BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

13.7.11

Escouade GAMMA


Juste pour vous, et pour cette petite fois, je me remets à écrire en français. Si ce n’est pas déjà fait, il est important que vous me profiliez. Si vous ne le faites pas, quelle insulte à ma grandeur! Je ne vous donne pas mon NIP, pas besoin. D’ailleurs, mes activités anarchisantes sont multiples et protéiformes. J’imagine mal le bœuf qui sait ce que ça veut dire, protéiforme. Juste ici, dans mon blogue provocateur et sans vergogne, vous trouverez d’amples renseignements supplémentaires sur mon identité, mon état d’esprit et ma volonté de vous voir chuter sans possibilité de relèvement de compte, ni de service. Il est possible même que, dotés de quelques neurones, vous fassiez le lien inénarrable entre ma littérature révolutionnaire et ma sexualité révolutionnaire. Il est aussi possible que ça dérange les juges, parce qu’ils doivent être jaloux de ma franchise. Je veux vous dire que j’ai une p’tite soif d’importance, ça fait un moment que je me juge mal payé pour mes services à votre nation, bref, je suis un frustré de poids et de taille. On négocie mal avec des spécimens comme moi, vous comprendrez seulement à coup de notes en bas de page ce que je veux dire. D’autres vous font comprendre à coup de bombes, justifiant votre emploi. Mais ce n’est pas à l’escouade anti-terroriste que je vais donner de la job. C’est à vous, chère escouade GAMMA. Maintenant j’ai la certitude que vous allez me lire assidument. J’ai deux livres de publiés aussi, peut-être devriez-vous les feuilleter, peut-être que ces écrits vont m’incriminer outre mesure, mais que votre analphabêtise, ainsi que la haine que vous manifestez envers toute forme de culture, font en sorte que, jusqu’ici, j’aie passé inaperçu. Autrement dit, vous lisez juste vos journaux et vos rapports de sang, pas de la poésie. Et c’est par moi, petits monstres, que vous allez commencer à vous cultiver. J’aimerais beaucoup vous dire que nous sommes dix, cent, mille, un million, à écrire de l’art subversif, à sortir la langue de sa poche. Mais ce serait vous mentir, parce que je suis presque tout seul. Si c’est pour ma capacité de séduction dangereuse, de conviction de la société, vous n’avez pas à vous inquiéter : les gens s’en sont toujours câlissé, s’en câlissent et s’en câlisseront comme de l’an quarante, de tout ce que je fais. Le problème que vous vous êtes proposé résoudre ne refera surface que dans beaucoup de temps, après nos morts naturelles, après des générations et des générations, après que beaucoup d’eau ait coulé sous les ponts. Oui, après tout ce temps, vous, vous serez des bœufs oubliés, moi je serai moi. Peu importe que maintenant, je sois ostracisé par tous les milieux qui vous respectent à outrance, qui vous respectent jusqu’à se manquer eux-mêmes le respect; peu importe que mes talents ne soient pas reconnus, qu’il y ait eu toutes sortes de tentatives de me sortir de ma tribune, que cette tribune-là m’ait été prise. Sachez que les gens sont déjà moutons, que vous avez déjà gagné, que j’ai déjà perdu, que je n’ai rien à perdre. Il n’est pas trop intelligent de fâcher des gens qui n’ont rien à perdre, ça finit toujours par leur donner l’appui de tout le monde, ça finit toujours par matérialiser un problème qui n’est que le fruit d’une imagination mal utilisée. Escouade GAMMA, ah oui? Vous pensez vraiment que ce peuple va se lever, que c’est nous la plus grande menace? Vous pensez vraiment que ce qui arrive en Grèce, en Espagne, en Égypte, en Lybie, et j’en passe, vous pensez que ça peut se reproduire au Québec? Laissez-moi vous glisser un conseil : arrêtez de rêver à des éléphants à réaction! Jamais – et je dis jamais – va-t-il se lever, ce populo, bien que je le veuille, et que je n’y puisse rien. Bref, votre travail est inutile, votre salaire trop élevé, et le mien inexistant. Pourquoi n’avez-vous pas créée une escouade qui investigue, par exemple, la corruption de la caste politique, du secteur de la construction, des télécommunications, de la mafia veston-cravate et des proprios de l’île de Montréal? Quoi, qu’est-ce que vous me dites? Ah! Ce sont eux qui signent vos chèques, tous ces escrocs? Alors vous êtes complices! Je connais mes Droits et Libertés, et si vous m’en enlevez juste un seul, tout le monde le saura. Vous serez coupables! Quoi, qu’est-ce que vous me dites? Ah! Vous l’êtes déjà! Vous avez choisi la pire profession possible : croire avoir raison.