’est plus possible de faire peur à un gars de char, même à dos de Civic, ni de l’éduquer non plus.

16.8.10

Pasmado de roturas


me pica el interior de los dedos
me pican las cumbres de las muñecas
con el vergel de mis venas
abriré turbias avenidas
y torceré las estrellas para que vengan
a persianas cerradas

no reiré caramelo ni reiré canino
pero si descuartizaré al viento
sin tregua
y grabaré en mi canto ese trapo sucio
ese circo y el viento gritando
maltrecho

vidrio en el sótano
pasmado de roturas
increíble sonido que no se escucha ya
y que solo existió una vez
cuando quise ser bosque y no pleito
o pleito de árboles

dorada la espesa claridad del mar
a las cuatro de la mañana
vergel sin parásitos sin tropezones
pleito de algas
claro de luna unicelular
incandescente

desciende del Inca
el conocimiento de los límites humanos
la vastedad de los glaciares
algo inscrito sin errores
en un disco duro
salvaguarda

pero adónde irán a parar los ríos
y los ojos de los enamorados
sin el temblor primordial
de la retaguardia en alerta
sin los castillos inmóviles
ni la arena

en el picor de mis muecas
en el ardor de mis pies
en la sordera que vislumbra pasos
y los sigue
en la persistencia de claridad
que ciega

Antonomase


À savoir comment je vais pouvoir émanciper un pays qui se croit province…

L’exil garroché partout après mes sommeils; de paroisse en paroisse chercher le dieu pour le maudire, pour l’exécrer devant tous ses amants à la soutane pliée. Vertu du ridicule, par les maladresses qu’on m’a connues. J’ai au moins la certitude que personne ne sait ce que je vis. Et pour première fois, j’accède à la joie de taire mon supplice.

À présent, près de la falaise cachée, m’emmitoufler devient religion, m’isoler devient cantique, m’oublier devient foi. Deux ou trois chansons qui reculent lorsqu’on les entend, deux ou trois supplices d’oreille, pieds saignants des ébats des milles. Si vous n’êtes pas toute mon amitié, toute ma passion réunie, si dans mes scintillements vous n’avez réussi à voir que des intermittences, alors je me glisserai par les interstices et je deviendrai irréconciliable. Alors je serai dur à repérer, je serai un ganglion silencieux, jamais plus je n’éprouverai la maladie.

Si les chantiers que j’ai ouverts restent déserts, restent vides de vous, alors je saurai que la défaite a meilleur goût que la victoire, mais je ne serai pas de ceux qui s’engouffrent dans le noir, pas de ceux qui sombrent dans les glaces, mais je serai tombeau de pyramide, imperceptible jusqu’au dernier phonème de mes adieux. Ne gobez pas les mystères, soyez castors et nagez, laissant une trainée sur la surface pour qu’on sache bien où placer les Conibear. Vous êtes traqués : célébrez.

C’est surtout pour moi l’exil du quotidien des autres – je remarque que mon quotidien est inexistant. Je dois éliminer les autres de l’équation pour un temps, assimiler mon destin lié à ce pays, faire la paix avec le pays. Or c’est l’exil, en dedans de l’exil. C’est ne plus être une identité mais un pastel gras barbouillé sur le globe. Être jaloux des attachés, des familles, des amoureux, de tous ceux qui sont à eux le monde, de vous tous. C’est vraiment différencier moi des autres, dissocier, à jamais être. Unique, ce n’est pas assez, puisqu’on est aussi unique dans le désastre.

Charpenter des axiomes, ça ne sert à rien. Pepsi, pain blanc ou pain brun, aucune lecture, aucun légume, ça prend un char, ça prend un gars de char. Ça prend un cœur barré et un tas de mensonges. Survivre sans identité, être acteur et ingérer la leur, presser le jus de moi dans leur passoir. Ça prend une identité.

Parasite blanc, fouillant dans les os de nègre, les crânes s’empilent et il faut faire malabar. Il faut cesser de truquer l’ennui, de cacher qu’on n’a que dalle à dire, fâquaule à faire, que ce serait déjà mieux si on s’arrêtait pour ben longtemps.

10.8.10

Le Déclin du Postmodernisme: entretien avec Ahmal Féihn (revue Circuit, oct. 2060)


Cette semaine, dans le cadre du Festival International de la Musique du Siècle, on pourra assister, à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal, à l’interprétation du Requiem de Sprûngli par les solistes de l’Orchestre Simon Bolivar et les Tallis Scholars sous la direction du chef Armin Casadesus. Rappelons que le Requiem n’a été interprété que vingt ans après sa composition, aux funérailles du compositeur lui-même, par ses amis qui l’ont trouvé dans son ordinateur, à la fois que maintes autres œuvres qui demeuraient inconnues au moment de son décès. Ça fait donc près de trente ans que le Requiem s’est frayé un chemin comme œuvre commune des répertoires des orchestres de chambre aux quatre coins du monde. Il est donc entré au panthéon des Requiems célèbres, comme ceux de Mozart, Fauré, Verdi, Schnittke ou Dvorak. Nous nous entretenons aujourd’hui avec le musicologue irlando-palestinien Ahmal Féihn, spécialiste d’Ibn Sprûngli, qui a travaillé pendant près de vingt ans à bâtir l’imposante tâche de classer les œuvres de Sprûngli. Lol.

Le Requiem est l’une de ces œuvres qui sont restées cachées longtemps. Pourquoi ?


Le Requiem était une commande de Tatar Bouw, un propriétaire Montréalais qui avait été le premier amant de Sprûngli, des années plus tôt, et qui s’adonnait à une sorte de mécénat malsain. Bouw a demandé un Requiem à moitié prix pour son père mourant. L’homme avait été prêtre avant de se marier, et on peut croire vraisemblablement que même si le choix de textes est de Sprûngli, Bouw a certainement eu son mot à dire. Mais Bouw s’est départi de Sprûngli avant que celui-ci ne finisse le Requiem, et ils ont cessé de se parler. Il est donc resté dans l’ordinateur de Sprûngli. Néanmoins, depuis l’expérience de sa 2e Symphonie, dans laquelle personne ne s’était fait rémunérer, Sprûngli avait mentionné qu’il arrêterait de composer si c’était pour que tout le monde travaille sans être payé. Il était à bout de voir des subventions coupées et des musiciens sans emploi mais sans envie de se battre. Il n’a pas cessé de composer, heureusement, mais il l’a tout gardé sur son ordinateur jusqu’à la commande des ballets de Monte-Carlo. Il y a eu beaucoup de ressentiment de la part de Sprûngli à l’égard de cette apathie devant le désastre, ce laisser-faire fatal, envers tour à tour tous les milieux qui, tout en lui exprimant de l’admiration, lui fermaient leurs portes. Il était à bout de ces paradoxes et voulait à tout prix une sorte de stabilité. Il a donc gardé tout ça pour lui.

Trouvez-vous que le Requiem de Sprûngli est une œuvre sans compromis, comme l’est d’habitude la production de ce compositeur, ou est-elle – au contraire – un cas de synthèse de contraires ?

Il s’agit définitivement d’une oeuvre de compromis. Essentiellement, c’est un pas en avant du post-modernisme, non pas qu’elle en soit dépourvue dans ses pages, mais plutôt parce qu’il y a justement un avancement vers une nouvelle cohérence. Je ne serais pas prêt à avancer qu’il est question de contraires dans le Requiem, mais pour un antichrétien extrême d’écrire un Requiem sur un texte liturgique, c’est déjà un paradoxe en quelque sorte. On sait que l’œuvre était une commande à mesure et aussi l’insertion de textes profanes témoigne d’un certain compromis. La préoccupation de Sprûngli a été de fournir surtout un Requiem approprié non seulement pour la circonstance requise mais plus largement dans l’histoire, et en quelque sorte il a clairement vu son travail alourdi par la conscience d’une tradition existante en matière de Messes des morts ; Sprûngli choisit le compromis, et c’est toute une affaire de crédibilité dans le métier. Rappelons que Sprûngli ramène l’artisanat en tête de liste, et que toute démarche pour lui doit d’abord être justifiable en vue de considérations artisanales. Mais il était aussi important de se défaire du carcan postmoderne, comme d’une indigestion du passé et de ses ramifications, et de tendre vers cette nouvelle cohérence où les contrastes s’harmonisent au lieu d’éclater comme dans un numéro de cirque. Le prétexte d’une œuvre spirituelle parait accélérer chez Sprûngli un processus qui était loin d’être abouti dans des œuvres profanes, parce que peindre un mysticisme sincère et une spiritualité universelle qui transcende les dogmes et les étiquettes, cela s’accorde mal avec le langage postmoderne qui est plutôt spectacle que cérémonie.

Où se situe le Requiem dans l’histoire ?


Le Requiem est une œuvre de transition : le langage de Sprûngli n’avait pas atteint sa pleine maturité, mais on est loin d’être devant un compositeur mineur, sans métier ni personnalité. C’est le début de sa deuxième période. La musique de Sprûngli était originale depuis au moins dix ans, mais son souci de l’histoire l’a empêché de s’arrêter là. Clairement, ce n’est plus le Sprûngli de jeunesse, ou ç’en est la toute fin, quoi que pour moi c’est vraisemblablement la 2e symphonie qui représente la fin de cette période de jeunesse. Si l’on comprend ce que le Requiem a déclenché vingt ans après son écriture, on est prêt à comprendre qu’il soit passé inaperçu. Aussi il a été écrit dans un temps et un lieu peu propices à la compréhension du grand art en général. Le Requiem est l’une des premières œuvres à essayer de souder les morceaux cassés des siècles précédents, sans faire le scandale du choc et de la surprise, comme un langage tout nouveau qui comprend tous ces éléments qui interagissent démocratiquement plutôt que par opposition et juxtaposition. Ça ressemble en occasions à de la musique de film : seul point de culture où pouvait s’ancrer Sprûngli pour tenter la communication directe avec son public, seule référence orchestrale (trop souvent) de ce dernier. Le Requiem est un essai de réconciliation active et équitable de plusieurs influences : la musique spectrale et la tradition chorale contrapunctique, l’harmonie modale et les quarts de ton, la chanson populaire et le nationalisme romantique, les rythmes et cadences de la Colombie et du flamenco…la liste est longue de ces influences encore reconnaissables, mais beaucoup mieux digérées que chez Lesage, Gougeon, Longtin ou même Gonneville, qui semblait montrer le chemin avec Microphone Songs et Ho-Ma. Vivier est enfin digéré, avec les Russes, avec Janacek, avec Ligeti aussi, mais surtout avec la verve britannique qui n’a jamais abandonné la musique de Sprûngli, tout comme son sens inné du théâtre. Curieusement, ça a pris un étranger pour donner un sens à Vivier au Québec outre celui du monument intouchable qui cause du malaise chez tous, un peu comme c’est le cas de Saint-Denys Garneau chez les poètes. Non pas que le cas de Vivier, sa solution pour la survie du phénomène d’exploration timbrique au-delà du laboratoire de son temps, ne soit pas viable. Mais pour Sprûngli c’était un absolu encore trop fermé : il s’était donné comme mission avouée de créer de la musique imparfaite de façon unique. Il est seulement logique qu’il ait aussi pensé que les oreilles devaient être préparées à l’écoute de Vivier ou de Grisey, en créant des musiques plus imparfaites que celles-là, mais capables de faire le pont progressif vers les écoutes définitives, enfin il était conscient de la musique qui s’écoutait dans son temps. Sprûngli se considérait un compositeur de transition : il n’a certainement pas eu tort. Il a sonné le tocsin, et même s’il n’a été entendu que sur le tard, il a définitivement été entendu avec beaucoup de conséquences.

La solution de Vivier n’était-elle donc pas valable pour Sprûngli ?


Vous savez, j’ai toujours aimé le parallèle Mozart/Beethoven et Vivier/Sprûngli : il est non seulement vrai pour beaucoup des aspects de la vie de ces quatre artistes, de leurs rapports, de leur position dans l’histoire de la musique, mais j’ai remarqué qu’il s’était passé quelque chose d’extraordinaire quand le plus jeune (Beethoven/Sprûngli) a plaint le plus vieux (Mozart/Vivier). Autant Gonneville a dit à Sprûngli qu’il essayerait de lui donner l’esprit de Vivier à travers sa pédagogie, que Beethoven est allé voir Haydn en espérant y trouver Mozart. Leurs frustrations, pour ainsi dire, ont généré de profonds changements dans notre façon de concevoir la musique et sa pratique. C'est-à-dire que les fondations esthétiques allaient changer comme conséquence de la perception de certaines œuvres de ces compositeurs qui, dans toute leur essence radicale, et cherchant à moyenner – comme on disait – un compromis, ont abouti à un nouveau chemin.

Incendio de claridad


es una nube perdida
que busca viento

palmo a palmo la conquista es
lodo cubriendo dientes
un paupérrimo alzamiento de molares
en exilio sanguino
derramado entre alacranes
vaivén del último saludo
unos árboles más y ya llego
con las manos beberé
a lágrimas junto a los cocodrilos
puya y escarmiento
allá donde hayan puentes de alas

son rocas que duermen
y los aullidos que las despiertan

son aves que caen del cielo
sin dulzura
en barrena

son aves que caen del cielo
agrietando la tarde prieta
con marcas de sus cadenas
y qué decir del olvido
del exilio y de la sangre
sin derramar lo que han sido
mis últimos golpes de hambre

fin del circo y de la reconquista

huir del escenario
saboteando los bolsillos
esquivar la agonía
con un tesoro en la sien
pasar la aduana en penumbra
sin declarar la locura
burlar los controles policiales
de la pesadilla
traicionando al sueño
ya no llorar cántaros
sino vaciarlos en los ríos

lo que sobra son los árboles presos
en celdas de acera el aguacero
desplomándose sobre cemento
liso y muerto

L’Échiquier brûle


L’Orient a fait ses bagages ce soir, plutôt par originalité que par manque de compréhension, ou de respect encore. Le but était de dissuader la confrérie d’assister à une autre soirée spectaculaire de déchirure émotionnelle et de bousculade enfantine, tout comme avait eu lieu la veille, cette mémorable perte de temps et d’amitié qui lui avait coûté plus cher qu’il n’aurait estimé plus tôt, quand il avait joint la confrérie sur un coup de tête malsain mais efficace, qui lui avait porté presque exclusivement des avantages à court délai, mais qui avait miné progressivement sa force, et éventuellement le respect de ces confrères auxquels il était directement subordonné. De fait, nuls autres que Bonifacio et Giguère lui était venus en aide, au tout début, après l’accident qui lui avait épargné la vie tout en réclamant celle de sa tante et sa sœur Martine, qui étaient les derniers vestiges vivants de sa famille. L’Orient se remuait la chevelure comme par miracle, abasourdi dans son expression invalide. Il avait aimé ses confrères pardessus même les vagues souvenirs de son passé familial, mais en ce jour il se sentait capable de les agresser, et de mâcher leurs viscères devant leurs yeux pleins ouverts. C’était d’ailleurs la raison déterminante qui poussait L’Orient hors du nid, mais déjà il pleurait de peine et de nostalgie de devoir quitter ces lieux aberrants de calme, des plus tristes et tranquilles au monde.

Il prit la Volks ’84, qui réveilla tout le poulailler avec ses régurgitations d’huile, pour ensuite enfiler le petit chemin qui était vraiment un tourment pour la manœuvrabilité des automobiles, et qui revenait souvent comme sujet de conversation parmi les confrères aux dîners plus détendus. Bonifacio a ouvert l’œil, mais s’imaginant qu’il s’agirait sûrement du père Moloque, qui allait souvent acheter les journaux du soir et partait en trombe ébranlé sur le sujet du jour, il l’a aussitôt refermé pour recommencer à ronfler rassuré sur la bonne continuité de la confrérie. L’Orient se trouvait finalement sur l’intersection de la route au tiers ronflement de Bonifacio.

Sur la banquette arrière L’Orient avait empilé les articles qu’il avait daigné comme étant absolument nécessaires, ainsi qu’une avance de mille dollars que le père Moloque avait accordé à L’Orient sur l’héritage de sa tante, et que l’Orient avait négocié sous prétexte d’un nouveau penchant pour la peinture qui était complètement fabulé mais qui avait fait craquer le vieux prêtre, peintre amateur après les sermons. L’Orient avait souvent regardé ces billets arrangés méthodiquement, et des mois durant s’était demandé quelle était la meilleure utilité possible pour son argent. Il était extrêmement fier de s’être armé de patience, et d’avoir su pallier ses envies d’arrondir ses fins de mois ou de se payer un cinéma, car quand il pensait à tous ces sacrifices mondains et qu’il se voyait au volant de cette auto sur un élan indescriptible, il était satisfait, et il ne regrettait rien.

Quand la petite auto chavira, il était 6 :35; Boniface arrêta de ronfler et eût une apnée de quelques secondes. L’Orient essaya de rétablir le contrôle de son véhicule, qui tourna sur deux roues et sur lui même pour s’immobiliser au beau milieu de la route avec un chelem. Quatre cents mètres derrière, un petit camion de livraison se dépêchait sur les lieux. L’Orient décollait gravement la tête de son volant, qui lui avait imprimé son contour sur le front. Vite, apercevant le camion, il ressaya de démarrer, mais sans succès. Il prit ses sacs et sortit de la Volks quand le camion arrêta droit devant. La camionneuse, vitre baissée au préalable, voulait d’abord savoir s’il y avait des blessés.

« Non, je suis correct » répondit L’Orient.
« Voulez-vous de l’aide pour démarrer vot’ char? » insista la camionneuse, inquiète par le manque de réaction de la part de l’Orient, qui semblait en effet transporté. Il finit par pondre après une longue pause qui devint progressivement troublante pour la femme au volant d’un moteur sain et roucoulant.
« Non, je n’ai pas le temps. Aidez-moi plutôt à l’écarter de la route, si vous voulez bien. »
« Ça me fera plaisir. »

Ce fut alors que la camionneuse, très agile pour son âge avancé, a sorti trois cônes reflétants avec des petites lumières jaunes accrochées dessus, qui titillaient en phases toujours changeantes, et qui représenteraient parfaitement le danger dans le cerveau de tout automobiliste qui emprunterait cette route. Après, elle puis L’Orient ont tassé l’auto en bordure extrême de la route, où elle ne causerait pas d’accidents. Et très naturellement, la camionneuse, qui n’avait de compagnie que sa morne livraison dans son camion, a offert un lift à L’Orient, et celui là a rougi devant la maternité rampante dont il avait été trop vite sevré.

La camionneuse a essayé de briser la glace en démarrant, se tournant souvent vers L’Orient.

« Où vas-tu? Tu es en retard? »
« Euh…un peu…à l’aéroport. Il est quelle heure? »
D’un coup de rétine, la camionneuse a su qu’il était 6 : 46. Cela a semblé rassurer L’Orient et ça a été suivi d’un silence.
« Tu ne veux pas téléphoner pour dire que t’as eu un accident? »
« Il faut absolument que je prenne le vol de 7 :30, je vais m’en occuper après.»
« Tu vas où comme ça? »
« Heu…c’est l’enterrement de ma tante en Allemagne et il faut que je sois là »
« Je suis désolée, dit la camionneuse, j’espère qu’elle n’a pas souffert »
« Oh je ne sais pas…je ne pense pas, non » de balbutier L’Orient.
« Alors je vais te conduire à l’aéroport » a conclu la camionneuse, appuyant sur le gaz.

L’Orient vit la terre s’éloigner de lui et lâcha un franc soupir : il était 7 :31. En ce moment, le père Patrice, Benedetto, Kharschino, et probablement Giguère se levaient simultanément, et ce serait quelques minutes plus tard, quand il manquerait au petit-déjeuner, que l’on monterait à sa chambre pour la trouver vide avec un courant d’air. Les spéculations allaient pleuvoir sans répit au sujet de sa disparition, et après les souvenirs de Bonifacio ils allaient se diriger vers le garage où ils constateraient l’absence de la Volks du père Moloque; quelques heures plus tard la police notifierait à la confrérie qu’ils auraient trouvé le véhicule en bordure de la route qui mène à l’aérodrome, et qu’il serait vide et avarié.

3.8.10

Caligula's return to Montreal

(i) Opening


It’s big : they’re trying to fix the power cut. Huge Bronto Skylift 50-3T3 (hauteur 4,2 m ; max 4500 lb ; ville de Montréal no. 7019 ; LC7 8961 je-me-souviens-de-la-belle-province ; danger gardez distance 100m) revolves. Police cut traffic while children play in the snow with camouflage sledges. Overhearing radio operations, it seems that they have found a slit cobra skin in Sainte-Catherine, so they are detouring the cars round the snowpiled backstreets and crossing their fingers so that the January air will freeze the snake’s venom before it attacks scandalized old joual women. Soon they have extended metre-high red tape to precinct the street; large police trucks with howling Doberman specimens arrive and tactical squadrons emerge seriously from old metal doors. Older policemen arrive with watery coffee in paper cups and beer-bellies, and study the precinct. There’s no electricity but the food won’t rot because it’s mighty cold, and it can always be put outside. And me, I stay inside listening to my breathing and glaring at the policemen in the eye from the window.

Caligula stares better. He possesses a symptomatic appeal that surrenders the wild fathom out of an odd inch, suggests whispering fevers in the temples of tired pirates of the sea of Sainte-Catherine; he has hidden somewhere, while police repeat their rehearsal gone absurd of chasing him up and down a street that spans most of the island (yet he would have had better hiding on Sherbrooke). Fructose dreams, patiences cataclysmically ecstatically climaxing amidst growing arrays of short siren outbursts, brief warnings of lawful presence. Caligula knows they are close, he smells their gunpowder accurately all along the sidewalk alongside the scent of the recently changed skin, the fresh one emerging from under the dead one that was lying in the middle of the street among the snow millimeprically aligned by the grating metal of snow removers that would wake you in the pitch black night with an itch in your hypothalamus. And now Caligula apprehends the surprise, the itch and the frightful night and seizes the time while reminiscing an earlier experience, when he hid in the north next to the town’s largest prison.

“That same night I heard strange noises right outside my window. I looked and I saw a police car. Two women – policemen entered the scene and left in the car. 30 cm behind another police car arrived with its lights out. I then opened the window and popped my head out to see : there were another three police cars parked in the same street, alongside each other. I hid but left the window slightly open to be able to listen.”

Caligula takes a shower and continues to wait while the police cars leave at a rate of one per 45 minutes. Abstracted by his thoughts, he discovers how perplexing the skin of the snake was, how its induced patterns could exude sluggish qualities, and help hide it where it belonged. The cobra skin would have never been found in the jungle, its colours would have merged into the essence of the jungle and it would have decomposed instantly. In the middle of a main, snow-covered street in East Montréal, however, it was only noticed but it was also the cause of possible overreaction. A clear example of modern-day snake disorientation.

(ii) Little Gritty Detail


To take the ordeal, sustain the mediocre for you to conceive machines ballistic to meet nine sheep and cluster the progression sensationally! Lobotomized monkeys have an aloof capacity to cough; a brittle four would bring a behavioural furnace, so claim a fire, enact reggae action and check the feet seeking, with a tilt, opportunity twenty overhead : the scheduled promise of Zimbabwe. Here, a grain smoker helps ferret dealers to boost air and forsake the fuel, but the morning injection made him reminisce his childhood corner disorder. For gorillas are talking about the message of a millennium god-figure in a bullet end, and scientists are discovering vitamin art with this gorgeous Hungarian beadle, sick, maybe uncut. Fly, shopping dolphin, bubble my moronic cigarettes from this foggy town and go. Misuse of the dark public resulted in expensive tissue overdose, so live your panic now, thank the awful screaming force on the tremendous curb on the lovely knight’s complicated damp expenditure on medicine for breasts trickling strong. A shower of longing, as the rudimentary regime foreshadowed the appeal of the incontinent wolf. Decorated prize, exuberant trauma of linking pipes (if overactive) to the electrified wedding in Texas, where a church freak and some enclosure nuns were marrying identical twin oysters and airing it on the Internet.

“Save the cream!” screamed the freak; “only the bees are to blame in these frantic belvedere jeep fights for a tray of pheromones. Survive a burial, then secure an ether take and order the fairies to exude coins for the numerous towel toll. Left fingers will be bulls; right fingers, rabbits and cows, and the enemy will be forgiving boredom in order to fill the hearts of silent wooden motorists. To overcome a cop (and here, at this turning-point in the freak’s sermon, there was a karmic revelation for Caligula, who recognised the password in the speech and knew that those were the secret orders from Wotan and her incestuous sister, Sugus, goddess of breaking waters, and that these orders were geared to his self-defence in the view of matters…) you must tattoo (continued the freak) a bizarre cocoon (could care) in the obscurity of the electricity cut, dedicating the act to a ginger fling. Please create a tremolo on my cleft, she will say to you, accepting the European average; a fly will err ahead of you for a while before the anti-motion smoke-pattern search-graph becomes dark and bacterial, almost tanning you up. Then you should go to that awesome bottom room with jewellery needles and fake artichokes, where you have only been once to look for wine for an erratic unfriendly reunion. So return to your homes, for today will begin the siege of Montréal. It will last 936 days, after which she will begin to be called Montréal-la-Courageuse and Montréal-the-Mighty and Heigh! Ho! Hurrah!”. Thus spake the post-modern priest of the unconscious, and when his word were over, night-time struck duly over the south of Québec, approximately at half past three in the afternoon, and a snowstorm hit the air incontestably and the forlorn citizens were bloody cold in their niches, because Hydro-Québec centrals around the country had become twenty-first century replicas of Chernobyl. Sirens had been going around the city for six hours now, as police cars were permanently stationed near Caligula’s home, on Sainte-Catherine East. Blue and red lights and yellow lights from the candles. Was this not the substance of the past, and how little candles were left now, and how many hours awake and alone in the dark, awake and hunted, and tormented with painful ideas while the siege is happening as it had been predicted; but they must be looking for him as well, and he had also been given careful instructions concerning procedures to exorcise the police.

(iii) The Dreams of Caligula in his icicle house


Caligula hallucinated under the sativatic fever (sativatic is also spelt satirical) and in a shimmer of language told his visions in a different voice to his, as his shadow – fluttering by effect of the candles – spelt out the dream. He was levitating sensorially, hallucinating sensorially, feeling reversible. These are wooden tableaux of dim illuminations of places that have only ever known darkness. The trance commenced with a deep hum…

“My parents and I had a long walk in the bitter cold and snow until we reached a place under a bridge where I was supposed to compose directly into full score while upstairs there was a real orchestra that played what my head imagined. At some point I was enraged and went upstairs because I was missing the double-basses. I went into a white room where two white maids did the cleaning, and I asked one of them about the double-basses; she looked defiantly in my eye, and I asked her if she knew who William Walton was. She said nothing for an instant, then both of them rebuffed and shouted things back at me. I rebuffed as I went past my mother who was crying at the top of the stairs, and my father (who was wearing a 1920’s Chicago police uniform, badge and gun, hardy guy) told me I should just try to think harder…”.

Then a different hum, a different, more flexible voice,

“I went back to school and stole food, as much as I could and as quickly as I could. Then, when I left the building, the music teacher was outside. He treated me like his girlfriend, with lots of kissing and petting. Then I went outside to the big football fields, and I saw B-52’s being search-lit from the ground, and I ran for shelter”.

And under still another impersonation, Caligula spoke again, this time more poetically,

“In the water, around an iceberg or icecap, three people are trying to climb to the top, and it is about 250 metres and they are trying to get out of the water so that they can survive. One becomes unconscious in the numbing cold and sinks because his stuff weighs too much. Oh! scenes under the iceberg : the light filtrates but you can’t see in focus, you can’t keep your eyes open, and you can’t move, and you can’t go up because there are 250 metres of ice on top of you and the dark giant of water below. Oh, scary, white-blue, cold cold scene…”

(iv) The End of the First Candle


The first candle burnt away before Caligula’s eyes and he turned to the windows to look. Police had been outside now for seven-and-a-half hours and the same man had been outside taking the snow from the centre of the road to its sides with a single shovel, all by himself, for those seven-and-a-half hours. The flame became elongated and blue, and the death rattle took it in before it was over.

Caligula fixed the second candle, which was really the lower half of the first one, but it held a weird position at about 30 degrees’ inclination from the vertical (y), as it hovered tower-of-Pisa-like, menacingly over the table, which also harboured coins, tangerine peels and two intact tangerines, a psychiatric hospital card with only zeros and x’s engraved on it, music, a knife with wax on it, two dictionaries, a clock and a cigarette machine. The ashtray and the marker pen were on the carpet, among the lower-level mess, the things that mattered less. Yet not only was Caligula running out of ink and patience, time and candle-wax were on the short side too. From the window could be seen other subsequent windows which gave to houses where candles were also being burnt and people were, to the realm of the imaginable, becoming entangled in their own thoughts and perhaps someone else’s thoughts as well.

Important obedient graceful genetic grievances that fold into place as Oedipus rams his head back into maternal womb; clear liquid, dark sky over Montréal. Stray sirens lost upon the mysterious city. Unfold the opening enveloped to grind the food past your oesophagus, to obtain new breeds of asparagus, to descend with an avalanche in a nailed sarcophagus. All your unboiled matter that seems to flutter into shapes altering second after second ad infinitum, in aeternam; the small litany of gentle tableaux masterfully illuminated from above. Table-wax to wax the table, butter on the needle found in the cellar and let’s start the game, ladies and gentlemen, opening pusher of the night crosses main street spot 19:13, head over shoulders, walking waco and pocketing a knife and merchandise. Riveting on the shadows of the puddles, a stray eye behind the dodgy garbage cans, a quick finger (a fast hand) and a deafening thud in the brain of an unlucky tomcat.

The crusade proved unnecessary to the expression of Caligula’s ideas of isolation and exploding perfumes in the eyes and the noses of the unseen, the retinas sprayed with acid tears from glandular smells, the grated phantom-tetrachords dancing obtrusively into his inner ears, the touch gifted with a greater power of assimilation (due to the reduced light conditions) of pleasurable sensations; and the pusher will become rich and the people that are following him will find a job in their belated sterility. Palates of people who reach up with their tongues in pensive parentheses to estimate the height of their cavity, from Alaska to Java, Madrid to Madagascar, Reykjavik to Texas. And the amateur architects could construct feeble buildings without fear of prosecution for fatal accidents – collapsing cement, dislodged joints, denial of consent.

Yes, but Caligula heard the wind whistling eerie tunes after midnight and, exhausted of imagining these parallel worlds, he fell asleep singing back to the wind, in what Caligula thought was the wind’s language.