BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

26.2.13

DOCU DU FUTUR #728


(Caricature de Gary Larson)

Les carnivores vivent dans le meurtre, dans le ventre du meurtre, un meurtre dans le ventre. Autant la prédilection augmente, viciée. Nous sommes mûrs pour la barbarie, debout dans le spectacle saignant de la terre moderne : une planète fraîchement défraîchie, fichtrement défrichée, déchiffrée et fichue à rythme d’hyperbole. L’allégresse dans un tel contexte, tout comme la légèreté, l’obnubilation, l’attente désincarnée, la possession brute et l’avidité, la vanité consommable, la banalité et l’inculture post-partum – tous ces gestes ou étiquettes de bâillement sont la boue et la merde d’un engrenage en voie de putréfaction. L’ambre préservera juste de la merde de notre époque et les livres d’histoire du futur nommeront Haliburton comme le dieu de la guerre et Coca-Cola comme le dieu des pauvres. « Le carnivore », dira-t-on de nous, « était mal adapté à son environnement (imaginons le documentaire du futur, pour faire dangereusement léger et sensationnaliste) et a fini par succomber à des crises auto-infligées. Les descendants de la coquerelle, par contre, ont eu plus de chance sur les torrides sentiers de l'évolution… »

Des abattoirs aux corridas, des chiens errants jusque dans l’assiette – les animaux méritent plus de respect que les humains. Nous nous étonnons que les chinois mangent du chien or nous mangeons la vache, le porc, le poulet... C’était un statement à la Jésus. Dans notre dernière leçon, nous avions (Boeing, Airbus, Embraer, etc.) pu comprendre (plus comprendre, más despacio) que Jesús en espagnol se prononce comme si on allait cracher, avec l’accent sur le ú; puis en français comme si on chuchotait mais avec l’accent sur le é; puis en anglais, sans accents, comme s’il s’agissait d’une interjection ou d'un éternuement victorien, avec l'anus froncé…Ce même Jésus, on le mange, on mange son corps. On ne peut pas le mordre, son corps, mais il se dissout tellement qu’il est doux (pis que ça goûte que dalle) dans notre bouche de mouton entr’ouverte comme un cul de mouton qui défèque pour la recevoir des mains d’un louche jamais trop galant ni gaillard.

Pour terminer la philippique aux tiers accents hispaniques (que l’on m’explique…), je voudrais transporter, maintenant fermement axé sur l’apparition tardive de cette première personne,  tonitruante parce que confuse, spécialement après avoir dit « pour terminer », comme si ce n’était pas important, pourvu que ce « je » fasse effectivement apparition au cours du texte, de déterminer sa nature et son contexte dès ses premières lignes. Enfin, disais-je, pour terminer, je voudrais transporter le lecteur (terminer pourquoi? terminer quoi? d'où venons-nous, coquin Gauguin?) à une salle de réhabilitation pour les policiers et policières ayant subi un stress traumatique de quelque sorte dans le parcours de leur longue, trépidante et stellaire aventure professionnelle. On voit un psychologue s’occuper avec douceur et empathie de la détresse inquiétante d’une jeune patiente. Elle semble être toute faite de morve et de sacs de grain dépaquetés. Elle m’apparust aussi estre de la couleur des ganglions les plus pasles et transfluviens. C’est une autre victime de la colonisation, l’une des colonnes de ce colon contemporain. Imaginons donc la chambre en pénombre, le siège récliné, la patiente éfoèrée dans son siège, l’épaule du psy légèrement inclinée vers l’avant, la conversation suivante :

« Ah, moi ce sont mes niveaux de sérotonine… »

« Tu bois trop de ™ et de ®, mon enfant? »

« Coudonc, j'va'-t'y pô d'v'nir comme genre une hippie granô cârré rouge pis gratteuse de guétar, calvaire? »

« Non, 728, manger, par exemple, des fruits, des noix et des légumes, manger des pommes le matin, ça ne fait pas de quelqu’un un hippie… »

« C’est quoi çô, une pomme? »

Alors fit l’apparition un personnage louche, comme Jean Leloup phase Poe osterizé avec des beets pis du Johnny Ramone, twist of lemon. Il se mit à chanter, à hurler, à rimer, à cibler, à cribler, à gargariser…

« Heille, ma p’tite vite 728 p’tite Timothy McVeigh de l’appareil du même au pareil qui fait des étincelles pis s’endeuille, jour yes, jour no, ils n’voient pas qu’on est vraiment su’l seuil d’ouvrir l’artillerie contre l’oseille le grèyé a’c sa grosse paye qui se contemple l’orteil pis le trou de l’œil enwéye enwéye… »

Et puis se fit entendre le DJ….

La soirée ne fut pas. La soirée fuît.