BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

17.2.11

Les apprentis indignes (quelques notes cinématographiques)


Au Québec, comme presque partout, il y a défaite culturelle, fatigue historique, paupérisation des milieux de création. Pourquoi? Et pour cause de quoi ou de qui? Celle-ci sera une investigation entreprise par ceux précisément dont on ne voulait plus rien entendre, dont on exigeait une attitude sommaire et sans surprises. Mais on exigeait aussi de nous la perduration d’un labeur sous-entendu, soit l’évolution historique de la musique. Conflit. Priorités et responsabilisation individuelle. Combien de parmi nous se sont jugés incapables de l’une ou l’autre de ces responsabilités acquises? Les générations précédentes ont pulvérisé celles qui à leur tour les précédaient, mais de nous un mot de trop n’est jamais toléré. Au point qu’on est rendu, la perte d’une carrière est une préoccupation plus volumineuse que la prise de responsabilité historique pour la plupart des créateurs et des créatures, qui conséquemment se taisent.

Faire le saut. Sauter dans le vide là où l’on se saura à coup sûr condamné, reprouvé, et chassé. Comprendre que toute tentative subséquente d’essayer de gagner leur respect et leur reconnaissance aura été infructueuse. Comprendre que c’était perdu d’avance, que c’était une agréable perte de temps, une perte de temps endormante et consolante, sécurisante mais ô combien précaire en vérité. Les premiers exemples de l’ONF, dans les années 60 et 70, sont toujours pertinents. Décoloniser, rapproprier, déboulonner leur holding de rats. On a tout le nécessaire. Le Cocteau d’Oka, le Milhaud du Mile End, le Satie de l’Estrie, l’Auric du Québec…

Trip LSD au bureau de passeports. Les écoles. Mamans surprotectrices. Chauffards. La marche à Montréal mais en caméra cachée. Des fausses alertes à la bombe, des machines toutes-puissantes, Finale 200X, Flight Sim, Twitter, Facebook, YouTube, Ta Mère...montrer les bogues inexplicables de toutes les bébelles, les signes finaux. Paradoxe, on signe avec des bébelles. C’est-à-dire, le sens de la responsabilité historique contemporaine. Non pas de parler videment du fleurdelisé et de martyriser des vieux catholiques français, mais d’inclure en un rêve possible tous les agrégats de la réalité. Et d’écumer notre haine comme des chiens galeux vers la pupille en paroxysme, de pousser la gloire généreuse de l’illumination, de HAÏR LA FAIM, de tourner la haine vers son propre bien.

En avant la fanfare. Les activistes? Qu’est-ce qu’ils ont fait sinon une participation festive du spectacle? Mais c’était déjà un premier pas. Faire participer à d’autres. Mais les aspirants ont absorbé toutes les ressources; des apprentis indignes. Les Cégépiens profanateurs, des ulcères d’État qui ne sont que l’État eux-mêmes. Que font-ils? Commencer le film en suivant des kids de riches à la sortie de leurs écoles privées. Poser naïvement des questions, mais en faisant attention parce qu’on n’a « pas le droit ». Ruelle derrière le Collège Français, qui est la prolongation sud de Waverly. Planquer caméra vers Waverly, Collège Français…attendre.

Montrer la mauvaise musique, le mauvais art, les gens qui croient avoir quelque chose à dire. Montrer à quel point leur piédestal est possible, à quel point leur fausse humilité dégouline sur l’estime de tout un peuple. Montrer à quel point c’est une honte : rentrer dans les écoles et se familiariser avec la médiocrité et l’image. Oui, exposer l’imposture.

Un abrasif se porte à nous tous en nous lui préférons le succédané. Ne voulions-nous pas admettre depuis des siècles que l’art était mort, vous considérez-vous la continuation logique de ce délire, est-ce que c’est de l’art ce que vous faites et pourquoi? Faut-il donc le défendre contre les crédules, ceux qui ne sont pas maîtres de leurs perceptions, ou est-ce que ça leur appartient?

Une cosmogonie montée sur la démonisation des artistes en temps-réel. Sorte de recyclage de notre amertume, de la rage et de l’impuissance. En bref, du CHAMPIGNON. Plusieurs références : Alex Jones, F for Fake, Gus Van Sant, Nanook, arrestation de Henry Cowell, meurtre de Tchaïkovski et complot anti-Vivier, les lettres Vivier, le cas Gesualdo, le cas Cherze, culture samizdat et anticapitalisme, passivité et à-plat-ventrisme du Québec moyen, insulte de la politique, Budd Dwyer...

Obama. Il faut le placer, non pas le vendre. Le faire figurer en arrière sur You tube. Non pas le vendre. Mais définitivement ne pas parler des autres. Jamais. Ils parlent tous déjà d’eux. Bistouri, hein?

Le pardessus. Je le porte, tu le portes, un étui te porte, et nous le portons tous. À ta porte, par-dessus, l’indignation est féconde mais je ne suis plus indigné ni je ne fais partie de rien et je ne cherche qu’à vivre, fictif pour eux mais réel. Je serai car je suis. Je suis parce que je commande ma perception, c’est moi qui l’anime, qui la dirige, qui lui donne vie.

Décors : il faut définitivement nous amener à la CN Tower avec tous les autres touristes comme une aberration déclarée depuis le départ, comme si l’on était des sortes de jackass esthétiques, les véritables « experts », qui chevauchent les deux cultures mutantes, comme je viens de le faire en disant jackass esthétiques. Démasquer les experts. Haïr la faim. Six raturés à divers degrés. Six tannés de la fièvre et jaloux. Le luxe qui appauvrit, les buffets remplis à Toronto, d’osselets et d’ocelots.

Documenter EL DUENDE, en partant de Lorca, et jusqu’en Asie. À Toronto j’ai frenché Glenn-Gould, il faut que ça reste.

Documenter le terrorisme Dada qui s’ensuit.