BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

26.11.11

Indignez-vous de la STM!


Depuis toujours, j’évite de prendre la ligne 45 d’autobus, Papineau. Et ça ne prend pas la tête à celui-ci pour comprendre pourquoi. Au fait, il s’apparente plus à une boîte de sardines qu’à un autobus. Premièrement, parce qu’on est entassés et suintants en dedans, ensuite parce que ça ne bouge pas. Le syndiqué au volant a des instructions de continuer à tasser des gens à l’intérieur du véhicule jusqu’à qu’il ne voie plus son rétroviseur. Quand il démarre, pouvoir débarquer c’est un miracle. Et c’est que, une fois notre place prise, il n’y a plus aucun moyen de bouger, ni vers la sortie ni vers ses poches pour trouver un mouchoir, ou changer de toune – à l’heure de pointe, le transport collectif, c’est toute une chemise de force collective.

Je rencontre des vétérans de la 45. On me dit que ce trajet est toujours encombré, depuis au moins vingt ans, qu’on n’a jamais augmenté la fréquence ni la taille des autobus, qu’on a jamais créé une voie réservée, comme ailleurs au tiers monde, pour s’assurer que l’autobus ne soit pas immobilisé des heures durant dans les embouteillages. Et c’est bien la seule ville où je vois un autobus vide collé au cul d’un autobus plein, l’un un retard, l’autre en avance, sillonnant la même route. Dans le cas de la 45, avec le trafic du pont Jacques-Cartier encombrant inéluctablement son trajet, c’est impossible de comprendre pourquoi rien n’a été fait. Tout ce qu’on a fait, c’est d’augmenter les prix.

À Longueuil-UdS, on n’accepte pas les billets achetés à Montréal. Il faut débourser 3$ et endurer des syndiqués parmi les plus baveux de la planète. La première fois, comme un gros innocent, j’ai été obligé de marcher tout le pont jusqu’au centre-ville, parce que je n’avais pas assez de change, juste un billet acheté à Montréal. Je chignais tout le long de ma promenade. Or, même en lui offrant le billet et les 50 cents supplémentaires, le syndiqué n’a pas voulu me le changer. Sa dégaine m’a enragé au plus haut point. Ceci arrive des dizaines – voire des centaines – de fois par jour. Ils se paient notre gueule, à Longueuil. D’ailleurs toute référence au pont qu’on devra traverser à pied, se solde par deux réponses possibles : soit le classique ce n’est pas moi qui fais les lois ou une constatation officielle que ce n’est pas mon problème.

Une fois, c’est arrivé à une jeune dame juste devant moi dans la file du guichet. Pour ma part, j’étais déjà avisé : j’avais mon trois piasses en main. Pas le choix, j’avais appris the hard way. La dame, c’était sa première fois. Elle était d’une élégance sans pareil, et comme toute femme qui porte du Paloma Picasso, elle s’est gagnée mon empathie sans même se le proposer. Le syndiqué, un colon bleu, lui explique froide et grossièrement la situation. Mais la pauvre femme n’a pas assez de liquide. Elle a tout juste 75 cents et les lui montre, exhibant l’intérieur de son chic portefeuille. La file est longue derrière elle, et elle s’inquiète de retarder des gens. C’est alors que le gars lui lance, avec un sarcasme intolérable :

– Mais tu sors de même de chez toi, sans argent?

La dame ne savait quoi répondre à semblable grossièreté, mais moi si. Des comme ça, j’en mange. J’ai vite décidé d'éviter à la dame le besoin de perdre temporairement son élégance :

– Heille, toé! Tu vas lui parler comme du monde, le syndiqué!

S’est ensuivi un moment de tension extrême où le baveux s’est vu confronté à un miroir, à la fois que j’achetais deux billets, devant l’incrédulité de la jeune dame à qui j'ai offrais le deuxième. Elle m’a remercié avec effusion et m’a donné son billet montréalais, mais je lui ai demandé de garder son 50 cents, question de principes. Quant au syndiqué, j’ai fini en lui lançant :

– Ça paraît en ostie que t’es derrière une vitre. Mais à un moment donné, il va falloir que tu sortes. T’a intérêt à faire attention…

Ce que je vois à Montréal, c’est que les gens ne répliquent pas aux enculés de la STM, ne leur font pas passer des mauvais quarts d’heure, ne leur poussent pas au suicide ni à la réorientation professionnelle dans leurs échanges quotidiens aux guichets. À 3$ le trajet, et en vue des sempiternelles augmentations de prix de chaque nouvel an, ils devraient le faire. J’ai connu les métros de Madrid, de Londres, de Paris, les systèmes de transport de maintes autres villes, et en voyant le réseau de la STM (surtout quand ils s’annoncent meilleur réseau de transport de l’Amérique du Nord en 2010), je n’ai jamais pu éviter pouffer de rire, sauf qu’à l’heure d’acheter un billet c’est beaucoup moins drôle.

Nous avons donc un réseau déficient et trop petit, des autobus trop petits et pas assez fréquents, un manque important de voies réservées, des employés désagréables et hautains qui osent des grèves et qui n’ont pas assez peur de perdre leur job (ni leurs dents), des pannes constantes, des retards, des autobus manquants, des systèmes tarifaires inconsistants, des tarifs carrément trop élevés et un système nocturne presque inexistant. Le tout dans une ville qui se veut cosmopolite et moderne, et où il peut faire – 40°C l’hiver. Entre temps, les autos (trop souvent une personne par auto) engorgent les artères toute la journée puis les ponts deux fois par jour. Entre temps, les cyclistes n’ont pas assez de pistes cyclables, les piétons pas assez de rues piétonnes ni d’espace pour marcher. Les cyclistes se ramassent sur les trottoirs (grrrr!) et les piétons sur le banc de neige.

À quand un péage aux ponts d’accès à l’île pour solutionner tous ces problèmes à la fois? Nous avons les technologies et les idées pour nous situer à l’avant-garde du transport municipal, en vue de l’expansion métropolitaine. Mais nos institutions et nos élus jouent avec les 1 227 604 000 $ du budget de la STM, et ils ont le sang froid de demander du cash pour la guignolée en même temps qu’une augmentation monstre de la CAM (35$ de plus pour celle de Longueuil). Et l’incompétence est de taille : comme la chauffeuse qui a pété la vitre arrière d’un autobus en reculant sur la boîte électrique d’un poteau. Comme beaucoup, lorsqu’ils passent systématiquement sur les rouges (et réussissent à arriver en retard pareil), comme à chaque fois qu’ils appuient sur l’une des pédales à leurs pieds, on a l’étrange sensation qu’ils ont gagné leur permis dans le fond d’une boîte de céréales...

Non, définitivement, à la STM, ils n’ont pas assez peur.