BLOG PERPETRADO POR

FRANCISCO LEQUERICA

27.3.15

L'autre joue du Québec



(Graffiti anonyme apparu dans une rue de Montréal en février 2015)

C’était quand même pas fou d’avoir choisi l’agneau de la Saint-Jean pour représenter le Québec: c’est comme ça qu’on l’a voulu depuis 1759 – doux au toucher, docile et inoffensif. Or ça aurait pu être plus approprié de désigner comme mascotte nationale un mouton dont on mange la laine sur le dos.

Le Québec est pacifiste par bonne volonté, c’est vrai, mais l’histoire nous prouve que de là à la naïveté désastreuse, il n’y a qu’un seul pas. Qu’on ne soit pas si surpris si, aujourd’hui encore, on voit les rues déborder de nazillons armés jusqu’aux dents et flanqués de bergers prêts à sauter sur n’importe quoi qui bouge : on les a laissé devenir ce qu’ils sont puis agir en conséquence.

Ce qui est le plus absurde est que, malgré l’écrasante inégalité du rapport de forces entre les manifestants et les policiers, ces derniers ne cessent d’infliger des abus répudiables à des gens sans défense et sans mauvaise intention qui manifestent en toute légalité. Ils ne le savent que trop bien – personne ne ripostera à la hauteur.

Ce n’est pas la première fois que ça se passe : c’est une tradition qui se corse davantage depuis quelque temps. La militarisation et l’uniformisation tactique de la police mondiale a eu lieu de façon progressive; comme des homards, nous sommes déjà cuits sans le savoir.

Il faut reconnaitre ici un cycle qui recommence : les gens s’insurgeront de ces abus sur les réseaux sociaux, des citoyens respectables s’adresseront solennellement aux policiers pour leur exiger la paix, peut-être même qu’on aura droit à une nouvelle saga au style matricule 728, en guise de tête-de-turc de la saison… puis tout retournera à un calme troublant.

Rien ne se passera. Tout gain sera superficiel ou un cadeau grec. Même si le gouvernement change, l’éducation ne deviendra pas gratuite et tout le grabuge érable coutera cher aux contribuables. Des kilomètres de manifestations pacifiques chantant à l’unisson n’auront aucun effet sur le néo-liberalisme sauvage et ses politiques. C’est déjà monté, financé, marketé, paqueté, craché...

Il faut avoir la perspicacité de regarder la main apparemment inactive d’un magicien, celle sur laquelle il ne veut pas qu’on se concentre. Tout ceci est un show pour récupérer et neutraliser l’énergie jeune du Québec, ou du moins pour la fatiguer; l’éducation d’elle-même s’occupera de lobotomiser le reste des inconformistes.

Il y a des peuples qui veulent rester dans la boue, d’autres clairement pas. Souvent, je me trouve à penser que le Québec aime bien se noyer dans sa pire sloche. Tout ceci basculerait si le Québec saisissait mieux ses opportunités, et celle-ci en est une bonne pour se souvenir des deux référendums volés par le fédéral.

Pendant trop de temps, le Québec est resté un peuple scandalisable qui s’est accoutumé à résoudre ses moindres conflits en appelant la police. La chrétienté, pourtant majoritairement en extinction parmi les mœurs québécois, a laissé sa trace sur l’autre joue de beaucoup de gens.

Ceci est un peuple où, aussitôt lève-t-on le moindrement le ton de la voix, on compte déjà des apeurés. Par contre, si c’est la police qui fesse, on œuvre dans l’abnégation. Au fil des années, la police a pris ce pouvoir que la culture même, apathique, lui octroyait; aujourd’hui il est déjà trop tard.

La solution est pourtant simple. Il suffit d’observer ces documentaires sur les animaux en nature pour se convaincre enfin que la violence est parfois nécessaire, surtout quand on doit se défendre d’une menace. Indéniablement, l’apologie constante de la paix n’a fait qu’accroitre cette menace, chaque fois plus aisée dans son rôle toléré.

Si les québécois(es) ne prennent pas la responsabilité de mettre fin à ces abus, alors qui le fera? C’est pourquoi il est grand temps qu’il y ait du sang dans cette affaire, que ça escalade, que tombent des têtes. Ça ferait enfin mûrir un pays qui reste encore dans le cocon de sa province.

Dans d’autres pays, et même dans les États-Unis, un policier peut avoir peur. Il sait que le karma peut se retourner contre lui. Pas au Québec : ici, on ne tue pas de policier à bout portant. Il n’y a qu’eux pour tuer. Au Québec, la police n’a peur de rien et ça paraît.

Ici, un flic déchire un drapeau du Québec lors d’une manifestation et rien ne se passe. J’imagine mal un flic américain s’en tirer indemne après avoir déchiré son drapeau dans de pareilles circonstances. Après maintes anecdotes comme celle-là, on croit saisir que le Québec est un peuple mou.

Si demain apparaissaient des cadavres de policiers pendus aux lampadaires, cette situation commencerait à changer. Si tous les Couillard, Labeaume, Coderre et Lafrenière de ce monde, avec ces cliques d’escrocs pour qui ils travaillent tous, se faisaient disparaître, voilà enfin que nous serions plus près d’une paix.

Le pamphlet fasciste C-51 interdit d’encourager de telles actions, mais mentionne qu’il est acceptable de les glorifier dans le contexte de la liberté d’expression, paix à son âme. Pour éviter des malentendus, j’aimerais clarifier que cet article ne glorifie pas la violence contre l’état; plutôt il l’encourage.

Si d’autres ont plus de gonades que moi pour passer à l’action, j’en serai ravi et procéderai dûment à l’étape de la glorification qui – elle – demeure encore légale.

Je dépasse la liberté d’expression : je suis un daltonien légal, où plusieurs voient une loi, moi rien. Je suis désolé, mais je ne concède pas l’existence d’une quelconque autorité sur moi. Si la soi-disant autorité était réellement légitime, nul besoin de la défendre par la force.

Je ne fais que dire ce que tant pensent à voix haute, comme d’habitude. Suis-je un criminel? J’espère que pour eux, oui, car je signe. Mais j’aurai la conscience tranquille, surtout si ça passe à l’action. Ça ne ferait que me rassurer de ma sobriété.

Je n’aurai quand-même pas la désuétude de prétendre avoir raison, comme les fanas religieux, mais ça me divertit de pouvoir choquer, si prévisiblement, tant de mièvres éculés avec leurs compromis conformistes, seulement en transmettant mon point de vue. Et, si ces flics ont peur ne serait-ce qu’un peu, on pourra enfin commencer à se sentir en sécurité.

Qu’on apprenne de la peur d’Ian Lafrenière lorsqu’un graffiti est apparu dans les rues de Montréal affublant sa tête de porc du trou d’une balle qui est, malheureusement, toujours imaginaire. Il en a fait tout un tollé.

Lire dans les journaux comme il décrivait ses craintes et parlait de sa famille, en essayant de se rendre humain aux yeux d’autrui, ça a été pour moi la source d’une intense satisfaction que je désire revivre. Ce printemps, j’aurai peut-être de la chance.