BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

18.10.11

Occuper Montréal tous les jours!


On avait fait fuir le sublime de nos vies.

Pour quelques milliers de personnes qui, eux, elles, n’avaient jamais renoncé au sublime, un tocsin tonne. Nous récréons, dans ce campement de l’exil volontaire, ce que nous ne pouvons pas trouver dans leur 1%. S’ils n’étaient pas là, les masqués sectaires, nous commencerions un monde comme ça, par exemple. Ou autrement, forts du 99% des possibilités.

Ça fait des années que les ableptiques, que nous sommes, avions renoncé même à l’espoir de pouvoir trouver un lieu de rencontre. Qui se souvient de la fermeture de l’Archie? Combien de lieux de rencontre libres pour têtes pensantes ou écorchées a-t-on fermé ces derniers temps? Combien de lieux existent où toutes ces gens pouvaient se rencontrer en direct devant la reine anonyme?

Combien de GAMMés nous zieutent?

Il fait froid mais la chaleur est humaine, de celle qu’on cache dans le métro, le nez fourré dans le i.escapisme, là où la seule chaleur provient de l’électricité.

Ni vol ni violence à date : c’est une société festive, elle est autrement équilibrée que les planchers boursiers. Dès qu’il n’y a plus de chef, chacun est soucieux de partager le meilleur comportement possible. C’est rassurant de trouver de tout ici, de tous âges, habits et acabits (pas trop de yos, ce sont des vendus généralement), sans idéologie précise, sans arrière-goût stalinien, tous en se parlant, en se remerciant, en écoutant. C’est le temps de faire toutes les rencontres, partir tous les projets, lancer toutes les idées que leurs muselières sociales avaient avortées.

C’est clairement une société qui donne une place prépondérante aux activités artistiques, où le partage est spontané, où la poésie et la musique existent et importent, où les gens écoutent, plus que dans la fausse vie, ce que les autres ont à dire. Énergétiquement, c’est plus efficace qu’une bombe, et ça fait naître plutôt que mourir.

Quelques étrangers se montraient déconcertés par la candeur, la bonne humeur, les sourires – « n’étiez-vous pas indignés? », nous criblaient-ils, témoins des mouvements européens et de leurs tendances chaotiques. Oui, je réponds, je suis indigné, mais l’argent ne vaut pas mon ulcère. Je lutterai plus longtemps si je souris et si j’inclus mes prochains nouvellement retrouvés à mon effort.

C’était l’esprit de l’occupation originale, le 15 mars passé à Madrid, #acampadasol : on obtient plus sans casses, désolé pour les impatients. Mais tout est tellement beau et l’hiver est tellement proche, que la question est sur toutes les lèvres : combien ça peut durer, l’Oasis Vic’, Place du Peuple?

Il faudrait penser à occuper un lieu chaud pour l’hiver, l’exiger à la ville, au gouvernement. Un lieu où nous pourrons recréer ce que nous avons ici, pour nous organiser, pour qu’au printemps nous joignent les indécis, les peureux, les chasseurs de sublime…

À quel moment nos actions commenceront à déranger au point qu’on nous expulse, arrête ou matraque? Ce n’est pas grave, nous n’en serions que plus fortEs. Pensons au présent et accomplissons le plus possible dans le temps que nous avons, en paix tant que la paix tient.

Par contre, lire les commentaires aux articles de Radio-Canne devrait être une activité formellement interdite par les professionnels de la santé, car ça fait monter anormalement le taux d’agressivité chez ceuxelles qui ont du sens commun.

Parmi les commentaires, on a eu droit à des pouilleux, des communiss’, et d’autres termes classiques dont l’histoire remonte à la réaction des rednecks aux hippies, il y a bientôt 50 ans. Cet auctor croit que Radio-Canne paie des scénaristes pour écrire ces commentaires débiles et que l’imbécillité humaine n’arrive quand-même pas , mais j’admets ma naïveté…

Pour l’instant, c’est un idéal qui pousse, des sourires partout. La preuve de sa pureté et qu’il est un peu désorienté, ce mouvement, qu’il n’a pas peur de prendre son temps, qu’il pourra toujours se dédoubler et se reconstruire comme les symboles aériens des oiseaux migrateurs. Nous repeuplons le sublime.

À demain.