BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

18.1.15

Je est Charlie

















Au temps de la guerre du Viêtnam, Charlie c’était l’ennemi. Là, tous veulent être Charlie. Mais voilà, où est Charlie? À Charleville-Mézières? Entre le rio Bravo et son delta? En train de nourrir son chien excentrique ou de visiter une usine à chocolat?

Où est Charlie? Le terroriste, est-il celui qu’on montre du doigt? Et si le doigt s’élonge d’une main, d’une main noire, que fait l’autre main? Est-elle blanchie? Qui la regarde tandis qu’elle œuvre dans le noir? Qui plaint le continent Noir?

Victimes réelles, assassins fictifs. Je est Charlie. Charlie est un autre. Rimbaud apprît l’arabe. L’Art a bégayé. Les arabes, égayés, ont tué Charlie. Ils ont tué un autre. Meursault a tué sa mère. Même Xavier Dolan.

Chaque pays y goûte tour à tour à une vengeance dont la menace fait penser à l’Ébola et à d’autres maladies qui infectent d’abord l’imaginaire et puis la perception, avant qu’elles n’atteignent le corps. Balles et virus, avançant comme un écueil zombie.

Encore de milices et de policiers, moins de résistance civile. On en redemande. On en veut encore. Ce n’est jamais assez. C’est d’ailleurs le principe, que ce ne soit jamais assez. Le Reichstag, c’était juste le début. De Shoah à Sharia, Charlie au choix.

On nous dit que le danger est partout. Il ne suffit pas de ne pas être juif. Après tout, c’est l’État qui paye. Le démontage de la République se fait à huis clos, mais sa façade est un chef d’œuvre d’architecture. Les poutres y sont savamment dissimulées.

Qui gagne et qui perd à ce jeu? Qui a raison et qui a tort? Ceux qui civilisent la religion ou bien ceux qui sacralisent leurs perceptions culturelles? Mais n’est-ce pas que c’est bien trop romantique? N’est-il pas juste de s’intéresser aux coulisses?

La morale provient d’une prémisse coercitive tandis que la culture, dérivée des applications techniques cumulatives de nos rapports à la vie, engendre l’éthique qui est plutôt participative, plurielle et positive.

On en sortira des théories, on recyclera de perverses minuties dans des documentaires bidon qu’on émettra souvent en guise de rituel sacré. Ce seront des croisades, car il est vrai que la mer s'assombrit parfois avec des éclats mortels.

Et près d’être atteints par un croquemitaine au turban, on ira consommer davantage au cas où tout ne s’écroule. Nous serions prêts demain, s’il le fallait, pour nous entretuer. Nous avons été dressés pour cette guerre qui pullule.

Peut-être qu’on ne doive pas trop se regarder ni s’écouter. Peut-être qu’on ne devrait même plus avoir à s’endurer, nous humains. Le monde est tellement déplorable et sériel, mais voilà que le fait unique lui rend sa beauté.

Or le simulacre se dresse et retentit. Les gens aux sensibilités atrophiées nomment leurs actes et versent les larmes appropriées. Le cancer politiquement acceptable se goinfre du foi qu’est la loi, le filtre de la société. L’infection approche.