BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

16.2.12

Le réveil du tiers monde


Les citoyens du premier monde se plaignent souvent du troisième – c’est sale, c’est chauviniste, c’est inculte, c’est dangereux, c’est sous-développé, c’est ci, c’est ça…mais ils y vont volontiers pour tenir des Sommets des Amériques, piller des ressources à bas prix, baiser des putes, abuser d’enfants, sniffer de la poudre pas chère et – en général – y reproduire tous les comportements arriérés qui sont condamnables ou condamnés chez eux. L’absence de conscience du tiers monde vis-à-vis des problèmes majeurs d’ordre mondial, tels l’écologie, l’éducation, l’économie ou les inégalités sociales, transforme ses citoyens en proies faciles de ces systèmes déprédateurs qui, ayant épuisé leurs biens originaux, ayant rencontré une opposition grandissante à niveau domestique, se sont aventurés vers de nouveaux horizons vierges de leur exploitation sans répit.

Bien entendu, l’histoire de l’exploitation du tiers monde n’est pas nouvelle; autrement, le tiers monde ne serait pas le tiers monde. Il aurait eu bien plus qu’une médaille de bronze dans cette course mondiale à l’accumulation, la spéculation, la goinfrerie et la mainmise, étant infiniment plus riche en ressources naturelles, humaines et culturelles que ledit premier monde. Ce n’est pas par hasard qu’y règnent le crime, les mafias, la pauvreté et les maladies; ce n’est pas par hasard que la politique y est presque toujours pratiquée par des pantins, des abuseurs, des dictateurs et des vendus – le tiers monde porte en soi la cicatrice génétique de la conquête depuis des siècles, pour ne pas parler des dommages causés par l’Église. Son exploit est d’avoir réussi à vaincre une première étape du colonialisme à travers une construction identitaire valide, qui est en train de prouver – de nos jours – sa richesse, son courage et la durabilité de ses qualités.

Or – comme pour un bouchon de liège submergé de force dans l’eau et dont on enlèverait soudain cette pression – ça saute. Les abuseurs ont commencé à tomber – d’abord l’Europe, puis l’Amérique du Nord (gare à l’Asie…). Tant de notoriété cosmopolite, de glamour séculaire, de puissance historique, de fierté génitrice – s’effondrent tumultueusement. Le monde ne pouvait reposer indéfiniment sur des préceptes économiques basés sur des ressources épuisables et désormais les conquérants se voient à leur tour conquis. Les immigrants arrivent en masse depuis le tiers monde vers l’Europe, vers l’Amérique du Nord, et lentement déconstruisent les appareils de torture qui les ont ensevelis. L’avancée inexorable de ce revirement se lit au jour le jour dans des désastres économiques que nul média ne saurait cacher. Sans aucun doute, c’est le début de la fin du jeu.

Plus important que cet exode massif, se trouve un exode plus select en sens inverse, concernant des gens du premier monde qui commencent à migrer utilement vers le tiers monde. Ces gens ont l’éducation, la préparation et la volonté de nourrir les consciences dites tiers-mondistes pour les amener vers une autonomie nécessaire qui est maintenant envisageable en vue de l’effondrement imminent du premier monde. Le siècle qui débute a un besoin urgent d’acuité, celle-ci pouvant être atteinte seulement à travers l’éducation massive, laïque, non-partisane, gratuite et obligatoire des êtres humains et la cessation des chaînes d’exploitation auxquelles nous sommes soumis historiquement. Un nouveau système de valeurs devra émerger de cette conscience, prête à prendre les rênes d’une mondialisation inévitable avec un sens aiguisé de ce qui est juste et équitable, priorisant une notion fraîche de la protection du patrimoine culturel historique et de l’enrichissement humain par-delà les gains matériels.

Si ces nouveaux préceptes réussissent à se frayer un chemin sans recourir à l’exploitation des ressources humaines et naturelles, la vengeance culturelle ou la priorisation sociale et matérialiste, le monde aura un avenir meilleur. Dans les cas contraire, nous nous entretuerons certainement dans une terre de plus en plus inhospitalière envers notre existence collective. Pour cela, nous devrons éradiquer la politique comme pratique de gestion mondiale, ainsi que mettre un frein à l’importance du commerce comme mode de vie prioritaire. Nous devons substituer politique et commerce – aussi utopique que cela puisse paraître – par une spiritualisation non-dogmatique, par une pratique assidue de l’amour et de la connaissance. Seulement une fois le respect inculqué comme règle naturelle et commune à tous les êtres, pourrons-nous briser le cycle pervers de notre course au suicide.

Dans ce sens, il est souhaitable que les citoyens du tiers monde cessent leurs guerres internes et qu’ils encouragent les citoyens avertis de leurs anciens pays colonisateurs dans leurs présents (et pressants) efforts de faire effondrer le système. Quand, au cours des derniers deux cents ans, ces nouveaux pays ont déclaré leur indépendance – ce n’était qu’une illusion. Quand ils daigneront refuser les aides du Nord, les plans de redressement des banques mondiales, fermer les portes au tourisme bas-de-gamme et aux multinationales – ils seront réellement indépendants. À eux de prendre maintenant le taureau par les cornes et de se déclarer libres de toute influence nuisible. À eux de se savoir maintenant les timoniers du monde, prêts à affronter la nouvelle tempête – car nul exploiteur ne tombera sans livrer une bonne bagarre…