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FRANCISCO LEQUERICA

6.2.13

Sept poèmes
tirés de "Les Oiseaux Muets" (1999)


N.A. - Les Oiseaux Muets est un recueil expérimental de 57 poèmes, écrits en 1999 entre Longueuil (ville de Réjean Thomas) et Montréal (aussi). Ce sont parmi les tous premiers textes écrits en français par Frans Ben Callado et c'est aussi son premier recueil signé avec ce nom. Le ton est souvent ludique et hallucinatoire, avec le ballet, la monarchie et le transport en public comme thèmes récurrents. Le livre n’a jamais été publié puisque cet auctor n'a jamais songé à le soumettre à quelque éditeur que ce soit... 


Passagers 

Mornes désespoirs des passagers des ambulances sur Décarie, qui se déplacent, heure pointe, à coups de sirène hurlante. « Arrivera-t-on? » se demandent les malades comme les enfants lors d’un pèlerinage au plus loin qu’ils sont jamais allés vers la gauche. Ces enfants deviennent Trotski au four, et à mesure qu’ils se transforment en prêcheurs de Gethsémani; leurs parents ne sachant évidemment pas que la direction que l’on prend en sortant de la maison est reliée à l’idéologie de celui qui l’habite…Près de très à gauche, l’auto pèlerin croise une ambulance perdue qui voyage vite à droite, après une mutinerie à bord.


                     
Pianoyé

Au milieu d’un concerto pour piano et orchestre un monsieur très bien habillé fait irruption sur la scène avec un seau. Le chef et la plupart de l’orchestre l’applaudit, sauf les deuxièmes violonistes, la troisième flûtiste (belle fille), les trois contrebassonistes (trois Walt Whitmen) et le timbalier (Groucho Marx fourni d’un cigare) qui l’accueillent aux mots barbaresques. Le monsieur, qui s’est courbé tout fier au chef, procède à verser l’eau dans la harpe du piano, s’essuie le front et ensuite disparaît. Le soliste fait alors signe au chef qui marque le début d’un nouveau mouvement qui se joue au piano d’eau. Tout ce temps les altos ont tenu un même accord. 



Hélicoptère du Finis Terre

Au finis terre il y a un phare; au milieu d’une nuit résonnante, un hélicoptère sonore s’y est rapproché pour commencer une bataille de lumières. Pendant des heures les éclairs ont ballé, dessinant sur la mer d’encre des ombres chinoises. Au petit-matin, l’hélicoptère a fait un mauvais tour fatigué et s’est enfoncé dans la falaise; son cercle de lumière est resté projeté sur les nuages bas jusqu’à la fin de la batterie. 



L’arme de l’extase

Aujourd’hui en Orient les bateaux se sont mis à pleurer; les geishas ont enlevé aux hommes leurs cravates et leurs mitraillettes et les ont plongés dans une méditation d’arabesques hantées. Pour Élise paralysé, célèbre taekwondo au ralenti, le clin d’œil d’une société et l’autre moitié du monde découvrira l’électricité. Si lointains : les chœurs d’ours, les fables du bambou et la rivière en sourdine dans un rêve du baroque.



Stabat Mater

Du virginal, des doigts aux oreilles coupées façonnent le destin du son : ainsi éclate la sonate dans les vitres teintes, le haut après-midi ensoleillé de la farce royale. La rhapsodie de la cour (un roi trop gras pour faire des entrechats) lutte absorbée d’apothéose, lynche le silence et le secoue dans l’air pendant que l’archevêque se flatte la barbe des siècles. Ils respirent ces aisselles aristocrates, encensées des larmes de la vierge qui répète son Stabat Mater comme une actrice de Broadway qui a donné son tout par trop de jeudis soir. L’atterrissage du roi fait rougir ces médiévaux bouleversés qui manquent le moment qui a pris Jacob (illuminé d’un rayon souple qui a traversé le regard d’un saint de verre) pour vaincre un ange dissonant. 



La mouche angulaire

Je suis à présent le feu (incisif) qui se consomme dans sa gloire (suspensif). Je suis un coq enflammé qui a cessé d’exister pour se gonfler d’une histoire.



Le dîner de la reine délirante

Du masque de cire au poète proxénète il y a deux pas d’homme de la lune, trois cris de souris, les crinières des abeilles et un cri de beigne réchauffé. Je manque d’abri sous l’éternel égouttement qui martèle un langage prophétique. Apôtre nu, je déshabille les coins des murmures des moments : mon chant n’est point.

Les génies des cannettes vides qui tournent bruyamment avec le métro à Champ-de-Mars. Ils s’échappent à Lionel-Groulx :

 – A!…dit un, kossé qu’on fait icitte?

Au fond d’un rond, un autre aurait éparpillé les angles honnêtes et obtus. Au fond d’une file de réfugiés politiques qui attendent la guerre, je suis la reine délirante qui savoure sa bouchée de gloire, tellement coquette et sucrée qu’elle est devenue décadente de richesse. Ça devient tellement erratique que ça s’autoconsomme. J’ai les yeux du chat qui vient se faire chatouiller par ma fenêtre tard tard le mercredi soir.

Un samedi de vent octobreux, les cimetières se sont pointés vers la gare des noyés célestes, impitoyables. Dans une piscine de cinq milles de profondeur, atelier lourd de perles au fond illuminé, il y avait les ballets aquatiques : les femmes solides se penchaient minutieusement pour cueillir la fleur submergée. Leurs bulles carboniques s’élevaient vers la surface – pellicule incandescente que vous devrez retirer pour ensuite l’examiner au rétrograde. 

Libérer sans répit, sans repiquer. L’âme exerce l’ultime haleine sur une impulsion électrique. Retirez-vous : probabilité d’étouffement d’une vibration quelconque. Entamez vos marges de façon batailleuse, disposez vos pièces élégamment, disposez-les, déposez-les sans le moindre bruit. Ou je tire.

Un gros point d’orgue sur le néant, s’il vous plaît. Ici je voudrais renouveler cette sincérité; les lacs poignants aux haleines noires nous réveillent parfois, oui. J’ai réussi à voir les triptyques apocalyptiques, du sang puis du sable puis de la truite sur les mêmes narines qui confondent ces bruits. Foule, foule, foule, je suis vos pores et vos brumes!

Ce n’est pas le vent qui endort les pins, c’est moi qui les caresse du souffle. L’épilepsie des huîtres de la paix (qui ne vous veulent que du bien); les spasmes qui saccadent son corps sont en train de le tuer sur place. Regardez ces aubaines de vie. C’est pas pareil à mon gros orteil.

Crachat coloré indéterminé, sans aditifs ni préservatifs. Traître! Je me suis trahie. C’est la couronne…

Ostie que tu pèses ben trop, ô bijou exotique et Alpin. Je réorganiserai le poids et ses lois avec la pointe de mon nez s’il est nécessaire, mais demain il va pleuvoir, ou peut-être faire soleil, car j’aurai commandé que ça se fasse ainsi.