BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

8.6.12

Tais-toé, Villeneuve!



Voilà qu’enfin le Québec se réveille! Et c’est à ce moment-là que les riches changent de pays, dit le pollueur en chef du Canada, l’amibe motorisée, Jacques Villeneuve. Hourra alors, ça va même valoir la peine que j’y retourne un jour!  Espérons que, cette fois-ci, Ecclestone crisse son camp pour de vrai. Peut-être que nous aurons accès à des véhicules électriques plus facilement si ces obsédés du pétrole s’en vont ahuris pour ne plus revenir. Peut-être qu’alors nous comprendrons mieux les réalités de la pauvreté qu’existe au Québec et que nous prendrons des pas surs pour l’enrayer. Tout le cash qu’est brûlé avec chaque Grand Prix pourrait être réinvesti dans les universités, dans les services sociaux, dans les communautés autochtones, les régions éloignées et j’en passe. Espérons, effectivement, que tout le bruit insupportable et la célébration de la médiocrité et du machisme crasse qu’ont représenté – jusqu’ici – ce Grand Prix, soient sacrifiés publiquement, au grand dam de tous les imbéciles heureux du pays. Comme ça, ce seront des imbéciles malheureux : il était temps, batinse…

Laissez-moi, GRC et gang de tabarnak au pouvoir, depuis ma distance, vous laisser clair une chose : votre ordre doit mourir. J’ai trop sacrifié déjà pour le Québec mais j’admire ceux et celles qui sont vraiment encore là. J’encourage les lucides et les intègres à aller jusqu’au déchiquètement total des intégrants de la machine toute-engloutissante. Le problème au Québec, c’est qu’on n’a pas assez peur. On s’inquiète pour quelques vitres cassées – s’inquiète-t-on pour des menaces de mort menées à bout? Il n’y en a pas. Seuls y sont assassinés les mafieux aux prises avec des dettes de drogue et quelques joueurs de poker bas-de-gamme. Seul D’arcy McGee. Les gens, au Québec, meurent de cancer et de stress, se suicident par ennui et crèvent d’embonpoint. Le gouvernement Charest ne se rend pas compte de que le pays est trop sous contrôle, de que la situation au Québec est impossible à faire déborder. Les étudiants, les syndicats, dans leurs moyens de pression, ne brisent pas les règles du bon comportement général. Si ce n’était qu’ils cassent quelques vitres et jettent quelques pierres, c’est bien la paix.

Si le ton montait, ça changerait. Mais ça manque beaucoup d’imagination. Les étudiants auraient dû provoquer ce conflit il y a au moins une décennie, maintenant c’est trop tard. En effet, la société en tant que telle n’a plus de raison d’être; voici l’ère hyper-commerciale du nihilisme existentiel. On ne peut plus sauver quoi que ce soit et encore moins un diplôme. Si les causes de ce désastre avaient été décelées il y a dix ou vingt ans, on aurait aujourd’hui une génération créative en train de participer à l’histoire. Si on pouvait à peine concevoir le manque de motivation de ces jeunes, on éprouverait une déception totale. Ils veulent à tout prix rentrer dans le système car, au fond, ils ne luttent que pour ça. C’est pénible.

Comme si les études, au Québec, valaient la peine. N’importe qui, avec imagination, discipline, force d’analyse et motivation, peut s’éduquer mieux sur Wikipédia. Ils luttent pour s’endetter moins, tandis que le gouvernement vend les ressources du pays et s’empoche les bénéfices. Et le gouvernement fait ça parce qu’aucun juge se fait lyncher, parce qu’aucun policier se fait brûler sur la place publique, parce qu’aucun fils de PDG se fait séquestrer et torturer, parce que les excès de la laideur humaine ne rentrent pas dans l’équation québécoise, et c’est ainsi que la beauté devient à son tour banale et – à la longue – imperceptible. Bien sûr que ce n’est pas souhaitable, tout ce que j’ai dit (ou peut-être que oui); ce n’est pas moi qui compte procéder, mais que faut-il faire pour cesser les abus des leaders de la société et l’indifférence de cette société à leur égard? Est-elle mieux, moralement, l’exploitation illimitée du Grand Nord, l’inaccessibilité aux études supérieures, les abus policiers et financiers? Est-il mieux, le Grand Prix?

Ça a commencé à marcher parce que voilà que cet imbécile de Jacques Villeneuve a peur de perdre son petit jeu de pouvoir. Il chiâle, gesticule dans son petit cocktail-bénéfice : il chie dans son froc. C’est jouissif – son règne achève.

Alors, pour que ça marche, il faut cesser de vouloir danser sur la musique des abuseurs. En tant que société, nous avons la possibilité d’exclure le gouvernement de l’influence qu’il compte avoir sur nous. Ceci s’accomplit en faisant nos propres structures, en construisant nos propres écoles. Réfléchissons sur ce pour quoi nous nous battons aujourd’hui : nous faire reconnaître officiellement par la génération précédente. Nous avons d’autres systèmes de reconnaissance, nous, que nous ne faisons pas valoir. Notre manque d’imagination collectif nous mène à essayer de sauver ce qu’est déjà brisé. À ce rythme, nous allons perdre au moins une génération au conflit perpétuel de deux mondes irréconciliables. Faisons plutôt fi de cette distraction ponctuelle et, à place de mettre fin à un monde fini, commençons le nôtre.