BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

24.10.11

Balada de Juan Roa


¿y a ti quién te pagó Juan Roa
desfigurado por un enjambre
de pies sucios y cañones?

entre brazos turbios te arrancaron la lengua
con que narrar el insólito Eldorado
y se derramó aguardiente enrojecido

por las callejuelas entre fogonazos
la estilización del antiamericanismo
nació esa noche de una borrachera cachaca

por allí estaban Gabo y Fidel
con violentas hogueras y saqueo se moldearon
varios líderes mórbidos del futuro

¿y a ti quién te pagó Juan Roa
emaciado por la turba empotrada
buscando asilo en una farmacia?

con tu boca sellada se abre el enigma
y duermen en abismos los súbditos de los siglos
flaquean las esperanzas de autonomía

y crece el Cristo tétrico allí encaramado
en lo alto de cada cama y presidiendo
cada hazaña incursa de los genuflexos

la imagen es enternecedora pero no compra
el pan ni paga la luz y con la noche incendiada
se carbonizan los preceptos de la tregua

¿y a ti quién te pagó Juan Roa
con los dólares manchados de la tierra
de tu madre llorando ante el transistor?

lamentar el hambre no es suficiente pues
con cada energúmeno que bebe Coca-Cola™
fosforece el imperio y relucen sus armas

los senderos ancestrales han sucumbido
a la grotesca imposición de la dependencia
y a un abuso cada vez más grande y voraz

y América Latina con ese nombre tan
lamentablemente europeo
aun se quiere lavar de pecados que no existen

¿y a ti quién te pagó Juan Roa
para que arrebataras el futuro a un hombre
y a todo un pueblo?

23.10.11

Le hip-hop a tué Kadhafi


La subtilité des symboles médiatisés est telle qu’on a abouti au domaine du subliminal voilà des décennies. À ce sujet, remarquons la casquette des Yankees qu’arbore le jeune qu’aurait capturé Kadhafi, son chandail Love en plein milieu d’une tuerie. À chaque jour, le tour du monde, on voit des immigrants casquettés tout comme lui qui abandonnent la beauté de leurs habits et coutumes pour disparaître derrière une façade hip-hop importée du Pentagone. J’avais cru comprendre que ces jeunes essayaient de développer un sentiment d’appartenance à la nouvelle pseudo-culture dans leur pays d’adoption, et abdiquaient donc à toute l’autochtonie de leur sang. Mais ce dernier tour est résolument sinistre : ils adoptent le hip-hop à l’étranger, le font leur, et luttent pour le Pentagone. Le pire, ce qu’ils croient être des rebelles en lutte contre le système…

Mohammed Al-Bibi, qu’il s’appelle, le p’tit christ sans Christ. On l’a promené en héros autour de la ville de Syrte, à épaules des rebelles, le revolver en or de Kadhafi à la main comme preuve de sa capture. Il vit son quart d’heure de gloire avec la sacrée casquette des Yankees planquée sur la tête, à la vue de la planète entière. Tabarnak : comment ils font, ces étatsuniens, pour s’immiscer partout? N’est-il pas assez clair, le message, que ce sont les américains qui ont financé, avec l’OTAN, toute cette guerre? N’est-il pas assez clair que la victoire appartient aux consommateurs, que c’est le mode de vie qui a sérialisé les casquettes qui a gagné? C’est assez triste, mais Kadhafi avait averti, des mois durant, qu’il existait une conspiration étrangère contre son régime; je n’en ai pas douté un seul instant.

Les photos des rebelles, massés autour du cadavre du dictateur, munis de casquettes, de american paraphernalia, les hordes de téléphones cellulaires dernier cri qu’ils utilisent pour photographier le corps ensanglanté, avec toute la morbidité technologique qui correspond à un tel geste – tous ces détails me font vraiment douter du nouveau régime. On les voit célébrer à la télé : « Allahou akbar… », comme des sauvages, et ils n’inspirent pas exactement la confiance. On peut s’attendre à un recul fondamentaliste de la Lybie, avec ces acteurs, ainsi qu’à une attitude conciliatrice avec l’influence Yankee; bref, une nouvelle Arabie Saoudite, avec ses propres pantins instaurés en République

Et ce petit gars à casquette…sait-il qu’on l’utilise? Qu’il est l’image jeune, branchée, occidentalisante, marketable, de cette victoire? Qu’il cache, avec ses vingt ans, sa casquette et son sourire diaphane, la répression qui commence aujourd’hui, jour de la proclamation? Apprendra-t-il que trop tard sa duperie, le verra-t-on au Parc Lafontaine bientôt, nourrissant les pigeons, balbutiant l’anglais et le français avec son nouveau passeport? Reuters reviendra-t-elle pour l’interviewer, poster boy de la révolution Libyenne, 25 ans plus tard, pour le retrouver adulte et déçu, chômeur à Syrte ou à Tripoli? Pour l’instant, les Yankees ont remarqué son port de logo, et ont mordu l’hameçon en sympathisant : des articles se succèdent au sujet dans la presse étatsunienne. Un franc sucess story, pas si caché que ça.

Et c’est comme ça que le hip-hop a tué Kadhafi. Et déferleront en Lybie tous les symboles du poison des masses, sous ses multiples déguisements médiatiques et culturels, qui sévissent aujourd’hui en Occident. Nous faisons tous partie de la même expérience d’uniformisation planétaire, sous le couvercle de la globalisation. La démocratie qu’on croit exporter en fomentant ces guerres n’est qu’un prétexte pour l’abêtissement de l’espèce humaine. Pour Al-Bibi, porter une casquette américaine représente beaucoup de choses positives, de libertés acquises, de droits reconquis, et c’est probablement avec une innocence illimitée qu’il arbore le symbole du mal avec autant de fierté que le revolver doré. C’est seulement qu’il s’est fait avoir, comme tous nos banlieusards à casquette et ceinture aux genoux. Et avec lui, tout son peuple.

Mes respects à la Lybie.

21.10.11

Kadhafi, mon chat et les Indignés de Montréal

(Photo: Wikipedia)

Je vous le dis qu’aujourd’hui, mon chat n’a rien mangé. C’est peut-être que, dans ma tête, mes opinions ont fait 180°; peut-être que Kadhafi a été tué à Syrte, qu’on a revu le lynchage de Mussolini par blackberry; peut-être que c’est la fin du conflit armé basque, le désarmement de l’ETA; peut-être que Charest a enfin nommé une commission d’enquête sur la construction, une commission absolument inutile puisque la comparution y est volontaire; peut-être que c’est l’annonce de coupures aux commissions scolaires, par la ministre Beauchamp; peut-être aussi qu’il y a eu une tentative de viol mercredi soir pendant l’occupation du Square Victoria.

Le chroniqueur Alex Jones affirme qu’on vise à éliminer 99% des humains à travers un virus létal. Nous sommes le 99%. Je sais qu’Alex Jones est vraiment chrétien et ça me démange, ses hypothèses conspirationnistes à saveur de feuilleton et de preacher, mais aujourd’hui je kiffe sa théorie. C’est que tout a du sens sous la perspective d’une grandeur-nature, d’un jeu de rôle mondial; quelque chose me dit qu’on s’apprête à détruire la gauche et la droite à tout jamais, et que tout ce qui s’est passé en cette journée est intimement relié. Peu importe ce qu’on fasse, ils risquent de nous exterminer maintenant qu’ils ont tout le ADN répertorié.

Nous pensons, dupes, que toute cette vague de contestation empêche le nouvel ordre de s’établir. Ma synapse de la journée me porte à une nouvelle conclusion : la contestation aussi faisait partie du plan. Le but du printemps arabe? De récupérer le pétrole et les aquifères de la Lybie et de neutraliser le pouvoir des médias sociaux, de trouver de nouveaux terrains d’exploitation. Le but d’exporter le printemps arabe? En Europe, de permettre son islamisation commercialisable et la chute de ses pouvoirs classiques; en Amérique, de justifier le renforcement du statu quo.

Bien que de plus en plus de tentes soient installées devant la Tour de la Bourse, je ne peux – après cinq jours de fréquentation – qu’être déçu. Pour emprunter l’expression d’un ami : c’est un safari urbain; en effet, de nombreux visiteurs et même quelques japonais munis de caméras de poche font le tour des lieux sans toutefois participer. On n’y trouve, mis à part quelques présences sporadiques comme celle d’Armand Vaillancourt, aucun artiste professionnel. Aucun poète, juste du slam, des jams d’amateurs heureux. Il est où l’appui de tant de déçus issus de tous les milieux? Où sont les foutus syndicats (voilà la gauche moderne)? Et la grève étudiante, quoi?

Excusez-moi, mais je fais beaucoup plus de mal à ce système abusif chez moi, dans mes cercles sociaux, quand je joue, quand je lis, et surtout quand je crée. Depuis que j’occupe Montréal, je ne m’occupe plus de ma Sonate GAMMA, op. 41, pour cor et piano, ni de mes deux romans, chacun en une langue, ni de ce blog, ni de mon chat (oui, l’animal, pas la jasette). Je vous disais donc qu’il n’a rien mangé aujourd’hui; l’assiette et le bol étaient intouchés depuis mon départ de la maison…

Avoir des AGs de quatre heures où n’importe quelLE idiotE (voilà la démocratie, n’est-ce pas?) peut embourber, malmener ou ralentir le processus décisionnel en intervenant, ce n’est que recréer les parlements, sénats et autres structures du pouvoir que nous dénonçons. Une infirmière a réussi à faire passer une loi proto-fasciste qui empêchait de fumer dans les AGs, qui se déroulent pourtant à l’air libre; franchement, une remarque polie aurait suffi à faire éteindre ma cigarette, pas besoin d’instaurer une loi que le pouvoir que nous dénonçons n’a même pas songé à appliquer. Sérieusement, quelle perte de temps et d’énergiiiiiiiiiiiiiiie (que ça criait comme dans un Rainbow).

Sortons les fleurs des pots, (comme peut se lire sur l’une des pancartes) et elles crèveront. Ce genre de slogan appartient à une poésie pauvre, à un art mauvais, à une esthétique avariée, à des critères sans références. Le manque de feu, de beauté ou de talent n’a strictement rien à voir avec la jeunesse. Ce camp de réfugiés, insalubre et précaire, cet âge de pierre, n’est pas la seule façon – et surtout pas la plus efficace – de combattre le capitalisme. Ça me donne une envie folle de rendre service (encore) à GAMMA (non, merci, je ne veux pas travailler pour vous) en crashant l’occupation Montréalaise : trop mièvre, pas assez folle-utile, pas assez folle-éduquée, pas assez explosante-fixe (André Breton), que du CÉGEP et des phautes d’ortografe [sic].

Faire partie d’une élite artistique puis désirer en même temps la mort du système, c’est d’être pris en sandwich. Ni gauche, ni droite. La plupart de nos indignés ont besoin d’être éduqués dans l’intuition et dans l’histoire de l’art avant de concevoir la lutte; ils et elles n’ont souvent pas saisi la nature du duende. Samedi, dimanche, j’ai vu des appuis de la contre-culture; leurs nombres diminuent, je crains n’être le prochain. À leur place, commence à s’installer une croûte opportuniste qui, comme des limaces, mangera les bonnes plantes.

Jacques Marier, un lecteur de Radio-Canne, suggérait qu’on occupe aussi « la maison symphonique, i.e, l'archétype de la classe des parvenus et le son est si beau ». Nous serions, à date, deux compositeurs à vouloir s’y asseoir en permanence (en plus, c’est chaud); je doute qu’on comprenne que c’est une occupation. Si ce n’était du foulard palestinien, on nous aurait pris pour des mélomanes. Pour les autres : je doute qu’ils se souviennent de c’est quoi un compositeur (je doute qu’on comprenne que c’est une occupation). Je suis tellement baroque, Obama.

Qu’est-ce qu’on écrit dans une journée comme ça?

Enfants de chienne, vous m’avez tué Kadhafi comme des osties de sauvages pas d’cœur? Je vais faire péricliter (d’késsé?) votre printemps arabe, votre automne à rabais, votre AG d’à la con? Indignés ou indignes, indignants ou indigents, in & daignants?

Qu’est-ce qu’on écrit?

Je vais créer un comité de ’Pataphysique et vous allez touTEs chier à terre? Je ne suis pas impressionné du tout (sauf de quatre ou cinq personnes, toutes pour des raisons différentes) par ce déploiement d’art amateur et de proto-المجلس الوطني الانتقالي ? Je ne crois pas à votre cessez-le-feu permanent ?

Mais qu’est-ce qu’on écrit, bordel?

On a failli violer une femme : votre démocratie ne marche pas. J’ai crié après un gars qui disait que nous représentions le peuple : Ne m’équivaut pas à ce peuple inculte par vocation, à la populace pis au prolo parvenu qui chie notre culture en allant au hockey ! Je ne représente que moi-même et personne d’autre! Et j’ajouterais maintenant que nous ne sommes pas le 99%, au mieux le 0,99%. Je sommes le 44%, à moétouseul (version Raoul Duguay). Dada Dada Dada !

Je reviens à la maison, lourd, dégoûté : il n’y a personne dans le métro qui manifeste, personne dans la Plaza Desjardins, dans son hall d’entrée aseptisée avec sa musique d’ascenseur, personne dans tous les endroits de la ville que je traverse. Tout est focalisé, comme un village, devant la Tour de la Bourse. On me dit : attends, ce n’est qu’un début. Je réponds, haïssable pour beaucoup : en effet, il y a beaucoup de débutants.

Dans mon cadre de porte, je me tiens hagard après ma journée. Seul mon chat parvient à me sortir de ma torpeur initiale. C’est là que je constate qu’il n’a rien mangé. Il n’a pas touché à son assiette depuis ce matin, quand j’étais sorti de la maison. Nous l’avons appelé Kafka pour aller avec mon nom, mais aussi parce qu’il se cachait derrière la laveuse. Ça faisait Kafkaïen. Je résous que mon chat est plus important que Kadhafi, que l’ETA, que les AGs foireuses, que la commission Charbonneau, que l’indignation elle-même; tout ça, ça fait partie du programme de notre intégration dans le nouvel ordre, que mon chat ne connaîtra jamais.

Kafka, au moins, ne me laissera pas tomber, comme ces humains traitres avec leur démocratie.

18.10.11

Occuper Montréal tous les jours!


On avait fait fuir le sublime de nos vies.

Pour quelques milliers de personnes qui, eux, elles, n’avaient jamais renoncé au sublime, un tocsin tonne. Nous récréons, dans ce campement de l’exil volontaire, ce que nous ne pouvons pas trouver dans leur 1%. S’ils n’étaient pas là, les masqués sectaires, nous commencerions un monde comme ça, par exemple. Ou autrement, forts du 99% des possibilités.

Ça fait des années que les ableptiques, que nous sommes, avions renoncé même à l’espoir de pouvoir trouver un lieu de rencontre. Qui se souvient de la fermeture de l’Archie? Combien de lieux de rencontre libres pour têtes pensantes ou écorchées a-t-on fermé ces derniers temps? Combien de lieux existent où toutes ces gens pouvaient se rencontrer en direct devant la reine anonyme?

Combien de GAMMés nous zieutent?

Il fait froid mais la chaleur est humaine, de celle qu’on cache dans le métro, le nez fourré dans le i.escapisme, là où la seule chaleur provient de l’électricité.

Ni vol ni violence à date : c’est une société festive, elle est autrement équilibrée que les planchers boursiers. Dès qu’il n’y a plus de chef, chacun est soucieux de partager le meilleur comportement possible. C’est rassurant de trouver de tout ici, de tous âges, habits et acabits (pas trop de yos, ce sont des vendus généralement), sans idéologie précise, sans arrière-goût stalinien, tous en se parlant, en se remerciant, en écoutant. C’est le temps de faire toutes les rencontres, partir tous les projets, lancer toutes les idées que leurs muselières sociales avaient avortées.

C’est clairement une société qui donne une place prépondérante aux activités artistiques, où le partage est spontané, où la poésie et la musique existent et importent, où les gens écoutent, plus que dans la fausse vie, ce que les autres ont à dire. Énergétiquement, c’est plus efficace qu’une bombe, et ça fait naître plutôt que mourir.

Quelques étrangers se montraient déconcertés par la candeur, la bonne humeur, les sourires – « n’étiez-vous pas indignés? », nous criblaient-ils, témoins des mouvements européens et de leurs tendances chaotiques. Oui, je réponds, je suis indigné, mais l’argent ne vaut pas mon ulcère. Je lutterai plus longtemps si je souris et si j’inclus mes prochains nouvellement retrouvés à mon effort.

C’était l’esprit de l’occupation originale, le 15 mars passé à Madrid, #acampadasol : on obtient plus sans casses, désolé pour les impatients. Mais tout est tellement beau et l’hiver est tellement proche, que la question est sur toutes les lèvres : combien ça peut durer, l’Oasis Vic’, Place du Peuple?

Il faudrait penser à occuper un lieu chaud pour l’hiver, l’exiger à la ville, au gouvernement. Un lieu où nous pourrons recréer ce que nous avons ici, pour nous organiser, pour qu’au printemps nous joignent les indécis, les peureux, les chasseurs de sublime…

À quel moment nos actions commenceront à déranger au point qu’on nous expulse, arrête ou matraque? Ce n’est pas grave, nous n’en serions que plus fortEs. Pensons au présent et accomplissons le plus possible dans le temps que nous avons, en paix tant que la paix tient.

Par contre, lire les commentaires aux articles de Radio-Canne devrait être une activité formellement interdite par les professionnels de la santé, car ça fait monter anormalement le taux d’agressivité chez ceuxelles qui ont du sens commun.

Parmi les commentaires, on a eu droit à des pouilleux, des communiss’, et d’autres termes classiques dont l’histoire remonte à la réaction des rednecks aux hippies, il y a bientôt 50 ans. Cet auctor croit que Radio-Canne paie des scénaristes pour écrire ces commentaires débiles et que l’imbécillité humaine n’arrive quand-même pas , mais j’admets ma naïveté…

Pour l’instant, c’est un idéal qui pousse, des sourires partout. La preuve de sa pureté et qu’il est un peu désorienté, ce mouvement, qu’il n’a pas peur de prendre son temps, qu’il pourra toujours se dédoubler et se reconstruire comme les symboles aériens des oiseaux migrateurs. Nous repeuplons le sublime.

À demain.

16.10.11

Occuper Montréal le 16 octobre?


Cet auctor ne cesse de chialer, et pour une fois, c’est aux anarchistes qu’il correspond de se faire blaster. Pas aux gars de char, pas aux douchebags, puis – pour une fois – pas à la police. Et non, ça m’intéresse toujours pas de travailler pour GAMMA. C’est donc sans salaire que je vais chier sur certains anarchistes.

Il y a en a un, sans gonades pour nous livrer son nom, un p’tit cagoulé qui a écrit un article anonyme sur le site du CMAQ, qui se prétend porte-parole, un chef-anarchiste [sic] sans d’évidentes connaissances étymologiques; c’est lui (ou elle) qui me fait penser ceci: un anarchiste qui utilise le nous en écrivant, ça se tient-tu aux tam-tams le dimanche?

Dans sa philippique, ce chroniqueur improvisé fait bâiller avec son emploi systématique de termes qu’on croyait enterrés avec les guerres mondiales : un vocabulaire de lutte épuisé, qui résulte particulièrement anachronique et ridicule en bouche d’un peuple presque sans histoire. Le cas est qu’ils ne se pointeront pas, ils n’occuperont pas, ils vont rester chez eux : ils sont déçus qu’il n’y ait pas de casse.

Cet auctor ne croit pas plus en la démocratie que ce pauvre anonyme, mais considère profondément arriéré d’exclure la possibilité d’une solution pacifique lorsque l’opportunité – comme cette occupation – se présente. Cet auctor n’aime pas plus la flicaille que cet anarchiste caché, mais soupçonne que ce dernier est surtout déçu qu’ils se soient montrés civiques, les flics, qu’on n’ait pas justifié sa colère avec des arrestations massives.

Cet anarchiste est perdu si la police s’avère être respectueuse envers lui : sa lutte s’effondre. C’est ce qu’est arrivé aujourd’hui. Il s’est plaint chez lui toute la journée, et comme les flics n’étaient pas assez méchants, il a chargé contre la charte du mouvement Occuper Montréal. Il trouve que c’est de l’intolérance "autoritair(e), violent(e) et répressi(ve)", que de ne pas souhaiter qu’il y ait de la violence.

Écoutez, les clowns : moi, ça m’est égal, rien de ce que vous songez à briser ne m’appartient. Mais n’étiez-vous pas des ingouvernables? Depuis quand attendez-vous, ingouvernables, le signal du peuple pour faire sauter les banques, par exemple? Vous rendez-vous compte de votre incohérence basique, de votre non-sens, de votre bac en science po’ mal digéré? Votre Trotskysme coule un peu…

Si vous voulez casser, cassez, non? Vous êtes des anarchistes, vous n’avez jamais demandé la permission, n’est-ce pas? Autrement vous ne seriez pas des anarchistes, sinon de simples criminels à l’heure de faire des casses. Et – pour être francs – vous faites quoi comme casse? Il se passe jamais rien ici, come on, vous parlez comme si vous étiez une force de frappe redoutable dont le mouvement ne peut se passer s’il veut réussir.

Pour une fois qu’il se passe quelque chose de positif, à la place de participer – comme cet auctor et au-delà de 6000 personnes (selon certaines informations) l’ont fait en cette 1ère journée – il s’en trouve toujours un pour broyer du noir, comme son drapeau. Et c’est lui qui justifie, par ses attitudes de révolution puérile, dépassée, désuète, les salaires faramineux, les actions musclées et les abus policiers lorsqu’ils ont lieu.

Au moins, les enculés qui ne se pointent jamais à ces évènements-là n’ont pas passé leur journée à chialer sur nous. Drôlement, leur absence insouciante nuit moins à notre cause que l’absence motivée de cet idiot qui, lui, partage la cause, mais ne voit pas l’utilité de sa présence autrement que par la violence. Sans doute il ne se conçoit pas lui-même hors de sa version angoissée de la lutte des classes.

Il prouve, autant que ses cousins antipodiques du FMI, que l’Homo Sapiens Sapiens peut vraiment être un animal très perturbé, prône à la morsure. Il ne se rend pas compte, ce moraliste de pacotille, que personne ne l’a appelé, que personne l’écoute, en fait, que juste un anarchiste de droite, vieux renard cabrón comme cet auctor l’écoute encore, parce qu’il en mange au ’tit-déj’, de ceuses-là.

Il ne se rend surtout pas compte qu’il représente trop l’ennemi classique du pouvoir, que sa lutte est finie, qu’une nouvelle commence, sans chats ni souris. Une lutte qui permet aux gens, justement, de se rencontrer en dehors des cercles politiques, et de se réapproprier leurs vies sans devoir choisir une couleur, un drapeau, ni un vocabulaire honteux, aussi noir soit-il. En langage humain, ce rêve s’épèle espoir.

À demain.

14.10.11

Occuper Montréal le 15 octobre?

(Photo: Calamity Gen)

Les tracts sont partout mais l’apathie du Québec n’a vraiment pas de limite : la seule chose qu’on puisse entendre à la veille de l’occupation du Square Victoria est que ça ne marchera pas, qu’il n’y aura pas assez de gens, que la police va charger, que c’est toujours pareil, tu vas voir, etc.

Il en est de ce défaitisme qui condamne à l’échec (et mat) par l’inaction. C’est certain que si personne ne se pointe le 15 octobre en se disant que personne ne se pointera le 15 octobre (et qu’il va pleuvoir), hé bien personne ne se pointera le 15 octobre [sic] et il pleuvra.

Cet auctor se permet de blaster les absents résolus live. Et c’est parce que cet auctor est lui-même, par temps normal, si grinçamment pessimiste, que dis-je, si farouchement nihilâtre, et qu’il y sera – quand-même – le 15 octobre; et que si cet auctor se pointe, étant ce qu’il est [sic], alors vous ne feriez que lui donner raison, à lui et à Lord Durham (encore lui), en omettant de vous présenter.

Pourquoi aller le 15 octobre même si on pense haut et fort que ça ne marchera pas? Parce qu’on pense que ça ne marchera pas. L’audace est le chemin vers le sublime.

Pour ceux et celles qui pensent que les manifestations du monde entier, l’indignation 2011, sont sans fondement, sachez que même Jim Flaherty est game, même s’il explique plus ou moins que, au Canada, c’est le B.S. qui nous empêche d’avoir une révolution. Sachez aussi que je vous hais, et que ça me fait du bien de savoir que je ne suis pas seul. J'ai espoir que vous tomberez bientôt.

Pour les GAMMA et autres Lambda en uniforme : je n’aurai ni pierre, ni cocktail Molotov, ni drogue sur moi. Sorry. Si vous m’espionnez le moindrement vous saurez que Seamus Heaney avait raison : Between my finger and my thumb/The squat pen rests; as snug as a gun; ainsi, j’appartiens à l’escouade QWERTY.

Au Québec, l’effervescence existe, le talent existe; mais il est focalisé, il est mis en place contre lui-même. Les pions, les fous, les reines, toutes les pièces du jeu, les blanches et les noires, sont toujours faites du même matériel, ont au cœur le même bois. Il y a tous ces penseurs, ces libre-penseurs, ces panseurs de plaies médiatiques et psychosociales qui passent le plus beau de leur temps à se provoquer et à s’exclure, à récréer les cliques qu’ils critiquent.

Même les parvenus devraient être là le 15 octobre, avec leurs syndicats crasseux, même les pitounes, les prolos, les emos, les gars de char, les douchebags, les fanas de hockey pis de bip-bip, les compositeurs académistes et les profs-racaille; bref, toute la flore et la faune qui me fait couler tant d’encre virtuel, les personnages de ce blog au grand complet, qui sont le bois de mon feu, ainsi que ceux et celles qui boivent du feu de ce blog, quand il se peut.

Par cet article, cet auctor prétend se donner la licence suffisante pour pouvoir lancer une critique lacérante du Québec et de ses habitants dans le cas d’un échec demain. Il pourra dire qu’il y était et que vous, non (c’est pour mieux te mordre). Cet auctor est on ne peut plus d’accord avec le pessimisme ambiant de la presque-nation, mais ne souhaite pas participer au problème, plutôt à la solution. Il y sera donc demain, en paix avec lui-même et avec autrui.

ET VOUS?

9.10.11

Menuhin et Carignan



Sur You Tube, la vidéo est relativement pauvre, le son décalé, saturé, griffé d’interférences; néanmoins, l’étincelle passe : il s’agit d’un extrait de la série The Music of Man (1979). Cette série est présentée par le célèbre violoniste Yehudi Menuhin (1916-99), et dans l’extrait il partage la vedette avec le légendaire Jean Carignan (1916-88), violoneux, dans un charmant pot-pourri d’André Gagnon adroitement nommé Petit Concerto pour Carignan. Le morceau est ingénieusement concocté afin de galvaniser le mariage de ces deux mondes dont l’amitié devient malheureusement si improbable sous les circonstances de l’histoire actuelle de la culture. À partir d’une simple structure A-B-A, qui reproduit le concept baroque du contraste entre solo et ripieno, Gagnon a introduit, composant un peu comme un DJ, des loops de Vivaldi et Bach pour Menuhin et, pour Carignan, deux chansons traditionnelles irlandaises arrivées au Québec par bateau : The Morning Dew/Kid in the mountain et The woman of the house. Le résultat est extrêmement contagieux.

Les années soixante-dix étaient ceux du prog, de la fusion, du retour d’une certaine esthétique baroque et des versions rock de grands classiques, de E.L.P. à Mantovani (non, pas Bruno). En même temps, la musique classique commençait à s’ouvrir, à faire des concerts dans des stades de sport; c’est l’apogée de Glenn Gould au studio, des théories de McLuhan, de la vulgarisation télévisuelle de Sagan, de Bernstein, d’Attenbourough. C’était l’époque où l’on s’intéressait aux instruments d’époque et à l’ethnomusicologie. La petite porte couinait en s’entrouvrant : la soupe s’avérait être bonne en 1979 pour cette rencontre, et au Québec l’espoir était encore très grand à ce moment-là. C’est dans ces circonstances que se produit la rencontre de ces deux grands artistes aux deux côtés du violon – le violoniste et le violoneux, le lettré et l’illettré, tous deux aussi savants. Le moment où passe le duende est clairement palpable sur cette vidéo pour autant que sa qualité sur le support de You Tube laisse à désirer. C’est dans le visage hébété et admiratif de Menuhin pendant le solo de Carignan. Ce regard nous dit à tous – vénérables grands singes de la musique que nous sommes – que nous avons beaucoup à apprendre de ce que nous avons ignoré pendant tant de soi-disant civilisation.

La même culture qui a produit Beethoven a ravagé aussi l’Afrique. Il faut réintégrer le concept d’orchestre dans notre temps, inclure et couver. Ça prend des concerti pour uilleann pipes et shō, pour banjo et kora, pour gaita colombienne et ney, pour tout ce qui est riche et à la fois boudé étonnamment par la culture savante. Réunir plusieurs univers par le compromis de l’observation et de la notation musicale, ce qui revient au compositeur, est une tâche difficile lorsqu’on considère que les joueurs de ces instruments exotiques s’avèrent souvent être incapables de lire la musique. Patience et technologie d’enregistrement peuvent – oui – réussir, mais l’incroyable outil de communication entre cultures qu’est la notation musicale doit être mis de l’avant autant que possible. L’apprentissage de la musique comme langue universelle devrait être obligatoire dans les écoles bien avant que celui de l’anglais, cette langue universellement imposée.

Un avertissement : le post-modernisme, la mise en sandwich de toutes les manifestations culturelles, ne convient pas (ou, en tout cas, ne convient plus) à l’avancement de l’art. On ne peut qu’entretisser un nouvel art qu’on ne saurait pas reconnaître maintenant, et le laisser se métisser avec une complexité évolutive digne de la vie elle-même, et ceci – avec le degré gigantesque d’infos, d’images, de distractions qui sollicitent notre attention – peut prendre plusieurs dizaines des années. Germer un truc autonome qui n’est pas une simple continuation ni un académisme cumulatif des génies passées, faire naître un truc à part entière comme le jazz, ou comme Carlo Gesualdo, par exemple, ça ne se fait pas sans souffrance purement humaine, ça ne se fait certainement pas avec des pilules et en se ravageant les tympans avec de la house de mauvaise qualité, ça ne se fait pas avec des conservatoires élitistes ni des programmes d’ordinateur pour snobs (e.g. Open Music, Max/MSP…).

Le post-modernisme déshumanise : le regard pénétrant et chaleureux de Menuhin, plein de respect pour la Musique avant tout, humanise.