BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

26.11.11

Indignez-vous de la STM!


Depuis toujours, j’évite de prendre la ligne 45 d’autobus, Papineau. Et ça ne prend pas la tête à celui-ci pour comprendre pourquoi. Au fait, il s’apparente plus à une boîte de sardines qu’à un autobus. Premièrement, parce qu’on est entassés et suintants en dedans, ensuite parce que ça ne bouge pas. Le syndiqué au volant a des instructions de continuer à tasser des gens à l’intérieur du véhicule jusqu’à qu’il ne voie plus son rétroviseur. Quand il démarre, pouvoir débarquer c’est un miracle. Et c’est que, une fois notre place prise, il n’y a plus aucun moyen de bouger, ni vers la sortie ni vers ses poches pour trouver un mouchoir, ou changer de toune – à l’heure de pointe, le transport collectif, c’est toute une chemise de force collective.

Je rencontre des vétérans de la 45. On me dit que ce trajet est toujours encombré, depuis au moins vingt ans, qu’on n’a jamais augmenté la fréquence ni la taille des autobus, qu’on a jamais créé une voie réservée, comme ailleurs au tiers monde, pour s’assurer que l’autobus ne soit pas immobilisé des heures durant dans les embouteillages. Et c’est bien la seule ville où je vois un autobus vide collé au cul d’un autobus plein, l’un un retard, l’autre en avance, sillonnant la même route. Dans le cas de la 45, avec le trafic du pont Jacques-Cartier encombrant inéluctablement son trajet, c’est impossible de comprendre pourquoi rien n’a été fait. Tout ce qu’on a fait, c’est d’augmenter les prix.

À Longueuil-UdS, on n’accepte pas les billets achetés à Montréal. Il faut débourser 3$ et endurer des syndiqués parmi les plus baveux de la planète. La première fois, comme un gros innocent, j’ai été obligé de marcher tout le pont jusqu’au centre-ville, parce que je n’avais pas assez de change, juste un billet acheté à Montréal. Je chignais tout le long de ma promenade. Or, même en lui offrant le billet et les 50 cents supplémentaires, le syndiqué n’a pas voulu me le changer. Sa dégaine m’a enragé au plus haut point. Ceci arrive des dizaines – voire des centaines – de fois par jour. Ils se paient notre gueule, à Longueuil. D’ailleurs toute référence au pont qu’on devra traverser à pied, se solde par deux réponses possibles : soit le classique ce n’est pas moi qui fais les lois ou une constatation officielle que ce n’est pas mon problème.

Une fois, c’est arrivé à une jeune dame juste devant moi dans la file du guichet. Pour ma part, j’étais déjà avisé : j’avais mon trois piasses en main. Pas le choix, j’avais appris the hard way. La dame, c’était sa première fois. Elle était d’une élégance sans pareil, et comme toute femme qui porte du Paloma Picasso, elle s’est gagnée mon empathie sans même se le proposer. Le syndiqué, un colon bleu, lui explique froide et grossièrement la situation. Mais la pauvre femme n’a pas assez de liquide. Elle a tout juste 75 cents et les lui montre, exhibant l’intérieur de son chic portefeuille. La file est longue derrière elle, et elle s’inquiète de retarder des gens. C’est alors que le gars lui lance, avec un sarcasme intolérable :

– Mais tu sors de même de chez toi, sans argent?

La dame ne savait quoi répondre à semblable grossièreté, mais moi si. Des comme ça, j’en mange. J’ai vite décidé d'éviter à la dame le besoin de perdre temporairement son élégance :

– Heille, toé! Tu vas lui parler comme du monde, le syndiqué!

S’est ensuivi un moment de tension extrême où le baveux s’est vu confronté à un miroir, à la fois que j’achetais deux billets, devant l’incrédulité de la jeune dame à qui j'ai offrais le deuxième. Elle m’a remercié avec effusion et m’a donné son billet montréalais, mais je lui ai demandé de garder son 50 cents, question de principes. Quant au syndiqué, j’ai fini en lui lançant :

– Ça paraît en ostie que t’es derrière une vitre. Mais à un moment donné, il va falloir que tu sortes. T’a intérêt à faire attention…

Ce que je vois à Montréal, c’est que les gens ne répliquent pas aux enculés de la STM, ne leur font pas passer des mauvais quarts d’heure, ne leur poussent pas au suicide ni à la réorientation professionnelle dans leurs échanges quotidiens aux guichets. À 3$ le trajet, et en vue des sempiternelles augmentations de prix de chaque nouvel an, ils devraient le faire. J’ai connu les métros de Madrid, de Londres, de Paris, les systèmes de transport de maintes autres villes, et en voyant le réseau de la STM (surtout quand ils s’annoncent meilleur réseau de transport de l’Amérique du Nord en 2010), je n’ai jamais pu éviter pouffer de rire, sauf qu’à l’heure d’acheter un billet c’est beaucoup moins drôle.

Nous avons donc un réseau déficient et trop petit, des autobus trop petits et pas assez fréquents, un manque important de voies réservées, des employés désagréables et hautains qui osent des grèves et qui n’ont pas assez peur de perdre leur job (ni leurs dents), des pannes constantes, des retards, des autobus manquants, des systèmes tarifaires inconsistants, des tarifs carrément trop élevés et un système nocturne presque inexistant. Le tout dans une ville qui se veut cosmopolite et moderne, et où il peut faire – 40°C l’hiver. Entre temps, les autos (trop souvent une personne par auto) engorgent les artères toute la journée puis les ponts deux fois par jour. Entre temps, les cyclistes n’ont pas assez de pistes cyclables, les piétons pas assez de rues piétonnes ni d’espace pour marcher. Les cyclistes se ramassent sur les trottoirs (grrrr!) et les piétons sur le banc de neige.

À quand un péage aux ponts d’accès à l’île pour solutionner tous ces problèmes à la fois? Nous avons les technologies et les idées pour nous situer à l’avant-garde du transport municipal, en vue de l’expansion métropolitaine. Mais nos institutions et nos élus jouent avec les 1 227 604 000 $ du budget de la STM, et ils ont le sang froid de demander du cash pour la guignolée en même temps qu’une augmentation monstre de la CAM (35$ de plus pour celle de Longueuil). Et l’incompétence est de taille : comme la chauffeuse qui a pété la vitre arrière d’un autobus en reculant sur la boîte électrique d’un poteau. Comme beaucoup, lorsqu’ils passent systématiquement sur les rouges (et réussissent à arriver en retard pareil), comme à chaque fois qu’ils appuient sur l’une des pédales à leurs pieds, on a l’étrange sensation qu’ils ont gagné leur permis dans le fond d’une boîte de céréales...

Non, définitivement, à la STM, ils n’ont pas assez peur.

La race tranquille


ce crescendo du métro
arrivant à la station
n’est-ce pas – en
tout classicisme –
une ouverture?



exemplifiez ce sort des damiers
de se définir par alternance
profitez là où il est encore possible
de simplifier l’enjeu : au jeu

l’ossement salue les âges
et se goinfre du calcium des étoiles
il ne vaut rien sans farce
ce crâne zieuté par des crânes

si j’étais fait de roues
greffé du cercle et en équilibre
par le mouvement
je tenterais de m’arrêter

il en est de ces inutiles
qui meurent



il faut préférer
les textes ouverts
aux carcasses éditées



par un faste grec
je me remplis d’adieux aux panneaux
conçois les arcs comme une préhistoire
un style en croix
blanchâtre et féroce

les os sans renfort
flâneurs de pluie nous espionnent
d’avoir su piller l’ombre à parfaire
j’aurais été en mesure de dire
combien

être la race tranquille
demande quand-même un courage discret
la pratique et la jouissance
le front tenace de Frontenac
qui crie contre-courant à décibel perdu



l’arbre impossible
se défeuille aussi
par gêne et par froid
par souci de réalité

Afilamiento


no me toques ni me fosilices
no me conviertas en grito
cuántos embudos hay
con la lana se apega
la amargura fuerte
de cuatro costados
las madalenas plateadas
tambaleando de las niñas
del ojo tierno azotado
por las turbulencias
de un siroco hambriento
nunca se debe ser tan matinal
ni tener el cerrojo tan cerca
del orinal cierto que las papilas
se queman con el guiso
recalentado demasiado espeso
para el paladar nuevo
y la vecina de siempre lleva años
golpeando la cuchilla de afeitar
en los azulejos de la bañera
para extirpar los pelillos del filo
al filo de sus depilaciones
hermanos hermanas
no me seáis hoy infieles
a orejas cerradas
aunque bien el capullo
se cierre de noche
y sirva para la emancipación
de las estalagmitas
nadie ha pedido los magistrados
y el juicio nadie ha perdido
los pelajes de los jueces
asentados en los libros gruesos
y el misterio perdura
en trampas de aceite
terciopelo de naranjos al cubo
arengas democráticas para el bostezo
con portento estridente
y cita a ciegas sin tener
que perderse los cuartos de final
ni el final de tres cuartos
por orinar en la zona gris
con posibilidad de objeción
a su señora que no me frustre
el mérito de haberle dado
un hostión al espejo
con densidad propia a la mano
que no sangra y a la fuerza
que no muta de ánimo
u forma

24.11.11

Guerra al Chupi Chupi


Durante mucho tiempo, pensé seriamente que ningún gobierno iba a intervenir, que se iba a permitir esta broma de mal gusto que se le está haciendo a la música latinoamericana sin rechistar siquiera. Y al final no ha sido Tipper Gore la que ha salido escandalizada, arrastrando con ella al Partido Republicano estadounidense hasta conseguir la censura total. No, han sido los comunistas cubanos, aquellos dinosaurios que parecen estar en el mal siglo con cada una de las torpezas políticas que cometen. Y es que han dado en la diana como nadie. Lo malo es que, con la poca credibilidad que tienen, todos estos argumentos se pueden venir abajo con todo el artesonado. En fin, al menos alguien ha dicho lo que yo quería oír. No, si al final voy a acabar de izquierdas, vaya cosa...

Así va la leyenda: el diario Granma, legendario periódico del partido comunista cubano, ha publicado este artículo denunciando la baja calidad así como la popularidad de un éxito reciente de reggeton llamado Chupi Chupi. El tío que la perpetra se llama Osmani, que rima con cani, y tiene el mismo brillo en los ojos que una vaca lechera. (A veces veo a tíos así en la calle y me dan ganas de eugenizarlos, por pura democracia. Yo soy de los que creen que los canis desean ser sodomizados violentamente, pero que son demasiado tontos para darse cuenta. En todo caso, es lo que se merecen.)

Resulta imposible escoger una cita del artículo del Granma, siendo tan crucial e acertada cada una de sus frases e ideas que sería necesario reproducirlo al completo (vivan los hipervínculos). Pero de caber resaltar una, sería sin duda aquella de: Promover manifestaciones tan inadecuadas como las que nos ocupan, significa regresar a instintos pre-humanos, contra los cuales lo mejor de la humanidad está luchando desde hace siglos. Así es: el reggeton es para subhumanos, cromañones y gente atrofiada por las drogas artificiales.

Yo también fui joven, y no quiere decir que ahora sea viejo. Si hay alguien progresista y revolucionario, con ansias de pionero y las pilas puestas para el futuro, ese soy yo. Pero esto que escuchan muchos jóvenes hoy en día, aunque suene calcado de un carca de cada generación: es una verdadera porquería. Desde el punto de vista de la música profesional como amateur, y considerando todos los avances de la música bailable o popular que se han hecho desde hace un siglo, solo se pueden analizar estos reggeton, champeta, crunk, etc. como regresiones desde la música hasta el ruido que la engendró. Es decir, se ha vuelto a la cueva musicalmente. Y los textos, con su sexismo categórico y vulgaridad banal, tampoco van más allá de la Edad de Piedra.

Esto es un peligro mucho más para la cultura latinoamericana que para la norteamericana, que ya casi está muerta, y cuya única riqueza será el abono que dejé al palmarla. Resulta inaudito que un continente, y sobre todo esa isla, que son monumentos vivos del mestizaje musical, de la riqueza, de la sutileza, del erotismo artísticamente profundo, del color, del dinamismo, de la polimetría (rítmica en cruz), de todo esto, plasmado magistralmente en la música de todo un pueblo, parece inaudito, digo, que caiga víctima de esta ola infecta. A mí me parecía que aquella cultura, por ser rica y fuerte, diversificada, no tendría razones de pasarse al enemigo.

Cuba ya no es un país tan dictatorial como lo fue. La prueba es que han dicho que no van a prohibir la canción; está claro que han aprendido que todo lo que se prohíbe se hace más fuerte. Abel Prieto, el ministro de cultura, ha afirmado que se luchará contra esa moda con toda la tradición musical cubana. Eso es lo que diría una persona sensata, como la ilustre musicóloga que escribió el artículo. Pero esa parte mía que no es sensata y que ha odiado a los canis desde que aparecieron disfrutaría enormemente de ver como todo el peso de la ley de un país se abate sobre estos artistas de pacotilla y sus zombis de turno. Y ya puestos, si en Jamaica alguno acribilla al Sean Paul y a toda la panda de homófobos hijos de puta que secuestran las radios con su flow mongoloide sin saber escribir una sola nota, nos van a hacer un favor a muchos tímpanos del mundo.

Siempre lo dije: dictadura artística. Imponer el arte al pueblo es esencial porque, sin lineas directivas: ¿qué escucha el pueblo? ¿qué lee el pueblo? ¿qué hace el pueblo?... Este reggeton es peor que Céline Dion: los carrozas al menos no hablan de violar a mujeres en sus canciones, y a Céline no le hace falta un vocoder. Este reggeton, y (casi) todo el hip-hop, es un excremento adinerado que nos embuchan a ciento veinte cucharadas por minuto, y que poco tiene que ver con la μουσική (el arte de las musas). Hay que cargárselo como sea, y estoy en ello. Probablemente no veré el fin de mi labor, pero sé que no estoy solo. Y ganaremos. Músicos del mundo: uníos contra esta ignominia. No toleraré un segundo más que se destroce un legado ancestral desde Guido d’Arezzo hasta Tito Puente, con tres gamberros y sus botoncitos.

Os declaro la guerra.

23.11.11

Indigneigement

n.m. action de déloger les Indignés sous prétexte de déneigement.

Le maire Tremblay sue. Il est au 99%. Le chauffage de la mairie est au max. Les tasses de café refroidi s’accumulent sur la table de conférence à n'en plus finir, et on demande vite à Manon de venir les débarrasser. Dehors, le duvet de neige devient une moustache tunisienne poivre-et-sel. Autour de la table, se massent impatiemment les représentants des forces publiques municipales : police, pompiers, intervenants sociaux, et d’autres personnages moins connus du grand public. Ils ont déployé une énorme carte du centre-ville où les ruelles font deux centimètres. Au vent, ça plane certain. Ils la prennent maladroitement à plusieurs pour l’étendre sur la table, libérée après le passage de Manon.

Ça fait des heures qu’ils sont là, excepté quand ils vont fumer dans l’escalier de service. Tremblay regarde par la fenêtre – bientôt, Noël, les cadeaux, les fêtes, les vacances : il faut boucler. Tous attendent. Il sait qu’il manque les gonades d’autres grands maires émérites, mais c’est sa force : il gouverne par l’ingouvernance depuis plus de dix ans. Il a toujours su gérer très efficacement son incompétence et celle de son cabinet. La crise qu’il affronte à présent exige de lui, a contrario, une décision claire, et ceci le rend extrêmement nerveux. Il presse ses aides de trouver des alternatives pour gérer la crise sans intervention.

Voyant la neige tomber avec plus de décision qu’il n’en a eue en dix ans, Tremblay se croit à bout de forces, à bout d’arguments, et considère soudain, dans son for intérieur, la démission immédiate, comme un dernier recours pour protéger sa neutralité de volonté. Mais la pensée l’effleure alors en voyant la neige, comme une bouée de sauvetage, à la rescousse de son prochain mandat :

– Messieurs, mesdames : voilà notre prétexte! Nous devons déneiger la ville, ce sera donc pour leur sécurité qu’on leur priera de partir avant que la déneigeuse elle ne passe! On leur dira qu’on ne veut pas leur faire bobo!
– Excellente idée, monsieur le maire!
– Bravo, hourra!
– Le prochain mandat sera nôtre!
– Vive l’escouade GAMMA! [sic]

Pendant la tempête, au campement des indignés, square Victoria, les tentes se réchauffent par des moyens humains à la disposition de tous. Le camp a périclité notoirement, en aspect et en karma, dans ces dernières semaines. Ce ne sont pas uniquement certains itinérants, c’est juste la subsistance de certaines mentalités. Mais le camp n’est pas le mouvement, et le mouvement n’est pas les mouvances qui le composent. Comme les poissons dans le courant, la terre tourne à trente mille mètres par seconde et personne ne s’en rend pas compte. Penser qu’on ose parler de quiétude sur quelques contrées de cette planète qui est un bolide spatial. Ainsi ce mouvement, qui n’en est pas un. Ainsi cette tendance, qui n’en est pas une.

Pour beaucoup, la contestation est un mode post-adolescente à abandonner dès que la relation amoureuse coagule pendant plus que trois ans, ou en cas d’études supérieures ou de job nécessitant la vente de son âme à Amazon. Il y en a qui en font de la politique. Ça me révolte de voir des drapeaux communistes dans toutes les manifs, et surtout chez les indignés. Les médias n’arrêtent plus de dire que ça vient de NY, d’Occupy Wall Street. Ç’en est une pâle copie d’une pâle copie, blanchie maintenant par la neige. Je suis de moins en moins indigné qu’on ne dise pas que ça vient de l’Espagne, et que c’est supposé être lié au Printemps Arabe. Peu importe, ce sera la job des geeks derrière Wikipédia, les moines des codex futurs.

Est-ce qu’on va être capable de trouver le message? Ce fameux message dont tout le monde parle et que je n’ai pas encore dégusté? Ici les gens sont trop pissous pour être leaders, et ceux qui veulent l’être sont trop souvent ineptes, ignorants ou malintentionnés, ou bien encore tous les trois ensemble. Aussi, et voilà le drame, de Riopelle à Julie Tzschneider (rofl), les vrais leaders s’en câlissent net. Et si vous lisez ce blog régulièrement vous aurez vu comment ma déception fait de plus en plus place à ma défection. Espérons qu’il n’y ait pas trop de défécation sur ma tête…

Alors, oui. Quelques-uns sont crissement à veille de se faire tasser. Il faut croire que les ambulanciers (les ambulanciers ont toujours raison) ont peur d’avoir des morts par hypothermie sur la conscience. On parle pas de Madrid ici, où l’hiver il fait autour de 0°C. On parle de husky et d’alcoolisme et d’engelure congénitale. Faut pas niaiser avec la poque. Il y avait un monsieur qui commentait sagement sur Radio-Canne : Je m’Occupe, Montréal ou quelque chose de semblable. Génial. Je m’occupe en tabarnak. Mais en dedans, là où mes doigts peuvent encore bouger pour faire du travail utile.

Mais – et voici la grand trait qui me différencie de la majorité des indignés montréalais au-delà du pédantisme – mes occupations sont pertinentes, durables et bénéficieront à une majorité, si non pas maintenant, un jour. Mes occupations, dont, bien évidemment, la tenue presqu’universellement ignorée de ce blog, sont à caractère créateur sans compromis possible. Quiconque s’y oppose, à ma création, a bien tout droit de la contester et de s’en abstenir. Par contre, celui ou celle qui cherche à empêcher ma création, comme le gouvernement Harper ou Charest, comme le Conservatoire de Musique de Montréal, comme tant d’autres institutions et individus, celui ou celle-là, c’est mon ennemi.

À eux je dis, par cette citation pas rapport (aucun rapport) de la Bible qui – à travers la liberté d’expression – me protège de leurs lois : 1 Samuel 17 :46. Amen. Que commence l’indigneigement. Que commence votre vie d’indigné, votre sommeil d’indigné, votre métastase de l’indignation. Indignez-vous vraiment, parce que sinon, c’est tellement mièvre que ça pue au nez. L’autre jour, les employés de McGill ont manifesté sur Ste Catherine, paralysant plusieurs trajets d’autobus municipaux. J’étais dans l’un de ces autobus immobilisés, quand un bonhomme âgé, tout courbé et chargé de sacs d’épicerie, rustique comme une Sagouine, a demandé tout sérieux à la chauffeuse :

– Késsé çâ? Encore les insatisfaits?

Chapeau.

La pura nieve de los copones


Ayer me encontré con dos madrileños en el metro de Montreal. Me llama siempre la atención oír el acento aquí, y casi siempre intervengo brevemente para saludar. Casi siempre también, se quedan un poco de piedra porque no se esperan ver a un compatriota tan arraigado. Normalmente están de vacaciones, o estudiando empresariales. Estos estaban estudiando empresariales. Saltó, claro está, la pregunta típica:

– ¿Cuánto tiempo llevas aquí?
– Demasiado, contesté como de costumbre.

Y es que, sin darme cuenta (o más bien dándome cuenta, lo que es peor), he cumplido trece años de exilio. La noche misma de esta conversación espontánea en el transporte urbano – zasca (y rasca), el primer nevadón. Esta mañana hasta el gato quiere quedarse adentro. De nuevo nos tocan vivir sendos meses interminables de frío, viento, hielo, nieve, granizo y anocheceres a las cuatro de la tarde. No puedo ocultar que la llegada de esta estación me deprime siempre al máximo. A veces, lloro, y no es por el viento.

Aquí, durante esos meses, cualquier animal con sangre latina queda sumido en una pequeña muerte. Y es que hacen falta varios años de experiencia para saber afrontar con propiedad los rigores del invierno canadiense. Cómo abrigarse, aprender a caminar sobre el hielo negro (aquel en el que todos deslizan y al fin Rousseau tiene razón), a saltar por encima de los charcos congelados, a soportar el crac-crac-crac de la nieve bajo nuestros pasos (peor que uñas rasgando la pizarra), o el raspado de las palas mecánicas apilando la nieve en la madrugada, a prever media hora más en todo desplazamiento – todas estas cuestiones tan poco apasionantes resultan vitales en estas tierras.

Por eso les pregunté a los de Madriz:

– ¿Ya habéis pasado un invierno de los de aquí?
– No…
– Pues os vais a cagar…

Cada invierno, cada primera nevada, lo mismo – voy insultando la nieve por la calle, en español. ¿Qué me importa a mí que me miren como a un loco, todos estos locos que disfrutan de la nieve? Y es que solo he logrado vivir el invierno como un castigo, como un sacrificio impuesto cuya primavera no es más que una redención temporaria. Cada año me juro a mí mismo no pasar un solo invierno más en Canadá. Y cuando, con profunda abnegación, constato que aún estoy aquí, bajo pilas de nieve infranqueables, me prometo al menos que no moriré aquí. Nacer aquí, y durante la peor tormenta del invierno en que vine al mundo, ya es bastante cruz.

Pero no es lo mismo para muchos canadienses que llevan el invierno en la sangre desde hace muchas generaciones. En cuanto nieva, salen a jugar de niños, a esquiar de mayores, y les encanta, y se lo pasan pipa, y no dejan de repetir lo saludable que es el aire frío para los pulmones, para la piel y la circulación sanguínea.

Me parece muy bien, pero por más que me ponga dos pares de guantes, calcetos de lana, gorro de lana, calzoncillos largos, jerseys, unas botas hi-tech, y un anorak concebido para el ártico (no tan lejano), a mí se me hiela la sangre cuando salgo. Los ojos me lloran sin tregua, los mocos se me congelan en las ventanas de la naricilla, que se me pega al interior de la bufanda, y si estoy fuera demasiado tiempo, me toca sufrir unos sabañones épicos, a pesar de todas las precauciones que tomo.

Difícil considerar, entonces, que el invierno no sea un castigo. Siempre hablan del infierno como un lugar ardiente, donde las llamas eternas lo queman a uno. Pero habría que considerar lo contrario, y es que el infierno sea un lugar helado, donde – como aquí – el sol brille sin fuerza alguna, cual un espejismo. Infierno e invierno: tan solo una letra de diferencia, y que, especialmente en una lengua extranjera, puede sonar tan parecida…

21.11.11

Música cani en Génova 13


Los directores de campaña del PP ya pueden volver de sus vacaciones; el problema es que ahora hay que gobernar. Aparte de los caramelitos, de inspiración cuentista, no han tenido que hacer nada para ganar estas elecciones. Ahora sí, ahora toca, y se les va a ver el plumero (y el euro y el águila real). Y así es que la mala gestión de los inútiles ha abierto la puerta a una raza mucho más peligrosa, ya sin la torpeza del funcionario: son ellos. Los pijos, hijos de grises, quijotescos a 120 BPM, que estaban allí en Génova 13, con un chiringuito montado con la pandereta y el vocoder de los canis, de los tontos y de los americanizados… ¿Con que son estos los que han ganado? ¿Pero de dónde los sacan? ¿Del rave del Valle de los Caídos?

Así recibían estos esbirros del poder oscuro a su nuevo presidente, a las 22h 55:

Eh…eh…socialista el que no bote…eh…eh…


Pues yo, de socialista nada, y no boto, no. Ni con vuestra susodicha música, que se aparenta más a un ambiente de puticlub financiado por la mafia, ni con vuestra mayoría absoluta. Ni boto, ni voto, ni estoy en la foto. España es ingobernable. España es cuna de lo cutre, de lo cutre católico como de lo cutre anarquista, como del Cutrelux, con toda su morbosidad. El desliz del debate, protagonizado lamentablemente por Rubalcaba, es la mejor prueba de que todos estos chorizos son los mismos, y que llevan todos el mismo guión:

Ahora es usted el que mi-en-te….
Le interrumpo – de corregir el ganador.

Lo que hay, como siempre en España, es mucho gilipollas. Mucho tonto que sigue votando. Pero algunos han comprendido: 2,16% menos de participación. Tampoco se puede esperar que todo el mundo comprenda todo el peso de su vida y de lo que tiene alrededor. Estamos muy mal hechos, uno por uno, los humanos – nuestra fuerza es nuestra pluralidad. Desgraciadamente, España ha sido siempre, en su historia, el escenario a la vez del éxito y de la falla total de esa pluralidad. Hoy se reitera esa historia.

No es por nada, y ya lo dijo este auctor, pero no se escogió sin motivos un 20-N, fecha negra de la derecha española, para esta elección tan decisiva. 75 años del 36 (Primo de Rivera), 36 años del 75 (Franco): demasiadas coincidencias, al menos este escalofrío funciona. Si se compara con lo que está haciendo la derecha europea, todo concuerda, y en EE UU seguirá la tendencia y, tal y como los indignados inspiraron Occupy Wall Street y sus sucursales, esta fragmentación fatal de la izquierda hará caer a Obama con resultados muy peligrosos: Irán, entre otros.

Ya en Canadá, en las últimas elecciones, hubo un panorama similar: se hundió la centroizquierda, y la derecha del Partido Conservador, calcada del Tea Party, se hizo con una mayoría absoluta. Más y más elecciones se concluyen con resultados asombrosamente parecidos. ¿Complot? Sí, pero no electoral. La gente sigue votando estúpidamente, y son sus vidas las que han sido alteradas, por el consumo, la tele, los productos, la vida industrializada, etc. Si se puede cambiar a una persona, se cambia su voto….

Por eso se nos educa, desde tan jóvenes, hacia esta catástrofe del pluralismo, en vez de dar aliento a la inspiración colectiva, algo que los revoltosos sabemos hacer muy bien. Los culpables de esto son los mismos que perpetraron la LOGSE, que ahora se quejan de que los indignados no traen ideas nuevas y que son todos unos mindundis.

Así que a meditar sobre lo que dijo Berlanga y otras cuantas quijotadas de estas que nos suelen definir; que si hay guerra, no me toméis por Hemingway ahora que no hay bous. Tampoco iré a abrir una PYME. Me interesa más el conflicto de las palabras: el que puedo generar con la distancia y el tiempo necesarios para su inflorescencia. Eso de la Gran España todavía no lo había dicho nadie en democracia: a saber lo que quiere decir Rajoy, si es que no nos raja hoy…

Y es verdad que el Valle de los Caídos debía de estar vacío en este 20-N. Por una vez; la peor. Mejor hubiera sido que faltasen el año pasado y fuesen este. La prueba ha sido la hedionda pancarta, enorme, por cierto, que tronaba en Génova 13, durante el discurso de Rajoy. En ella, escrita con grima y sin gusto, porque así es la cosa, se podía leer:

Ni con 16 ni con 18. Aborto Abolición.

Los que faltaban. Los anti-aborto. ¿A que eran los que acudieron masivamente a Madrid a ponerse pedo para ver al Benedicto de los tabarros, el ksvi, que lo llamo yo, que por estas ya está tan tieso y motorizado como su predecesor? Ya se ve por qué camino nos van a llevar estos chorizos, en alas del voto de tanto gamberro descerebrado. Y no lo digo por socialismo. Más bien por apego a los derechos civiles.

Uno no puede ser profeta en su país. Por eso mismo, por mi exilio ya prolongado, me he convertido en profeta español, y no es coña, ni droga. A ver cuando llega aquí RTVE Internacional a dar crédito a mi exilio, a ver cuándo habrá un gobierno que reconozca que yo soy cojonudo. Mientras tanto, me desdoblo de la política como origami libre, y yunque o martillo sigo escribiendo, y a veces me da morrinha. Y a Mourinho también, toma ya. Y a Espinete…

Juro nunca abandonar el castellano como lengua de expresión.

11.11.11

111111


Hoy estamos sobrados de onces, situación capicúa por excelencia. Habrá que esperar cien años para poder escribir, legal y coherentemente, semejante retahíla de palotes en calidad de fecha. Se desprende del once mucho tarot, mucho simbolismo de la conspiración. Número primo sexy, de segundos del primer vuelo, de apóstoles tras el beso de Judas, del sodio, maestro, de salvas en funerales militares estadounidenses, de la hoja de arce de la bandera canadiense y de la base geométrica de su dólar así como de la estatua de la Libertad, infinito en euskera – el once es único y sorprendente. También obsesiona a los arquitectos del nuevo mundo, que firman a menudo con esta cifra sus perpetraciones.

11 de noviembre de 1811: independencia de Cartagena de Indias, segunda ciudad en hacerlo solo tras Caracas. Ahora Bolívar no es más que un nombre al que se le ha arrebatado la rareza del diamante que otrora le animara, Bolívar es una moneda devaluada, un aeropuerto, un colegio, un estadio, una recuperación más. Doscientos años de ilusión al dente, prensada por Cristos criollos a punta de machete. El hambre se dispara: el hombre dispara. Tanta muralla para protegernos de los depredadores del exterior, cuando resulta que éramos caníbales, y que el peligro radicaba adentro. 11 de noviembre: el cumpleaños de Dostoievski.

Me haría falta un papel, como el acta de Gobierno que los hermanos Piñeres y el Tuerto Muñoz hicieron firmar a los representantes de la corona española. Y con esto ya depondría yo a varios. Lo que hace falta es menos mafia mundial, menos moralización, menos crucecitas y un poco más de cultura. Solo con un poco ya habría diferencia. Y es que llegamos al día en que esta obsesión del siglo incipiente que llevamos acuestas como Sísifo (los que podemos) se inmola en su repetición esotérica de un número: el de los ciegos. Llega el 111111, como un tren nuevo y reluciente de las ilusiones de tantos gilipollas. Siete billones: ya llego el otro día un bebé que no lo sabía. Es que no nos morimos a un ritmo suficiente para equilibrar la tasa de natalidad. Somos el 500% (crisis de la vivienda en Groenlandia).

Me pongo nervioso cuando vuelo y los colores se disparan. Es un desastre arquitectónico. Y los velos se alzan entre intemperies para ver las arrugas del profeta. Vuelvo atrás entre los fogonazos de los alzados y esbozo un tumulto en mi retina. Todo se puede. Hasta anidar en los deseos de los otros. Hasta vivir sin miedo. Todo son proyectiles ardiendo que rayan el curso del zumbido. Creo entrever la podredumbre y la hinchazón en el vestigio de los vivos. Pero de tanto polvo alzado y de tanta cumbre evitada se puede lograr la erradicación de la anemia de tantos cerebros y el retroceso de la oscuridad que nos acecha.

Nicotina y algodón médico, para desangrarme con dignidad entre pasillos de indiferencia y vómito. De tanto fulgor y tanto ancestro se me caído el pelo. Cuando acabéis de cobrarme el mundo que os he preparado, dejad al menos una propina, no sea que os propine un guantazo, y ya sin guante. Con la angustia salen alas, y todos los hálitos de un pueblo erguido. Hay mucho escupidero público, y mucho merecedor de escupitajo. Aunque ya van siendo menos. Que se note que de tanto uno, nos va a salir un afán de comenzar. Y con ese afán en marcha, todo apunta a que algo acabará por comenzarse.

Todos se han puesto de acuerdo: la amenaza del tiempo, en toda su artificialidad judeo-cristiana, se ha convertido en un espectro real, peor que el de Marx. Ya casi está hirviendo la marmita, se ha estado cociendo en su sopa, su juguito de raíces diversas y de románticos cabreos. Por eso he cambiado mi máscara, soy el contrario de Anonymous. Yo lucho con mi cara. No soy el pueblo, el pueblo huele mal. Me han herido los calzones, entre arroces tibios que crujen al salir del altar del microondas. Hoy, hasta cierran las pirámides de Keops, por superstición en avanzado estado de monoteísmo. ¡Dios suyo, lo que he podido estar comiendo, carne y gritos!

De profesión: profeta, mejor que tú, vaticinio y rompecanis, pagafantas y soplapollas (se hace lo que se puede), mindundi y perroflauta (gatotuba, zorrofagot, amebabocina, pezvioladagamba,…), escandalizando imbéciles gratuitamente, sofismo o muerte, en fin soberbio ejemplar de humano neológico, barbarismos y grandeza casados por mi vilo cada noche, humanidad, por ti, tres kilos de patatas, no salir los viernes, renunciar al pedazo de trama Gürtel que enturbia la leche de mis cereales, y a tanto heterosexual decepcionante. Puto mundo. No apaguéis la luz, que tengo que revisar estrategias para que sobreviva el saber. Aunque el saber duerme. No lo despertéis.

24.10.11

Balada de Juan Roa


¿y a ti quién te pagó Juan Roa
desfigurado por un enjambre
de pies sucios y cañones?

entre brazos turbios te arrancaron la lengua
con que narrar el insólito Eldorado
y se derramó aguardiente enrojecido

por las callejuelas entre fogonazos
la estilización del antiamericanismo
nació esa noche de una borrachera cachaca

por allí estaban Gabo y Fidel
con violentas hogueras y saqueo se moldearon
varios líderes mórbidos del futuro

¿y a ti quién te pagó Juan Roa
emaciado por la turba empotrada
buscando asilo en una farmacia?

con tu boca sellada se abre el enigma
y duermen en abismos los súbditos de los siglos
flaquean las esperanzas de autonomía

y crece el Cristo tétrico allí encaramado
en lo alto de cada cama y presidiendo
cada hazaña incursa de los genuflexos

la imagen es enternecedora pero no compra
el pan ni paga la luz y con la noche incendiada
se carbonizan los preceptos de la tregua

¿y a ti quién te pagó Juan Roa
con los dólares manchados de la tierra
de tu madre llorando ante el transistor?

lamentar el hambre no es suficiente pues
con cada energúmeno que bebe Coca-Cola™
fosforece el imperio y relucen sus armas

los senderos ancestrales han sucumbido
a la grotesca imposición de la dependencia
y a un abuso cada vez más grande y voraz

y América Latina con ese nombre tan
lamentablemente europeo
aun se quiere lavar de pecados que no existen

¿y a ti quién te pagó Juan Roa
para que arrebataras el futuro a un hombre
y a todo un pueblo?

23.10.11

Le hip-hop a tué Kadhafi


La subtilité des symboles médiatisés est telle qu’on a abouti au domaine du subliminal voilà des décennies. À ce sujet, remarquons la casquette des Yankees qu’arbore le jeune qu’aurait capturé Kadhafi, son chandail Love en plein milieu d’une tuerie. À chaque jour, le tour du monde, on voit des immigrants casquettés tout comme lui qui abandonnent la beauté de leurs habits et coutumes pour disparaître derrière une façade hip-hop importée du Pentagone. J’avais cru comprendre que ces jeunes essayaient de développer un sentiment d’appartenance à la nouvelle pseudo-culture dans leur pays d’adoption, et abdiquaient donc à toute l’autochtonie de leur sang. Mais ce dernier tour est résolument sinistre : ils adoptent le hip-hop à l’étranger, le font leur, et luttent pour le Pentagone. Le pire, ce qu’ils croient être des rebelles en lutte contre le système…

Mohammed Al-Bibi, qu’il s’appelle, le p’tit christ sans Christ. On l’a promené en héros autour de la ville de Syrte, à épaules des rebelles, le revolver en or de Kadhafi à la main comme preuve de sa capture. Il vit son quart d’heure de gloire avec la sacrée casquette des Yankees planquée sur la tête, à la vue de la planète entière. Tabarnak : comment ils font, ces étatsuniens, pour s’immiscer partout? N’est-il pas assez clair, le message, que ce sont les américains qui ont financé, avec l’OTAN, toute cette guerre? N’est-il pas assez clair que la victoire appartient aux consommateurs, que c’est le mode de vie qui a sérialisé les casquettes qui a gagné? C’est assez triste, mais Kadhafi avait averti, des mois durant, qu’il existait une conspiration étrangère contre son régime; je n’en ai pas douté un seul instant.

Les photos des rebelles, massés autour du cadavre du dictateur, munis de casquettes, de american paraphernalia, les hordes de téléphones cellulaires dernier cri qu’ils utilisent pour photographier le corps ensanglanté, avec toute la morbidité technologique qui correspond à un tel geste – tous ces détails me font vraiment douter du nouveau régime. On les voit célébrer à la télé : « Allahou akbar… », comme des sauvages, et ils n’inspirent pas exactement la confiance. On peut s’attendre à un recul fondamentaliste de la Lybie, avec ces acteurs, ainsi qu’à une attitude conciliatrice avec l’influence Yankee; bref, une nouvelle Arabie Saoudite, avec ses propres pantins instaurés en République

Et ce petit gars à casquette…sait-il qu’on l’utilise? Qu’il est l’image jeune, branchée, occidentalisante, marketable, de cette victoire? Qu’il cache, avec ses vingt ans, sa casquette et son sourire diaphane, la répression qui commence aujourd’hui, jour de la proclamation? Apprendra-t-il que trop tard sa duperie, le verra-t-on au Parc Lafontaine bientôt, nourrissant les pigeons, balbutiant l’anglais et le français avec son nouveau passeport? Reuters reviendra-t-elle pour l’interviewer, poster boy de la révolution Libyenne, 25 ans plus tard, pour le retrouver adulte et déçu, chômeur à Syrte ou à Tripoli? Pour l’instant, les Yankees ont remarqué son port de logo, et ont mordu l’hameçon en sympathisant : des articles se succèdent au sujet dans la presse étatsunienne. Un franc sucess story, pas si caché que ça.

Et c’est comme ça que le hip-hop a tué Kadhafi. Et déferleront en Lybie tous les symboles du poison des masses, sous ses multiples déguisements médiatiques et culturels, qui sévissent aujourd’hui en Occident. Nous faisons tous partie de la même expérience d’uniformisation planétaire, sous le couvercle de la globalisation. La démocratie qu’on croit exporter en fomentant ces guerres n’est qu’un prétexte pour l’abêtissement de l’espèce humaine. Pour Al-Bibi, porter une casquette américaine représente beaucoup de choses positives, de libertés acquises, de droits reconquis, et c’est probablement avec une innocence illimitée qu’il arbore le symbole du mal avec autant de fierté que le revolver doré. C’est seulement qu’il s’est fait avoir, comme tous nos banlieusards à casquette et ceinture aux genoux. Et avec lui, tout son peuple.

Mes respects à la Lybie.

21.10.11

Kadhafi, mon chat et les Indignés de Montréal

(Photo: Wikipedia)

Je vous le dis qu’aujourd’hui, mon chat n’a rien mangé. C’est peut-être que, dans ma tête, mes opinions ont fait 180°; peut-être que Kadhafi a été tué à Syrte, qu’on a revu le lynchage de Mussolini par blackberry; peut-être que c’est la fin du conflit armé basque, le désarmement de l’ETA; peut-être que Charest a enfin nommé une commission d’enquête sur la construction, une commission absolument inutile puisque la comparution y est volontaire; peut-être que c’est l’annonce de coupures aux commissions scolaires, par la ministre Beauchamp; peut-être aussi qu’il y a eu une tentative de viol mercredi soir pendant l’occupation du Square Victoria.

Le chroniqueur Alex Jones affirme qu’on vise à éliminer 99% des humains à travers un virus létal. Nous sommes le 99%. Je sais qu’Alex Jones est vraiment chrétien et ça me démange, ses hypothèses conspirationnistes à saveur de feuilleton et de preacher, mais aujourd’hui je kiffe sa théorie. C’est que tout a du sens sous la perspective d’une grandeur-nature, d’un jeu de rôle mondial; quelque chose me dit qu’on s’apprête à détruire la gauche et la droite à tout jamais, et que tout ce qui s’est passé en cette journée est intimement relié. Peu importe ce qu’on fasse, ils risquent de nous exterminer maintenant qu’ils ont tout le ADN répertorié.

Nous pensons, dupes, que toute cette vague de contestation empêche le nouvel ordre de s’établir. Ma synapse de la journée me porte à une nouvelle conclusion : la contestation aussi faisait partie du plan. Le but du printemps arabe? De récupérer le pétrole et les aquifères de la Lybie et de neutraliser le pouvoir des médias sociaux, de trouver de nouveaux terrains d’exploitation. Le but d’exporter le printemps arabe? En Europe, de permettre son islamisation commercialisable et la chute de ses pouvoirs classiques; en Amérique, de justifier le renforcement du statu quo.

Bien que de plus en plus de tentes soient installées devant la Tour de la Bourse, je ne peux – après cinq jours de fréquentation – qu’être déçu. Pour emprunter l’expression d’un ami : c’est un safari urbain; en effet, de nombreux visiteurs et même quelques japonais munis de caméras de poche font le tour des lieux sans toutefois participer. On n’y trouve, mis à part quelques présences sporadiques comme celle d’Armand Vaillancourt, aucun artiste professionnel. Aucun poète, juste du slam, des jams d’amateurs heureux. Il est où l’appui de tant de déçus issus de tous les milieux? Où sont les foutus syndicats (voilà la gauche moderne)? Et la grève étudiante, quoi?

Excusez-moi, mais je fais beaucoup plus de mal à ce système abusif chez moi, dans mes cercles sociaux, quand je joue, quand je lis, et surtout quand je crée. Depuis que j’occupe Montréal, je ne m’occupe plus de ma Sonate GAMMA, op. 41, pour cor et piano, ni de mes deux romans, chacun en une langue, ni de ce blog, ni de mon chat (oui, l’animal, pas la jasette). Je vous disais donc qu’il n’a rien mangé aujourd’hui; l’assiette et le bol étaient intouchés depuis mon départ de la maison…

Avoir des AGs de quatre heures où n’importe quelLE idiotE (voilà la démocratie, n’est-ce pas?) peut embourber, malmener ou ralentir le processus décisionnel en intervenant, ce n’est que recréer les parlements, sénats et autres structures du pouvoir que nous dénonçons. Une infirmière a réussi à faire passer une loi proto-fasciste qui empêchait de fumer dans les AGs, qui se déroulent pourtant à l’air libre; franchement, une remarque polie aurait suffi à faire éteindre ma cigarette, pas besoin d’instaurer une loi que le pouvoir que nous dénonçons n’a même pas songé à appliquer. Sérieusement, quelle perte de temps et d’énergiiiiiiiiiiiiiiie (que ça criait comme dans un Rainbow).

Sortons les fleurs des pots, (comme peut se lire sur l’une des pancartes) et elles crèveront. Ce genre de slogan appartient à une poésie pauvre, à un art mauvais, à une esthétique avariée, à des critères sans références. Le manque de feu, de beauté ou de talent n’a strictement rien à voir avec la jeunesse. Ce camp de réfugiés, insalubre et précaire, cet âge de pierre, n’est pas la seule façon – et surtout pas la plus efficace – de combattre le capitalisme. Ça me donne une envie folle de rendre service (encore) à GAMMA (non, merci, je ne veux pas travailler pour vous) en crashant l’occupation Montréalaise : trop mièvre, pas assez folle-utile, pas assez folle-éduquée, pas assez explosante-fixe (André Breton), que du CÉGEP et des phautes d’ortografe [sic].

Faire partie d’une élite artistique puis désirer en même temps la mort du système, c’est d’être pris en sandwich. Ni gauche, ni droite. La plupart de nos indignés ont besoin d’être éduqués dans l’intuition et dans l’histoire de l’art avant de concevoir la lutte; ils et elles n’ont souvent pas saisi la nature du duende. Samedi, dimanche, j’ai vu des appuis de la contre-culture; leurs nombres diminuent, je crains n’être le prochain. À leur place, commence à s’installer une croûte opportuniste qui, comme des limaces, mangera les bonnes plantes.

Jacques Marier, un lecteur de Radio-Canne, suggérait qu’on occupe aussi « la maison symphonique, i.e, l'archétype de la classe des parvenus et le son est si beau ». Nous serions, à date, deux compositeurs à vouloir s’y asseoir en permanence (en plus, c’est chaud); je doute qu’on comprenne que c’est une occupation. Si ce n’était du foulard palestinien, on nous aurait pris pour des mélomanes. Pour les autres : je doute qu’ils se souviennent de c’est quoi un compositeur (je doute qu’on comprenne que c’est une occupation). Je suis tellement baroque, Obama.

Qu’est-ce qu’on écrit dans une journée comme ça?

Enfants de chienne, vous m’avez tué Kadhafi comme des osties de sauvages pas d’cœur? Je vais faire péricliter (d’késsé?) votre printemps arabe, votre automne à rabais, votre AG d’à la con? Indignés ou indignes, indignants ou indigents, in & daignants?

Qu’est-ce qu’on écrit?

Je vais créer un comité de ’Pataphysique et vous allez touTEs chier à terre? Je ne suis pas impressionné du tout (sauf de quatre ou cinq personnes, toutes pour des raisons différentes) par ce déploiement d’art amateur et de proto-المجلس الوطني الانتقالي ? Je ne crois pas à votre cessez-le-feu permanent ?

Mais qu’est-ce qu’on écrit, bordel?

On a failli violer une femme : votre démocratie ne marche pas. J’ai crié après un gars qui disait que nous représentions le peuple : Ne m’équivaut pas à ce peuple inculte par vocation, à la populace pis au prolo parvenu qui chie notre culture en allant au hockey ! Je ne représente que moi-même et personne d’autre! Et j’ajouterais maintenant que nous ne sommes pas le 99%, au mieux le 0,99%. Je sommes le 44%, à moétouseul (version Raoul Duguay). Dada Dada Dada !

Je reviens à la maison, lourd, dégoûté : il n’y a personne dans le métro qui manifeste, personne dans la Plaza Desjardins, dans son hall d’entrée aseptisée avec sa musique d’ascenseur, personne dans tous les endroits de la ville que je traverse. Tout est focalisé, comme un village, devant la Tour de la Bourse. On me dit : attends, ce n’est qu’un début. Je réponds, haïssable pour beaucoup : en effet, il y a beaucoup de débutants.

Dans mon cadre de porte, je me tiens hagard après ma journée. Seul mon chat parvient à me sortir de ma torpeur initiale. C’est là que je constate qu’il n’a rien mangé. Il n’a pas touché à son assiette depuis ce matin, quand j’étais sorti de la maison. Nous l’avons appelé Kafka pour aller avec mon nom, mais aussi parce qu’il se cachait derrière la laveuse. Ça faisait Kafkaïen. Je résous que mon chat est plus important que Kadhafi, que l’ETA, que les AGs foireuses, que la commission Charbonneau, que l’indignation elle-même; tout ça, ça fait partie du programme de notre intégration dans le nouvel ordre, que mon chat ne connaîtra jamais.

Kafka, au moins, ne me laissera pas tomber, comme ces humains traitres avec leur démocratie.

18.10.11

Occuper Montréal tous les jours!


On avait fait fuir le sublime de nos vies.

Pour quelques milliers de personnes qui, eux, elles, n’avaient jamais renoncé au sublime, un tocsin tonne. Nous récréons, dans ce campement de l’exil volontaire, ce que nous ne pouvons pas trouver dans leur 1%. S’ils n’étaient pas là, les masqués sectaires, nous commencerions un monde comme ça, par exemple. Ou autrement, forts du 99% des possibilités.

Ça fait des années que les ableptiques, que nous sommes, avions renoncé même à l’espoir de pouvoir trouver un lieu de rencontre. Qui se souvient de la fermeture de l’Archie? Combien de lieux de rencontre libres pour têtes pensantes ou écorchées a-t-on fermé ces derniers temps? Combien de lieux existent où toutes ces gens pouvaient se rencontrer en direct devant la reine anonyme?

Combien de GAMMés nous zieutent?

Il fait froid mais la chaleur est humaine, de celle qu’on cache dans le métro, le nez fourré dans le i.escapisme, là où la seule chaleur provient de l’électricité.

Ni vol ni violence à date : c’est une société festive, elle est autrement équilibrée que les planchers boursiers. Dès qu’il n’y a plus de chef, chacun est soucieux de partager le meilleur comportement possible. C’est rassurant de trouver de tout ici, de tous âges, habits et acabits (pas trop de yos, ce sont des vendus généralement), sans idéologie précise, sans arrière-goût stalinien, tous en se parlant, en se remerciant, en écoutant. C’est le temps de faire toutes les rencontres, partir tous les projets, lancer toutes les idées que leurs muselières sociales avaient avortées.

C’est clairement une société qui donne une place prépondérante aux activités artistiques, où le partage est spontané, où la poésie et la musique existent et importent, où les gens écoutent, plus que dans la fausse vie, ce que les autres ont à dire. Énergétiquement, c’est plus efficace qu’une bombe, et ça fait naître plutôt que mourir.

Quelques étrangers se montraient déconcertés par la candeur, la bonne humeur, les sourires – « n’étiez-vous pas indignés? », nous criblaient-ils, témoins des mouvements européens et de leurs tendances chaotiques. Oui, je réponds, je suis indigné, mais l’argent ne vaut pas mon ulcère. Je lutterai plus longtemps si je souris et si j’inclus mes prochains nouvellement retrouvés à mon effort.

C’était l’esprit de l’occupation originale, le 15 mars passé à Madrid, #acampadasol : on obtient plus sans casses, désolé pour les impatients. Mais tout est tellement beau et l’hiver est tellement proche, que la question est sur toutes les lèvres : combien ça peut durer, l’Oasis Vic’, Place du Peuple?

Il faudrait penser à occuper un lieu chaud pour l’hiver, l’exiger à la ville, au gouvernement. Un lieu où nous pourrons recréer ce que nous avons ici, pour nous organiser, pour qu’au printemps nous joignent les indécis, les peureux, les chasseurs de sublime…

À quel moment nos actions commenceront à déranger au point qu’on nous expulse, arrête ou matraque? Ce n’est pas grave, nous n’en serions que plus fortEs. Pensons au présent et accomplissons le plus possible dans le temps que nous avons, en paix tant que la paix tient.

Par contre, lire les commentaires aux articles de Radio-Canne devrait être une activité formellement interdite par les professionnels de la santé, car ça fait monter anormalement le taux d’agressivité chez ceuxelles qui ont du sens commun.

Parmi les commentaires, on a eu droit à des pouilleux, des communiss’, et d’autres termes classiques dont l’histoire remonte à la réaction des rednecks aux hippies, il y a bientôt 50 ans. Cet auctor croit que Radio-Canne paie des scénaristes pour écrire ces commentaires débiles et que l’imbécillité humaine n’arrive quand-même pas , mais j’admets ma naïveté…

Pour l’instant, c’est un idéal qui pousse, des sourires partout. La preuve de sa pureté et qu’il est un peu désorienté, ce mouvement, qu’il n’a pas peur de prendre son temps, qu’il pourra toujours se dédoubler et se reconstruire comme les symboles aériens des oiseaux migrateurs. Nous repeuplons le sublime.

À demain.

16.10.11

Occuper Montréal le 16 octobre?


Cet auctor ne cesse de chialer, et pour une fois, c’est aux anarchistes qu’il correspond de se faire blaster. Pas aux gars de char, pas aux douchebags, puis – pour une fois – pas à la police. Et non, ça m’intéresse toujours pas de travailler pour GAMMA. C’est donc sans salaire que je vais chier sur certains anarchistes.

Il y a en a un, sans gonades pour nous livrer son nom, un p’tit cagoulé qui a écrit un article anonyme sur le site du CMAQ, qui se prétend porte-parole, un chef-anarchiste [sic] sans d’évidentes connaissances étymologiques; c’est lui (ou elle) qui me fait penser ceci: un anarchiste qui utilise le nous en écrivant, ça se tient-tu aux tam-tams le dimanche?

Dans sa philippique, ce chroniqueur improvisé fait bâiller avec son emploi systématique de termes qu’on croyait enterrés avec les guerres mondiales : un vocabulaire de lutte épuisé, qui résulte particulièrement anachronique et ridicule en bouche d’un peuple presque sans histoire. Le cas est qu’ils ne se pointeront pas, ils n’occuperont pas, ils vont rester chez eux : ils sont déçus qu’il n’y ait pas de casse.

Cet auctor ne croit pas plus en la démocratie que ce pauvre anonyme, mais considère profondément arriéré d’exclure la possibilité d’une solution pacifique lorsque l’opportunité – comme cette occupation – se présente. Cet auctor n’aime pas plus la flicaille que cet anarchiste caché, mais soupçonne que ce dernier est surtout déçu qu’ils se soient montrés civiques, les flics, qu’on n’ait pas justifié sa colère avec des arrestations massives.

Cet anarchiste est perdu si la police s’avère être respectueuse envers lui : sa lutte s’effondre. C’est ce qu’est arrivé aujourd’hui. Il s’est plaint chez lui toute la journée, et comme les flics n’étaient pas assez méchants, il a chargé contre la charte du mouvement Occuper Montréal. Il trouve que c’est de l’intolérance "autoritair(e), violent(e) et répressi(ve)", que de ne pas souhaiter qu’il y ait de la violence.

Écoutez, les clowns : moi, ça m’est égal, rien de ce que vous songez à briser ne m’appartient. Mais n’étiez-vous pas des ingouvernables? Depuis quand attendez-vous, ingouvernables, le signal du peuple pour faire sauter les banques, par exemple? Vous rendez-vous compte de votre incohérence basique, de votre non-sens, de votre bac en science po’ mal digéré? Votre Trotskysme coule un peu…

Si vous voulez casser, cassez, non? Vous êtes des anarchistes, vous n’avez jamais demandé la permission, n’est-ce pas? Autrement vous ne seriez pas des anarchistes, sinon de simples criminels à l’heure de faire des casses. Et – pour être francs – vous faites quoi comme casse? Il se passe jamais rien ici, come on, vous parlez comme si vous étiez une force de frappe redoutable dont le mouvement ne peut se passer s’il veut réussir.

Pour une fois qu’il se passe quelque chose de positif, à la place de participer – comme cet auctor et au-delà de 6000 personnes (selon certaines informations) l’ont fait en cette 1ère journée – il s’en trouve toujours un pour broyer du noir, comme son drapeau. Et c’est lui qui justifie, par ses attitudes de révolution puérile, dépassée, désuète, les salaires faramineux, les actions musclées et les abus policiers lorsqu’ils ont lieu.

Au moins, les enculés qui ne se pointent jamais à ces évènements-là n’ont pas passé leur journée à chialer sur nous. Drôlement, leur absence insouciante nuit moins à notre cause que l’absence motivée de cet idiot qui, lui, partage la cause, mais ne voit pas l’utilité de sa présence autrement que par la violence. Sans doute il ne se conçoit pas lui-même hors de sa version angoissée de la lutte des classes.

Il prouve, autant que ses cousins antipodiques du FMI, que l’Homo Sapiens Sapiens peut vraiment être un animal très perturbé, prône à la morsure. Il ne se rend pas compte, ce moraliste de pacotille, que personne ne l’a appelé, que personne l’écoute, en fait, que juste un anarchiste de droite, vieux renard cabrón comme cet auctor l’écoute encore, parce qu’il en mange au ’tit-déj’, de ceuses-là.

Il ne se rend surtout pas compte qu’il représente trop l’ennemi classique du pouvoir, que sa lutte est finie, qu’une nouvelle commence, sans chats ni souris. Une lutte qui permet aux gens, justement, de se rencontrer en dehors des cercles politiques, et de se réapproprier leurs vies sans devoir choisir une couleur, un drapeau, ni un vocabulaire honteux, aussi noir soit-il. En langage humain, ce rêve s’épèle espoir.

À demain.

14.10.11

Occuper Montréal le 15 octobre?

(Photo: Calamity Gen)

Les tracts sont partout mais l’apathie du Québec n’a vraiment pas de limite : la seule chose qu’on puisse entendre à la veille de l’occupation du Square Victoria est que ça ne marchera pas, qu’il n’y aura pas assez de gens, que la police va charger, que c’est toujours pareil, tu vas voir, etc.

Il en est de ce défaitisme qui condamne à l’échec (et mat) par l’inaction. C’est certain que si personne ne se pointe le 15 octobre en se disant que personne ne se pointera le 15 octobre (et qu’il va pleuvoir), hé bien personne ne se pointera le 15 octobre [sic] et il pleuvra.

Cet auctor se permet de blaster les absents résolus live. Et c’est parce que cet auctor est lui-même, par temps normal, si grinçamment pessimiste, que dis-je, si farouchement nihilâtre, et qu’il y sera – quand-même – le 15 octobre; et que si cet auctor se pointe, étant ce qu’il est [sic], alors vous ne feriez que lui donner raison, à lui et à Lord Durham (encore lui), en omettant de vous présenter.

Pourquoi aller le 15 octobre même si on pense haut et fort que ça ne marchera pas? Parce qu’on pense que ça ne marchera pas. L’audace est le chemin vers le sublime.

Pour ceux et celles qui pensent que les manifestations du monde entier, l’indignation 2011, sont sans fondement, sachez que même Jim Flaherty est game, même s’il explique plus ou moins que, au Canada, c’est le B.S. qui nous empêche d’avoir une révolution. Sachez aussi que je vous hais, et que ça me fait du bien de savoir que je ne suis pas seul. J'ai espoir que vous tomberez bientôt.

Pour les GAMMA et autres Lambda en uniforme : je n’aurai ni pierre, ni cocktail Molotov, ni drogue sur moi. Sorry. Si vous m’espionnez le moindrement vous saurez que Seamus Heaney avait raison : Between my finger and my thumb/The squat pen rests; as snug as a gun; ainsi, j’appartiens à l’escouade QWERTY.

Au Québec, l’effervescence existe, le talent existe; mais il est focalisé, il est mis en place contre lui-même. Les pions, les fous, les reines, toutes les pièces du jeu, les blanches et les noires, sont toujours faites du même matériel, ont au cœur le même bois. Il y a tous ces penseurs, ces libre-penseurs, ces panseurs de plaies médiatiques et psychosociales qui passent le plus beau de leur temps à se provoquer et à s’exclure, à récréer les cliques qu’ils critiquent.

Même les parvenus devraient être là le 15 octobre, avec leurs syndicats crasseux, même les pitounes, les prolos, les emos, les gars de char, les douchebags, les fanas de hockey pis de bip-bip, les compositeurs académistes et les profs-racaille; bref, toute la flore et la faune qui me fait couler tant d’encre virtuel, les personnages de ce blog au grand complet, qui sont le bois de mon feu, ainsi que ceux et celles qui boivent du feu de ce blog, quand il se peut.

Par cet article, cet auctor prétend se donner la licence suffisante pour pouvoir lancer une critique lacérante du Québec et de ses habitants dans le cas d’un échec demain. Il pourra dire qu’il y était et que vous, non (c’est pour mieux te mordre). Cet auctor est on ne peut plus d’accord avec le pessimisme ambiant de la presque-nation, mais ne souhaite pas participer au problème, plutôt à la solution. Il y sera donc demain, en paix avec lui-même et avec autrui.

ET VOUS?

9.10.11

Menuhin et Carignan



Sur You Tube, la vidéo est relativement pauvre, le son décalé, saturé, griffé d’interférences; néanmoins, l’étincelle passe : il s’agit d’un extrait de la série The Music of Man (1979). Cette série est présentée par le célèbre violoniste Yehudi Menuhin (1916-99), et dans l’extrait il partage la vedette avec le légendaire Jean Carignan (1916-88), violoneux, dans un charmant pot-pourri d’André Gagnon adroitement nommé Petit Concerto pour Carignan. Le morceau est ingénieusement concocté afin de galvaniser le mariage de ces deux mondes dont l’amitié devient malheureusement si improbable sous les circonstances de l’histoire actuelle de la culture. À partir d’une simple structure A-B-A, qui reproduit le concept baroque du contraste entre solo et ripieno, Gagnon a introduit, composant un peu comme un DJ, des loops de Vivaldi et Bach pour Menuhin et, pour Carignan, deux chansons traditionnelles irlandaises arrivées au Québec par bateau : The Morning Dew/Kid in the mountain et The woman of the house. Le résultat est extrêmement contagieux.

Les années soixante-dix étaient ceux du prog, de la fusion, du retour d’une certaine esthétique baroque et des versions rock de grands classiques, de E.L.P. à Mantovani (non, pas Bruno). En même temps, la musique classique commençait à s’ouvrir, à faire des concerts dans des stades de sport; c’est l’apogée de Glenn Gould au studio, des théories de McLuhan, de la vulgarisation télévisuelle de Sagan, de Bernstein, d’Attenbourough. C’était l’époque où l’on s’intéressait aux instruments d’époque et à l’ethnomusicologie. La petite porte couinait en s’entrouvrant : la soupe s’avérait être bonne en 1979 pour cette rencontre, et au Québec l’espoir était encore très grand à ce moment-là. C’est dans ces circonstances que se produit la rencontre de ces deux grands artistes aux deux côtés du violon – le violoniste et le violoneux, le lettré et l’illettré, tous deux aussi savants. Le moment où passe le duende est clairement palpable sur cette vidéo pour autant que sa qualité sur le support de You Tube laisse à désirer. C’est dans le visage hébété et admiratif de Menuhin pendant le solo de Carignan. Ce regard nous dit à tous – vénérables grands singes de la musique que nous sommes – que nous avons beaucoup à apprendre de ce que nous avons ignoré pendant tant de soi-disant civilisation.

La même culture qui a produit Beethoven a ravagé aussi l’Afrique. Il faut réintégrer le concept d’orchestre dans notre temps, inclure et couver. Ça prend des concerti pour uilleann pipes et shō, pour banjo et kora, pour gaita colombienne et ney, pour tout ce qui est riche et à la fois boudé étonnamment par la culture savante. Réunir plusieurs univers par le compromis de l’observation et de la notation musicale, ce qui revient au compositeur, est une tâche difficile lorsqu’on considère que les joueurs de ces instruments exotiques s’avèrent souvent être incapables de lire la musique. Patience et technologie d’enregistrement peuvent – oui – réussir, mais l’incroyable outil de communication entre cultures qu’est la notation musicale doit être mis de l’avant autant que possible. L’apprentissage de la musique comme langue universelle devrait être obligatoire dans les écoles bien avant que celui de l’anglais, cette langue universellement imposée.

Un avertissement : le post-modernisme, la mise en sandwich de toutes les manifestations culturelles, ne convient pas (ou, en tout cas, ne convient plus) à l’avancement de l’art. On ne peut qu’entretisser un nouvel art qu’on ne saurait pas reconnaître maintenant, et le laisser se métisser avec une complexité évolutive digne de la vie elle-même, et ceci – avec le degré gigantesque d’infos, d’images, de distractions qui sollicitent notre attention – peut prendre plusieurs dizaines des années. Germer un truc autonome qui n’est pas une simple continuation ni un académisme cumulatif des génies passées, faire naître un truc à part entière comme le jazz, ou comme Carlo Gesualdo, par exemple, ça ne se fait pas sans souffrance purement humaine, ça ne se fait certainement pas avec des pilules et en se ravageant les tympans avec de la house de mauvaise qualité, ça ne se fait pas avec des conservatoires élitistes ni des programmes d’ordinateur pour snobs (e.g. Open Music, Max/MSP…).

Le post-modernisme déshumanise : le regard pénétrant et chaleureux de Menuhin, plein de respect pour la Musique avant tout, humanise.

29.9.11

Migration phonétique


Je, Hérode
Je rôde
J’érode
Gère-odes
Chère Aude
Je, héraut de…
Jets rondets
J’erre au dé
J’ai roté
J’aère hauts thés
Giro d’…
Girouette
J’y rouais, tsé
She wetted
Silhouette
S’il voit des
Siffle ou aide
Si flous êtes
Scie fluide
Siphoïde
Psy faux id
Xiphoïde
Xipho Ovide
Que s’il faut, vide
Qu’ainsi vaut huit
Gain d’cils vous fitte
Gazelle va vite
Gaze-elle? Fact it…
Quasi-olfactite
Casse-yeule factice
Casio’ll fuck this
Que ha sido el Ford gris
Casses-y tou’l’phare crisse
Quéssé tu lui fas au Christ?

Moé?

Ben oui…toé!

Alors, ben…
Je, Hérode
Je rôde
Pis…….
Je, Hérode
J’érode
Car…….
Je, Hérode
Je hais Rhodes!

27.9.11

Esperanza Aguirre y sus Jacobignados


Lo suyo es para un chiste. Y encima proferido durante el lanzamiento de un libro sobre la Revolución Francesa de Pedro J. Ramírez, es decir, un poco fuera de tono. Dice Esperanza que cuando se habla de democracia con adjetivos, como orgánica, popular, directa, en realidad se está hablando de dictaduras. Se ha puesto a advertir que detrás del 15-M se puede esconder un golpe de estado, y para mayor inri compara con el de los Jacobinos en 1793. Y sigue, y tiene cuerda. Bueno, ya está: ya he tirado mi café; creo que voy a cambiar de marca.

Todo esto debiérase entender como un desafortunado encadenamiento de acontecimientos y no como una broma de arte concejtual bien planeada/plagiada$pagada (como esta misma) y de mal gusto, no como una gilipollez onanista a lo Yoko Ono. Es necesario explicar – y he aquí que me lo propongo – que hay de por medio varias sales de estas de litio, anti-depresores de vanguardia que las gentes con estos salarios descomunales se pueden permitir, y – claro está – un esperpentismo innato, ya de carrera.

Ahora bien, con tanto litio en el cuerpo, y de aumento en aumento para frenar el desequilibrio – éste, ya de por sí y más que nada por la internacionalidad de la referencia, Europeo – esta mujer podría explotar en cualquier momento, como en Palomares. Y es que – y cito a la Wikipedia – el litio puro es altamente inflamable y ligeramente explosivo cuando se expone al aire y especialmente al agua. Confiemos que Esperanza Aguirre tenga un buen paraguas.

Conque los Indignados parecen Jacobinos. ¿Es que teme por el rey? Este despropósito, como lo llama bien Bono (inevitable pleonasmo), aunque no guste él más que ella a los Jacobignados, esto – digo – aparte de ser una táctica de más para vender el libro de Pedro J., es otro de estos patinazos retros que se pega la clase política desde que la ebullición social pone en evidencia su torpeza y sus trapicheos. Es decir, son palos de ciego.

La Condesa consorte de Murillo y Grande de España, Dama comandante del Imperio Británico, que se ha debido de estar leyendo el libro en la cama, dando cabezazos, pues seguramente habrá tenido unas pesadillas chunguísimas con Robespierre en la Puerta del Sol y se habrá tenido que cambiar de bragas a las tres de la madrugada, por ser menester. Por la mañana, como es ritual en su clase y generación, la presidenta habrá pedido a su médico que le aumente la dosis de litio, por si acaso, ya que siendo Robespierre más feo que Góngora, querrá ella sin duda cambiar de ópera onírica con relativa urgencia.

Elemental: el Emmenthal, chorizo, dos o tres vinachos de buffet y ¡atiza!: esto reluce. O sea, la pobre mujer, ya relámpago, ya tormenta química, se imagina que en el kilómetro cero están a punto de tirar la estatua del oso y del madroño para instalar la guillotina. Los plebeyos, alzados con picos, piedras e i.Pad, han venido a buscarla y saltan en añicos las ventanas de palacio, con cañonazos silbando entre los clamores de la Carmañola. Y, fijándose con detenimiento en la cuchilla de la guillotina, ve que el filo tiene forma de ceja.

Y ante las cámaras, se convierte en una Sarah Palin de litio, y por no invocar ya a Durruti ni a Stalin como representante de los Indignados, que eso está muy cerca y puede acabar en los tribunales, pues decide sacar a los Jacobinos. ¡De entre todas las marcas de gaseosas: ella escoge la quinina, que reluce en la oscuridad! Ni Ozzy Osbourne, en todo el esplendor yuppietílico de su insulso programa de telebasura, ha alcanzado a decir una parida tan lograda como esta.

Vamos a ver, Marie-Antoinette, ¿es solo ahora que usted se dah cuén, de que esto va con el estado, con reformarlo, con terminar con lo que representa hoy en día? ¿O acaso usted se creía eso de que los Indignados eran solo unos okupas con un mono acojonante que querían petar farmacias y un puñado de estudiantes y de vagos antisistema que no querían trabajar? ¿O que solo es en España, su voluntad de algo – sí, por qué no decirlo así, ya que usted lo dice – algo así como un golpe de estado? El pueblo que les elije lo hace a cada hora de cada día, y no cuando a ustedes les venga en gana la farsa de gastar millones en elecciones, y aun así, cuando ganan, no los representan a todos.

¿Y de dónde saca Vd. semejante sandez, Esperanza, de que son Jacobinos? ¿Acaso ha visto por ahí a muchos Sans-Culottes de los de cogote en la estaca (de los de lanza en astillero, &c., ya puestos)? ¿Acaso los quiere ver? ¿Y quién cree que tendría miedo de los Jacobinos en 1793, Marie-Antoinette? ¿Y quién en 2011? ¿No se dah cuén de que es precisamente todo el rigor democrático del 15-M que ha impedido, pese al rencor y el hambre que ustedes y los que ustedes protegen provocan, que a la clase política se les haga un solo rasguño?

¡Ay, Esperanza, si no fuera por el infinito respeto que este auctor debe a la obra de su querido, de su queridísimo tío Jaime, cuanto tiempo perdería en reírme de Vd., y hasta de tú!

26.9.11

Colección Merienda de Blancos 2011-12

(Photo: Frank Hurley, 1916)

La impresentable colección Merienda de Blancos se da a conocer con este corto prensado de comunicación, a día de hoy, con el recién estrenado mes de Vendimiario.

Fruto de una exacerbada labor de histeria sublimada, de intuición adiestrada y de mecanografía, esta editorial pretende instaurar el soplo cósmico en cada una de sus páginas. El mandato de la colección es conseguir, mediante la desopilante absorción de empanadillas o cualquier otra substancia surrealista, la abdicación total de las regularidades, la defección de los ciclos solares, lunares y terrestres, y la dimisión de gobiernos, lacres y hacendados aciagos.

Como quien viere o leyere estos libros pudiere en todo tiempo considerar, la calidad se mantiene incluso tras el inevitable estertor de la carne. Con esta apuesta hacia la eternidad, los editores pretenden rellenar el vacío impuesto por el nuevo ocio en nuestras estanterías cerebrales, y reemplazar la prudencia anónima del hacker con el par de gónadas públicas que corresponde a toda denominación de origen ibero-castiza.

La colección está impulsada económicamente por la Fundacción Mutante y Trolex, y en la actualidad está dirigida por José Ortega Cano y Gasset.

Sin más tardar, se exponen los primeros títulos de la colección Merienda de Blancos, que son los siguientes:

Cantidades instantáneas • Reojos • Palidez Polaca • Teatro incompleto y algunas molestias • Sal y uvas • Ciudades repletas de la soledad ajena • Preguntas abruptas sobre la contrariedad • Casas de Fuego • Unas que no y otras que sí • Mansa maldad • La oncología desesperada (y sus variantes arquitectónicas) • La pesadilla del vientre • Los jueves, pescado • Otrora nutrido y ahora manco y sucio • Jóvenes ventanas • Laúdes lindos • Con los macacos para afuera • La vasectomía de Gorgias • Templos de hiel, tiempos de hielo • Heliogravuras móviles • Ansias de cagar • Destrozos típicos • Guardando el andén limpio • Verdugos célebres • Garganta y píloro: un dialogo improbable (es decir, que no se puede probar, como si fuera una sopa) • La Hora de esos Obesos • Obreros de Sangre • Cangrejos vecinos (son la hostia y vienen de a cuatro) • Pielecillas • Los trapos envenenados • Tugurios tétricos Tetuanís • Una cumbre del odio • La “saluz” aterrizando • Nostalgia a ciegas • Un parricidio planificado como una merienda de blancos • Moribundos y canallas • Como soltar una bomba fétida en el metro sin inmutarse • Doblar las esquinas sin intermitente • Claraboya claustrofóbica • La reapropiación inminente de mi castellano • Un pasaje hípico • Verduras y otras fuentes de luz • Aseos rebosantes • Un casamiento como otro más • Pasteles que nunca se comería Vd. • Con goma • Con goma II •

25.9.11

Saoudiennes!


Saoudiennes!
Ça commence à ressembler à un printemps
lorsqu’on voit sortir les fleurs!
Longue vie à votre liberté!

24.9.11

La dolce milizia


Ça fait plusieurs fois que les hélicoptères de l’armée canadienne passent un beau samedi à voler au ras de la ville de Montréal, tour après tour. Ça fait donc plusieurs fois que j’ai eu l’air d’un fou-vrac pour mes voisins, en sortant précipitamment sur mon balcon pour diriger deux doigts d’honneur au ciel. Et c’est qu’ils passent si bas qu’ils ne peuvent vraiment pas me manquer. La fréquence de ces survols urbains et la seule présence de l’armée en ce pays me dérange. Personnellement, le fait qu’on ait une armée m’empêche de me sentir en sécurité.

Ça suffit. Qu’on me dise qu’il y en a d’autres comme moi qui – lorsqu’ils aperçoivent les soldats au recrutement en plein métro Berri – ont des envies soudaines et inexplicables d’avoir des superpouvoirs. Si ce n’était pas parce que l’hélicoptère, en tombant, pourrait tuer des citoyens, il faudrait se mettre à crier « go-go gadgéto-bazooka…» quand il passe bruyamment au-dessus de nos toits. Même le chat rentre intempestivement de la rue, exaspéré par le bruit des rotors soumis au Doppler et aux rebondissements sur façade de condo. Ah, de devoir tolérer encore ces magouilleurs armés, au service de la reine Élizabelzebuth et de sa gueule à vingt piastres, sans jamais voir de subvention sérieuse pour la culture ni une gratuité scolaire garantie jusqu’au doctorat!

Qu’est-ce que ça coûte cher, leurs gadgets et leurs scénarios rotoscopiés sur n’importe quel jeu vidéo d’action! Qu’est-ce que les politichiens [sic] accordent de l’importance à ça, qu’est-ce qu’ils dépensent! Qu’est-ce que ça insulte le heavy métal en l’utilisant dans ses annonces télévisuelles! Qu’est-ce qu’ils ont des gueules laides, d’abruti, de p’tit jock à gym, de douchebag à gun, de parvenu fendant! Si les soldats avaient une paire de gonades bien vissées pour vrai, ils écouteraient mes ordres sans rechigner, et suivraient ainsi l’exemple de la Grosse Baleine de Kubrick. C’est pourquoi, étant plutôt sédentaire et incapable d’envisager ou d’entreprendre certaines choses moches comme le terrorisme, je me réjouis quand ces soldats deviennent vite des héros [sic] pareil que quand le provocatoréador se fait encorner.

Clairement, l’armée et moi faisons deux, irréconciliables. Ils auraient pu me donner une licence de pilotage, une job et un gun. Drôlement, je préfère pas…

Aucun média ne mentionne ces manœuvres. Il faudrait vraiment que je fasse mon mononcle au téléphone pendant des heures avant de me faire dire que c’est un exercice secret. J’ai mieux à faire : chialer drette icitte. Aucun citoyen ne pose la question, et ce n’est pas la première fois que ça se produit : un soir en 2009, ils ont même fermé les lumières du centre-ville pour effectuer des vols de pas plus que cent pieds d’altitude en plusieurs hélicoptères, aussi sans lumières. Ils font quoi au juste? Ils préparent quelque chose? Je ne crois pas. Il s’agit d’une sorte de conditionnement de la population. C’est dire qu’il marche, ce lavage de cerveau, qu’on trouve plus étrange de voir un voisin gesticuler aux nuages que de subir d’incessants survols à basse altitude de la part de l’armée.

Ne devrions-nous pas être concernés? N’étions-nous pas ce peuple, tranquille et pacifiss’ [sic], qui a exigé massivement la paix en Iraq en 2003? Non, nous sommes encore et toujours des colonisés. Et il n’y a pas moyen de se concentrer pour créer une culture en ville, entre dérangements de bip-bip et de Griffon, de griffes, grippes et bouffons. Ceci est à inscrire dans l’éminente histoire de la pollution sonore humaine et de la banalisation de tous les symboles: six soldats trippent en hélico tandis que 500 000 montréalais s’en câlissent net et 37 intellectuels, cibles de GAMMA et/ou aristopunks (merci Yann) se font interrompre les synapses. Que, à l’instar du début de La Dolce Vita, l’hélicoptère de l’armée étrangère qui sillonne ces ciels transporte la croix de Jacques-Cartier jusqu’à la place Ville-Marie, et que Falardeau remonte le Styx à la nage pour le filmer!

Vive l’espace aérien québécois libre d’aviation militaire!

Absorción de grasas


no sentir el infarto
ni saber cuándo tenerlo dentro

borrar de cada herida los pasos
que conducen a ella

helar sin fingir
en la esperanza y en los besos

saber sin querer
oír por oír

lucir vigilo y pestaña
por cada marea blanca que se despide

ser farero entre arrecifes grisáceos
y guardar fe en el mar

pelar la espera
por los minutos de los minutos

incrementar la madre
de alguien que no se conoce

parir bestias aladas
que se bifurquen de la razón

robar imperios
por los jaleos de un cosmos agrio

apalear los nervios
a punta de pulsos al miedo

torpedear el alma
con vacuas plegarias de ogrillo

odiar las conferencias imperiosas
y sus púlpitos

crecer de sus súbditos
mentir con las pupilas dilatadas

sanear la estima
mediante la absorción de grasas

buscar el ensueño escueto
de la pelota y su rebote de horripilo

jugar en el estanco
fumando libros antiguos y prohibidos

saquear lo inconcebible
conocer el ahora antes del regreso

patalear lo justo
lo necesario y después disciplina

girar con la lluvia
en dirección del paracaídas

aficionarse al luego
mediante la práctica asidua del hoy

trocar trampa por tripa
por golosear en la despensa del abismo

embadurnar de lípidos
cubriendo la integra superficie anómala

olisquear previa pulcra e objetivamente
el estado avanzado del bulto

obtener la inmateria prima
sin conocimientos farmacéuticos

adecuar el caldo de furtivo
a la fechoría y al candil eterno

marear el pollo
terminando con un guiso de leyenda

23.9.11

Los perroflautas (no) llevan flauta


fortuito incendio que a tu cúpula lleva
a lomos de llama
víboras de magma visten tus caderas
columnas de arcilla y micorrizas
molleras negras de árbol
lombrices volando tras la deflagración



prisma débil
las manos se van alejando de ti
eres un crack un cura abierto
todas las monjas se han apiadado de ti
gira la cruz gira
tregua de luces y sombras
cese de contrastes
magma derramado desde hocicos
cruza el giro cruza
los perros llevan sotana y ritos
se huelen el culo
pero los perroflautas (no) llevan flauta
a veces basta el tiro
sobra el plomo



(…se me revolvió
hasta el UGT
) de
yantar el ojete de reojo
andar de requeté y rajar
o cantar y requetejoder
rojo por rojo
y el mundo acabará ciego
(anoche (no) CNT y…)



palabras duras son
de las que se extienden diurnas
por los robos de nuestra niebla
la ejecución de nuestro séquito
turbio y de un fiel
ministro sorprendido
o sor preso
que viene (condenado) a (no) ser
lo mismo



el bisturí de la observación
caramba



gracias a los gritos
las mariposas aprenden despacio
son soportales del pudor
catedrales del vuelo raso
y se acostumbran
se van vistiendo de alas
a medida que la noche se desviste
¿las viste?



a medias las calles
de historias torcidas y helechos
frondas de detritos y fobias
se multiplican por los planos triunfales
de los que (no) las cruzan
con el día certero detrás
de sus ansiedades plásticas
estroboscópicas y fotogénicas
de cascaras de pipa y desperdicios
por el suelo al fondo del autobús



(no) sobrar nunca
vencer el olvido y la suerte

20.9.11

Bip-bip

...bip-bip…

Ces deux petits bruits qui se suivent, courts et stridents, sont devenus la signature sonore de toute ville motorisée, au-delà de tout doute. Pour les villageois, pour les berbères, pour tout citoyen hors de la portée de la modernité, ces sons sont sans sens. Leur absence de nuances, leur agressivité se décharge dans l’air et fait sursauter les nouveaux arrivants à chaque fois, sans faute. Désorientés par la farouche omniprésence de ce nouveau chant, qui paraît éclater à n’importe quel endroit, à n’importe quelle heure, ces vierges d’oreille se demandent quelle peut bien être la source du charivari; il ne s’agit pas d’oiseaux exotiques, d’art hyper-conceptualisé à grandeur de la ville ni d’un nouveau patois diffusé par mégaphone : ce sont des gens qui barrent ou débarrent leur voiture.

Insouciants lassés de leurs basses routines commanditées, ils se servent du démarreur à distance pour troubler la quiétude commune et ce, jusqu’à plusieurs fois par jour. L’acte est simple : sous le manteau, même dès la maison, appuyer sur un bouton; le vacarme résultant est pitoyable, et s’entend immanquablement à des lieues à la ronde. Avec l’ubiquité des autos en ville, le tumulte prend des proportions symphoniques. Même à l’intérieur des maisons, portes et fenêtres barrées, le signal s’immisce sans difficulté, court et sec, comme une décharge électrique. Or le bip-bip est bien plus qu’une béquille moderne pour un tour de clef, plus qu’une paresse célébrée par la technologie, plus qu’un raccourci comportemental relié à la quotidienneté banale : il est devenu un marqueur d’affirmation psychosociale, comme une pisse de chien traduite en ondes électromagnétiques, fendant l’air telle une trace d’odeur.

Des bip-bip, il y en a de toutes sortes : avec glissando de sirène ambulancière, avec modulation de fréquences, suraigus, avec staccato invraisemblable, avec goût de techno, accompagnés d’un spectacle lumineux à saveur de gyrophare…il y en a autant que de noms de cola au supermarché ou de couleurs d’étui à cellulaire, autant pour aider à définir une personnalité succédanée à l’intérieur des attentes psychosociales du système envers l’individu. On comprend fort bien que le film Avatar ait fait un carton, dans cette société prône au déguisement et au maquillage d’un soi-même désertique et malfamé. Les gens, à vide et avides de s’évider davantage, se moulent aux modèles officiels, canalisent leur soi-disant rébellion dans les voies de la contestation récupérée. Le pouvoir corporatif (qui célèbre le BP-BP) fait d’eux ce qu’il veut, qu’ils croient pourtant être toujours originaux et anticonformistes.

L’attitude bip-bip est l'un des symptômes d’une maladie qui se nomme l’insouciance, celle qui s’attaque toujours à autrui mais jamais à ceux qui en sont atteints. L’attitude bip-bip et l’attitude hip-hop vont main dans la main : il s’agit de s’en foutre souverainement de son prochain, de lui infliger sans cesse le poids dérangeant de l’existence et la cohabitation humaines sans rien lui offrir en échange pour nourrir son esprit. Bip-bip : comme un rot sonore proféré vulgairement au concert, au moment le plus délicat de l’émotion, comme un pet-sauce juste avant l’orgasme, déchirant la mince toile de l’harmonie spirituelle, du rêve humain, de la magie. Ces deux interjections machinales, répétées ad nauseam dans les paysages urbains du monde, sont une insulte au sublime.

Que ne peuvent-ils se taire, ces abrutis, avec leur foutu démarreur? Que ne peuvent-ils jamais pauser l’instant d’une réflexion sur le respect et la fraternité? Personne ne s’est jamais blessé à tourner une clef, même si l’automobile est toute une boîte de Pandore. Si la serrure gèle en hiver, il y a surement moyen de désinstaller l’option bip-bip du démarreur avec la simple déconnection d’un circuit électrique. Que ne peuvent-ils comprendre que leur connerie absolument évitable a des répercussions sur la paix d’autrui, sur les réflexions, la concentration d’autrui? Ou sont-ils si éloignés du sublime et du spirituel au point qu’ils ne sauraient concevoir que leur insouciance existe ni qu’elle dérange qui ou quoi ce soit?

On découvre qu’ils font bip-bip presque comme une incitation à la jalousie, pour attirer l’attention sur leur propriété d’un véhicule particulièrement coûteux et bien ciré, ou juste pour l’étrange plaisir de déranger. C’est aussi une démarcation de territoire, là où l’automobile est perçue comme un barème de succès social, de fausse virilité et de pouvoir (quelques uns font plutôt bite-bite). Et qui, en tant que piéton nocturne, ne s’est pas étonné de voir une voiture stationnée chanter toute seule au moment exacte, trop exacte, qu’il ou elle passait à côté, sans qu’il n’y ait pourtant une seule autre âme en vue dans la rue? On les imagine rire en bouffons depuis une fenêtre, loin des livres et des passe-temps constructifs, le pouce sur un petit bouton, à espionner les réactions piétonnières.

Il ne manque jamais d’avoir un con pour rater la procédure et partir du coup son alarme, simulant la difficulté à contrôler sa petite bébelle électronique. Il veut de l’attention, peut-être inconsciemment, et s’assure par ce moyen bruyant que beaucoup de monde le regarde. Mais – et voici le plus aberrant – ça ne surprend ni ne dérange plus personne, cette cacophonie disséminée; on trouve ça normal. C’est dire à quel point on est pollué de bruits, et qu’il ne faut guère se surprendre de l’atrophie de l’oreille contemporaine, de son incapacité nouvelle à digérer l’art ancestral ou contemporain, ainsi que de son besoin de se rassasier stupidement dans le bruit pulsant et machinal. La popularité du bip-bip n’est qu’une autre des preuves tangibles du fait que l’humain a perdu la carte et s’apprête à être hors-jeu.

Comme il devient l’habitude, cet auctor propose une dictature culturelle et des champs de son-centration pour ces contrevenants aux possibilités sublimes de nos perceptions. Pour punir les faiseurs de bip-bip, seraient affectés des commandos de musiciens, prêts à intervenir dans la vie quotidienne de ces gens de façon intempestive. Ils entreraient de force au moment où les insouciants seraient en train de faire l’amour, les devoirs, prendre une douche, dormir, bref là où ça fait mal, et ils leur assailliraient violemment de courtes interventions dissonantes, sans préavis et sans répit. Pour les récidivistes arrogants, le bâton de hockey (déjà si prisé des utilisateurs des démarreurs à distance) peut régler le problème assez facilement, pouvant scrapper un char sans peine, et un crâne au besoin, s’il peut être observé que l’attitude persiste.

Bip-bip : la folie en est faite, de ces gazouillis digitaux. Ce sont les poètes, les compositeurs, les gens qui savent et daignent encore se concentrer qui ont tout à perdre. On entrevoit le futur dépourvu de ces œuvres d’art qui ne pourraient jamais jaillir d’une inspiration importunée. Le bip-bip fait fuir les muses comme de la peste. S’il y a toujours eu beaucoup de débat sur l’existence de dieu, après le bip-bip il ne devrait plus rester aucun doute qu’il n’est plus là. Les gens dérangés par le bip-bip ne font pas bip-bip : ils se tiennent à droite sur un trottoir, connaissent et pratiquent le civisme, car ils savent que leur liberté s’arrête là où commence celle d’autrui. Les gens dérangés par le bip-bip ne font pas bip-bip : ils pédalent, ils marchent, ils sont plus en forme que les pouces des abrutis. Espérons que Darwin ait toujours raison.