BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

14.10.11

Occuper Montréal le 15 octobre?

(Photo: Calamity Gen)

Les tracts sont partout mais l’apathie du Québec n’a vraiment pas de limite : la seule chose qu’on puisse entendre à la veille de l’occupation du Square Victoria est que ça ne marchera pas, qu’il n’y aura pas assez de gens, que la police va charger, que c’est toujours pareil, tu vas voir, etc.

Il en est de ce défaitisme qui condamne à l’échec (et mat) par l’inaction. C’est certain que si personne ne se pointe le 15 octobre en se disant que personne ne se pointera le 15 octobre (et qu’il va pleuvoir), hé bien personne ne se pointera le 15 octobre [sic] et il pleuvra.

Cet auctor se permet de blaster les absents résolus live. Et c’est parce que cet auctor est lui-même, par temps normal, si grinçamment pessimiste, que dis-je, si farouchement nihilâtre, et qu’il y sera – quand-même – le 15 octobre; et que si cet auctor se pointe, étant ce qu’il est [sic], alors vous ne feriez que lui donner raison, à lui et à Lord Durham (encore lui), en omettant de vous présenter.

Pourquoi aller le 15 octobre même si on pense haut et fort que ça ne marchera pas? Parce qu’on pense que ça ne marchera pas. L’audace est le chemin vers le sublime.

Pour ceux et celles qui pensent que les manifestations du monde entier, l’indignation 2011, sont sans fondement, sachez que même Jim Flaherty est game, même s’il explique plus ou moins que, au Canada, c’est le B.S. qui nous empêche d’avoir une révolution. Sachez aussi que je vous hais, et que ça me fait du bien de savoir que je ne suis pas seul. J'ai espoir que vous tomberez bientôt.

Pour les GAMMA et autres Lambda en uniforme : je n’aurai ni pierre, ni cocktail Molotov, ni drogue sur moi. Sorry. Si vous m’espionnez le moindrement vous saurez que Seamus Heaney avait raison : Between my finger and my thumb/The squat pen rests; as snug as a gun; ainsi, j’appartiens à l’escouade QWERTY.

Au Québec, l’effervescence existe, le talent existe; mais il est focalisé, il est mis en place contre lui-même. Les pions, les fous, les reines, toutes les pièces du jeu, les blanches et les noires, sont toujours faites du même matériel, ont au cœur le même bois. Il y a tous ces penseurs, ces libre-penseurs, ces panseurs de plaies médiatiques et psychosociales qui passent le plus beau de leur temps à se provoquer et à s’exclure, à récréer les cliques qu’ils critiquent.

Même les parvenus devraient être là le 15 octobre, avec leurs syndicats crasseux, même les pitounes, les prolos, les emos, les gars de char, les douchebags, les fanas de hockey pis de bip-bip, les compositeurs académistes et les profs-racaille; bref, toute la flore et la faune qui me fait couler tant d’encre virtuel, les personnages de ce blog au grand complet, qui sont le bois de mon feu, ainsi que ceux et celles qui boivent du feu de ce blog, quand il se peut.

Par cet article, cet auctor prétend se donner la licence suffisante pour pouvoir lancer une critique lacérante du Québec et de ses habitants dans le cas d’un échec demain. Il pourra dire qu’il y était et que vous, non (c’est pour mieux te mordre). Cet auctor est on ne peut plus d’accord avec le pessimisme ambiant de la presque-nation, mais ne souhaite pas participer au problème, plutôt à la solution. Il y sera donc demain, en paix avec lui-même et avec autrui.

ET VOUS?