BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

23.10.11

Le hip-hop a tué Kadhafi


La subtilité des symboles médiatisés est telle qu’on a abouti au domaine du subliminal voilà des décennies. À ce sujet, remarquons la casquette des Yankees qu’arbore le jeune qu’aurait capturé Kadhafi, son chandail Love en plein milieu d’une tuerie. À chaque jour, le tour du monde, on voit des immigrants casquettés tout comme lui qui abandonnent la beauté de leurs habits et coutumes pour disparaître derrière une façade hip-hop importée du Pentagone. J’avais cru comprendre que ces jeunes essayaient de développer un sentiment d’appartenance à la nouvelle pseudo-culture dans leur pays d’adoption, et abdiquaient donc à toute l’autochtonie de leur sang. Mais ce dernier tour est résolument sinistre : ils adoptent le hip-hop à l’étranger, le font leur, et luttent pour le Pentagone. Le pire, ce qu’ils croient être des rebelles en lutte contre le système…

Mohammed Al-Bibi, qu’il s’appelle, le p’tit christ sans Christ. On l’a promené en héros autour de la ville de Syrte, à épaules des rebelles, le revolver en or de Kadhafi à la main comme preuve de sa capture. Il vit son quart d’heure de gloire avec la sacrée casquette des Yankees planquée sur la tête, à la vue de la planète entière. Tabarnak : comment ils font, ces étatsuniens, pour s’immiscer partout? N’est-il pas assez clair, le message, que ce sont les américains qui ont financé, avec l’OTAN, toute cette guerre? N’est-il pas assez clair que la victoire appartient aux consommateurs, que c’est le mode de vie qui a sérialisé les casquettes qui a gagné? C’est assez triste, mais Kadhafi avait averti, des mois durant, qu’il existait une conspiration étrangère contre son régime; je n’en ai pas douté un seul instant.

Les photos des rebelles, massés autour du cadavre du dictateur, munis de casquettes, de american paraphernalia, les hordes de téléphones cellulaires dernier cri qu’ils utilisent pour photographier le corps ensanglanté, avec toute la morbidité technologique qui correspond à un tel geste – tous ces détails me font vraiment douter du nouveau régime. On les voit célébrer à la télé : « Allahou akbar… », comme des sauvages, et ils n’inspirent pas exactement la confiance. On peut s’attendre à un recul fondamentaliste de la Lybie, avec ces acteurs, ainsi qu’à une attitude conciliatrice avec l’influence Yankee; bref, une nouvelle Arabie Saoudite, avec ses propres pantins instaurés en République

Et ce petit gars à casquette…sait-il qu’on l’utilise? Qu’il est l’image jeune, branchée, occidentalisante, marketable, de cette victoire? Qu’il cache, avec ses vingt ans, sa casquette et son sourire diaphane, la répression qui commence aujourd’hui, jour de la proclamation? Apprendra-t-il que trop tard sa duperie, le verra-t-on au Parc Lafontaine bientôt, nourrissant les pigeons, balbutiant l’anglais et le français avec son nouveau passeport? Reuters reviendra-t-elle pour l’interviewer, poster boy de la révolution Libyenne, 25 ans plus tard, pour le retrouver adulte et déçu, chômeur à Syrte ou à Tripoli? Pour l’instant, les Yankees ont remarqué son port de logo, et ont mordu l’hameçon en sympathisant : des articles se succèdent au sujet dans la presse étatsunienne. Un franc sucess story, pas si caché que ça.

Et c’est comme ça que le hip-hop a tué Kadhafi. Et déferleront en Lybie tous les symboles du poison des masses, sous ses multiples déguisements médiatiques et culturels, qui sévissent aujourd’hui en Occident. Nous faisons tous partie de la même expérience d’uniformisation planétaire, sous le couvercle de la globalisation. La démocratie qu’on croit exporter en fomentant ces guerres n’est qu’un prétexte pour l’abêtissement de l’espèce humaine. Pour Al-Bibi, porter une casquette américaine représente beaucoup de choses positives, de libertés acquises, de droits reconquis, et c’est probablement avec une innocence illimitée qu’il arbore le symbole du mal avec autant de fierté que le revolver doré. C’est seulement qu’il s’est fait avoir, comme tous nos banlieusards à casquette et ceinture aux genoux. Et avec lui, tout son peuple.

Mes respects à la Lybie.